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Poésie

Posts Tagged ‘opacité’

CREDO (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



 

CREDO

je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure

je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous

je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse

je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical

je crois aux cassures
de fièvres aux sursauts de nuit
aux césures de nerf

je crois
qu’ il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

(Zéno Bianu)

Illustration: Zoran Music

 

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POULS (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



    

POULS

Les larmes qui passent, devenant
notre domaine,

le conseiller bien intentionné
elles attendent, attendent !

L’opacité qui s’est glissée
sur l’oeil,

la bouche chaude, arche de désir,
asséchée par le sel,

la langue enracinée qui a imité
la libre alouette,

la névrose lasse qui
pourtant ne s’arrête,

et moi, et toi,
et tous les hommes renards,

tous les hommes pourchassés,

et seulement pour un instant,
de temps à autre,

la rencontre féroce devant
le portail brisé,

la lampe qu’on se passe en vitesse
de la main à la main,

le soupir haletant et
le contact, l’étincelle,

l’élan qui, en un battement de pouls,
laisse la main

bondir comme un poisson hors du filet
en bataille de la nuit !

***

PULSE

The tears that pass, becoming
our estate,

the well-intended counsel
wait and wait!

Opacity that crept
upon the eye,

the hot mouth, arch of want,
grown salty dry,

the rooted tongue that copied
the free lark,

the tired neurosis that
still never stops,

and I, and you,
and all foxlike men,

and all hunted men,

and only for one moment,
now and then,

the fierce encounter at
the broken gate,

the lantern quickly snatched
from hand to hand,

the gasping whisper and
the touch, the spark,

the flush that, for one pulse beat,
lets the hand

leap fishlike from the struggling
net of dark!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Cristallines, sont les larmes (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



« II aurait fallu que le ciel soit en moi
pour que ma parole, aujourd’hui,
ait l’éclat d’un astre « , disait-il.
Opacité de la douleur
mais, cristallines,
sont les larmes.

(Edmond Jabès)

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Les ombres du tilleul (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016



Les ombres du tilleul

Les ombres du tilleul
en glissant
sur la façade
la rendent transparente
effacent
l’opacité du mur

mais pourquoi l’ombre
est-elle plus claire
que la pensée
sous les branches
du sapin vieux
où deux enfants blottis
savourent
la nuit sans ombre
pendant que l’ombre des grands nuages
illumine au loin
les plaines les collines
l’obscur du coeur
dans le glissement
de sa lumière
pareille à un souvenir
encore à naître.

(Jean Mambrino)

Illustration

 

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Un moment de vrai oubli (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



L’attachement à soi augmente l’opacité de la vie.
Un moment de vrai oubli,
et tous les écrans les uns derrière les autres deviennent transparents,
de sorte qu’on voit la clarté jusqu’au fond, aussi loin que la vue porte ;
et du même coup plus rien ne pèse.
Ainsi l’âme est vraiment changée en oiseau.

(Philippe Jaccottet)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

Illustration: Remy Disch

 

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Pour le poète (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2016




Pour le poète, s’il coule ses passions dans son poème,
il cesse de les reconnaître: les mots les prennent,
s’en pénètrent et les métamorphosent.
L’émotion est devenue chose,
elle a maintenant l’opacité des choses.

(William Carlos Williams)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Je crois à l’opacité solitaire (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2016



je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure
je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous
je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse
je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical
je crois aux cassures
de fièvre
aux sursauts de nuit
aux césures de nerf
je crois
qu’il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

(Zéno Bianu)

 

 

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La chose est ramassée sur elle-même (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2016



La chose est ramassée sur elle-même. Compacte.
Comme prête à sauter au visage. Faut-il s’étonner que
nous en ayons peur ?

Notre corps aussi est cette masse menaçante : cette
opacité, cette force tapie dans l’obscurité.

Cette douleur qui peut, à chaque instant, surgir.

(Gérard Pfister)

Illustration: Johann Heinrich Füssli

 

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Fontaine sourde du sang (Eric Brogniet)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2015




Fontaine sourde du sang
combien de dormeurs
au fond de tes jaillissements

L’oeil du ciel
à travers le toit des roseaux
il y a plus que la rugueuse rive
à étreindre

Contre les opacités massives
tu chantes l’axe du monde

(Eric Brogniet)

Illustration: Salvador Dali

 

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