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Poésie

Posts Tagged ‘ondoyer’

INVOCATION (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Auguste Clésinger
    
INVOCATION

Un poème s’approche,
un poème m’entoure,
le poème s’annonce,
le poème plane
au-dessus des brumes
et ondoie, esprit
que je veux voir s’incarner.
Que mon corps soit en sueur,
que des serpents mordent mon sein,
que mes yeux soient aveugles, sourdes mes oreilles,
tremblantes mes mains,
ma bouche asséchée, ma matrice arrachée,
mon ventre balafré, mon dos flagellé,
ma langue coupée en longes de cuir,
mes seins transpercés par la grêle,
ma tête tranchée,

si seulement les lèvres pouvaient parler,
et le dieu, venir.

***

INVOCATION

There is a poem on the way,
there is a poem all round me,
the poem is in the near future,
the poem is in the upper air
above the foggy atmosphere
it hovers, a spirit
that I would make incarnate.
Let my body sweat
let snakes torment my breast
my eyes be blind, ears deaf, bands distraught
mouth parched, uterus cul out,
belly slashed, back lashed,
tongue slivered into thongs of leather
rain stones inserted in my breasts,
head severed,

if only the lips may speak,
if only the god will corne.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Claire lumière (Francesca Y. Caroutch)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



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Claire lumière

Carence d’avoir
et surcroît d’être bleu scarabée
Mise en abîme des évidences

Nous sommes les Parques
qui tissons notre propre destinée

Les pensées d’anthracite ou de nacre
ondoient dans un demi-sommeil

La sentinelle a prévenu :
C’est trois jours après la mort
que l’on doit s’éveiller
dans une apocalypse de lumière
Précipite-toi vers la clarté
dans la matrice de l’espace

Le vide ne peut blesser le vide

(Francesca Y. Caroutch)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

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Sous le laurier (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2018




    
Sous le laurier le banc de pierre rouillée
est tout humide;
la pluie, sur le mur blanc
a lavé le lierre poussiéreux.

Au souffle tiède du vent d’automne
ondoie le gazon, et les peupliers
conversent avec le vent…
Le vent du soir dans le bosquet!

Tandis que flamboie au couchant le soleil
qui dore les grappes de vigne
et qu’un brave bourgeois sur son balcon allume
sa pipe stoïque où fume le tabac,

je me souviens des vers de ma jeunesse…
Qu’est-il advenu de mon coeur sonore?
Ombres charmantes, est-il donc vrai
que vous fuyiez entre les arbres d’or?

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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À COMPLIES (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
À COMPLIES
In manus tuas, Domine.
(Office de Complies.)

Ton ange a pris le bien et le mal que j’ai faits,
Ô Père, tes moissons exactes sont rentrées.
Les routes de salut se sont enchevêtrées…
Ferme le jour stérile ou plein, bon ou mauvais.

Mon âme en vain cherche le fil de sa mémoire
Et se heurte dans l’ombre à des pensers confus,
Démesurés, béants et comme un bois touffus,
Ou si petits que je les perds en la nuit noire.

C’est l’heure où lentement des orbites sans yeux
S’ouvrent comme des puits fixes dans les ténèbres,
Où le ver des tombeaux ondoie en nos vertèbres.
Délivre-nous du mal, notre Père des cieux.

Aux quatre murs les navettes des araignées
Tissent à petits coups l’ombre en mille filets.
Une à une j’entends derrière les volets,
Une à une mourir les lampes éloignées.

Que reste-t-il du soir ? À quand le jour nouveau ?
Sans le savoir vais-je aux ténèbres éternelles ?
Je ne vois rien, plus rien qu’au bord de mes prunelles
Le reflet tournoyant de mon propre cerveau.

J’entre dans le sommeil, aveugle et sans défense.
O mon Père, voici la clef de ma maison.
Garde tout ce que j’ai, ma vie et ma raison,
Et ta Grâce : le Ciel dont tu me fais l’avance.

Bonsoir Père ! J’ai mis mes deux mains dans ta main.
Le sommeil — ou la mort — traverse la nuit brève.
Souffle un peu sur la bulle errante de mon rêve
Pour qu’elle apporte en moi mes roses de demain.

Bonsoir Père ! Tes doigts ont scellé mes paupières,
Le sommeil — ou la mort — s’en vient à pas légers
Et vers minuit m’appelleront douze dangers.
Mais je m’endors sans crainte en chantant mes prières.

Car je te sais, ô Père, assis à mon chevet
Et si quelque vertige affole et perd mon âme,
Tu la retourneras vers Toi, comme une femme
Retourne dans le lit son petit qui rêvait.

Je ne suis pas un saint, mon Dieu, pour que tu veuilles
Me bercer dans tes bras et chasser mes frissons.
Je ne suis qu’un enfant, je n’ai que mes chansons
Et je ne vaux pas mieux qu’un oiseau sous les feuilles.

Et je ne sais pourquoi tu m’aimes… Les chemins
Me mènent tous à Toi, sans lutte, sans secousse ;
Le sommeil — ou la mort — glisse dans la nuit douce…
Bonsoir Père, reçois mon âme entre tes mains.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’EST POURTANT BIEN L’ÉTÉ (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018




    
C’EST POURTANT BIEN L’ÉTÉ

c’est pourtant bien l’été
rien ne manque la lumière
les arbres les sourires la musique
les jeunes filles en fleurs
le soleil qui surveille
et s’occupe des convives
tout est tendre éternel
ondoyant tel un regard langoureux
à peine le galet froid va-t-il tomber
de cette fissure infime
telle une larme tu vas couler
hors du tableau

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Mots humides (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Serge Boisse
    
Mots humides

Ô baiser manquant
Bras qui n’étreignent

Des barques loin du bord
Au ventre ceint de miel
Pour des scories de lune

Marécages
Aux yeux ouverts
Saules bougés d’un vent
Silencieux

Je me rappelle
Une marche au bord des bois voûtés
Avec au coeur une liberté

Des mains de fougères
Aux terminaisons ondoyantes.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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LE POÈTE PENSE À SON AMI (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




LE POÈTE PENSE À SON AMIE

Il va pleuvoir.
Le vent meurtrit les fleurs de mes jasmins
et emporte les pétales des pivoines qui jonchent le massif.
Il soulève les stores des fenêtres.
Il fait ondoyer les chevelures des jeunes filles.

Je suis triste. Je pense à mon amie.
Le ciel bleu, la mer verte et les montagnes blanches nous séparent.
Ah! si ces oiseaux pouvaient apporter à mon amie les lettres que je lui écris!
Si ce ruisseau pouvait lui apporter les pétales de mes pivoines !

Les magnolias brillent dans l’ombre.
Je ne prendrai pas mon luth.
Je regarde la lune,
qui est une plus grande fleur de magnolia.

Je ne chanterai pas, je ne jouerai pas.
Je veux être tout à ma tristesse.

(La Flûte de Jade)

Illustration

 

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Dans la maison de l’âme (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux

    
Dans la maison de l’âme

Plus au fond, tout au fond, dans la Maison de l’Âme,
Où vont et viennent et s’assoient autour d’un feu,
Les Passions avec leurs visages de femme.
(Rodenbach)

Dans la Maison de l’Âme, les Passions —
jolies femmes vêtues de soie,
la tête ornée de saphirs, sont chez elles.
Toutes les salles, de l’entrée jusques au fond,
sont maintenues sous leur pouvoir. Dans la plus belle,
pendant leurs nuits d’exaltation,
on danse, on boit, et leurs cheveux dénoués ondoient.

Dehors, pauvresses pâles et chétives,
les Vertus, en vieux vêtements,
prêtent l’oreille, non sans amertume,
au tapage endiablé des courtisanes ivres.
Le visage collé aux vitres qui s’allument,
Elles voient, muettes, pensives,
Les fleurs du bal et ses lueurs et ses diamants.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Souviens-toi de moi (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration
    
Souviens-toi de moi

Pars, puisque la gloire t’appelle !
Mais lorsque tu t’enivres d’elle,
Oh ! du moins, souviens-toi de moi !
Quand la louange autour de toi
Se répand douce à ton oreille,
Ah ! que mon image s’éveille
Dans ton cœur, souviens-toi de moi !

D’autres femmes te seront chères.
D’autres bras pourront t’enlacer,
Et tous les biens que tu préfères
Sur tes pas viendront se presser ;
Mais si celles que ton cœur aime
Sont heureuses auprès de toi,
En goûtant le bonheur suprême,
Oh ! toujours souviens-toi de moi !

La nuit, quand ta vue est charmée
Par ton étoile bien-aimée,
Alors, oh ! souviens-toi de moi.
Pense qu’elle brilla sur toi
Un soir où nous étions ensemble ;
Et quand sur ton front elle tremble,
Oh ! toujours souviens-toi de moi.

Lorsque dans l’été tu reposes
Tes yeux sur les mourantes roses
Que nous aimions tant autrefois,
Lorsque leur parfum t’environne,
Songe à cette heure où sous mes doigts
Je t’en formais une couronne
Puis les effeuillais avec toi ;
Et toujours souviens-toi de moi.

Puis, quand le vent du nord résonne,
Et que les feuilles de l’automne
Glissent éparses près de toi,
Alors, oh ! souviens-toi de moi.
Lorsque tu contemples dans l’âtre
La flamme ondoyante et bleuâtre,
Oh ! toujours souviens-toi de moi !

Si des chants de mélancolie
Tout à coup viennent te frapper,
Si tu sens ton âme amollie
Dans une larme s’échapper ;
Si ton souvenir te murmure
L’harmonie enivrante et pure
Que j’entendais auprès de toi,
Oh ! pleure, et souviens-toi de moi !

(Louise Colet)

 

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La campanule (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



La campanule est la fleur la plus suave
Ondoyant dans l’air de l’été
Ses clochettes ont le suprême pouvoir
D’apaiser le souci de mon âme

Il y a dans la pourpre bruyère un charme
Trop violemment, tristement cher
La violette a une haleine parfumée
Mais le parfum ne peut égayer

***

The blue bell is the sweetest flower
That waves in summer air
Its blossoms have the mightiest power
To soothe my spirit’s care

There is a spell in purple heath
Too wildly, sadly dear
The violet has a fragrant breath
But fragrance will not cheer

(Emily Brontë)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration

 

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