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Poésie

Posts Tagged ‘opale’

Calobra (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Amedeo Bocchi  
    
Calobra

voici la nuit lente, rampant
Vers l’opale de la colline…
Et, sinueux comme un serpent,
Ton charme pervers me fascine.

Au fond de tes yeux ardoisés
Errent des éclairs et des ombres.
Oh ! le venin de tes baisers !
Le péril de tes regards sombres !

Jamais ta ruse ne s’endort
Sous ton illusoire paresse.
Un goût de menace et de mort
Corrompt ta subtile caresse.

Voici la nuit souple, rampant
Vers l’opale de la colline…
Et, sinueux comme un serpent,
Ton charme étrange me fascine.

(Renée Vivien)

 

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AMOUR DE PROFIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Richard MacDonald - Tutt'Art@ (1)

AMOUR DE PROFIL

1
Dans le sommeil des feuilles mortes
qui craquent de gel la nuit
sans que personne pose le pied

dans le sang qui bat à la tempe
du dormeur qui ferme les portes
et ne sait plus si lui c’est lui

dans le froissement de la furtive
allant retrouver son amant
au creux des menthes la rivière

dans les paroles de la pluie
dans le feu quand la maison dort
dans la chevêche de minuit

j’entends respirer la secrète
qui n’est jamais là où elle est

2
Songeuse Retirée Rieuse Tempérée
Flexible Détournée Distraite Méditée
Le beau front bombé et sa pâleur d’opale
Les yeux de grand hiver de brasero lent

Toi la pensive et l’incertaine Toi l’innocence
et la malice Toi l’eau qui dort en robe d’eau
Absente Dérobée Naïve Gaie Moqueuse
Furtive Souveraine Altière Intimidée

Indécise Etonnée Limpide Couronnée
Profil nu hésitant dans un miroir brouillé
par les longues pluies de la mélancolie
toi la Reine et la Fée l’enfantine et la grave

je t’écoute écouter J’écoute ton silence
J’écoute les échos les voiles de ta voix
ta voix de feuilles mortes et de vent sur la tempe
qui peut en murmurant faire éclore l’automne

3
Nous deux
Quelquefois un
Les deux doigts de la flamme
Deux c’est ton ombre et moi
ou toi ma silencieuse
nue comme à marée basse
une voix qu’on devine

Nous deux
quelquefois un
Les deux pieds nus du vent
Deux d’eau Le bruit de l’eau
Rêver se taire ensemble

Le ciel mangé de jour
qui n’a qu’un seul regard

Quelquefois un Nous deux

(Claude Roy)

Illustration: Richard MacDonald

 

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JANE ÉVEILLÉE (Frank O’Hara)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Cayetano De Arquer-Buigas   8faa5e7cdb27 [1280x768]

JANE ÉVEILLÉE

Les opales qui se cachent sous tes paupières
quand tu dors, quand tu chevauches des poneys
mystérieusement, surgissent et s’épanouissent
comme les fleurs bleues de l’automne

toujours à neuf heures. Et des boucles
dégringolent langoureusement vers
l’élastique qui bâille, brun,
ta main repoussant tout

ce sommeil noir rebelle dans
la forme tranquille de la lumière du jour
et son indifférence radieuse aux
volutes lumineuses, oh !

et les valses bourgeonnantes
où nous fonçons des nuits durant.
Avant l’aube tu rugis
les yeux fermés, sans sourire,

ta chair volcanique cache
tout au vigile,
et les vrilles des rêves
étranglent les policiers qui courent

trop lentement pour t’échapper,
la course des vagues vertigineuses
de ton besoin murmurant. Mais
c’est le saint gardien du jour

ce policier, et te penchant
par la fenêtre ouverte tu lui
demandes quelle robe porter et comment
modestement te coiffer,

car tel est désormais ton mode.
Seulement par hasard trébuchant dans l’escalier
refais-tu la danse, et
alors, dans la parfaite variété, celle

atténuée, impeccablement déguisée,
ambiance blanche noire rose bleue safran
et dorée, trouvons-nous
le sauvage nocturne, en transe.

(Frank O’Hara)

Illustration: Cayetano De Arquer-Buigas

 

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L’heure verte (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: Giovanni de Lutero

 

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LE SILENCE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




LE SILENCE

Au fond du temps verdoie un merveilleux silence
fait avec les bourgs, les villes et les coteaux
il dort et s’accomplit
il épuise une pierre
et celle-ci tombe un soir d’hiver
sur une femme étrangère
aux seins couleur d’opale
qu’enferme du drap rouge.
Avec la femme meurent d’infimes bêtes
une fleur, un oiseau, un calvaire
écrasés par la même pierre.

(Jean Follain)

Illustration: Janet Kozachek\’s

 

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ADULAIRE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



ADULAIRE

On te nomme aussi pierre de lune car tu es
exil d’astre au profond de la terre
comète bâillonnée par le silence des cristaux
gisant d’opale dans le linceul des macles.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Soudain, elle voit (Jean Aron)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



lourdesDans son cachot
elle prie comme elle peut
puis repense à sa journée:
elle espère qu’on la réveille,
elle erre
au milieu des brebis,
elle marche au bord de l’innocence,
son regard est vers là-bas;
elle cueille du bois mort
qu’elle met dans son panier,
elle enlève ses sabots,
l’eau glacée
comme un étau l’étreint.
Soudain,
elle voit la voix des branches
dégouliner le long des tiges
parmi les partitions endormies
de la prairie des gaves,
une gloire enluminée d’opale
flotte autour d’elle,
elle vit son extase
au gré tremblant du froid.

(Jean Aron)

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Ma vie (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017


 

Ma lépreuse endormie, comme ta peau est douce,
noirs les seins enflés de chansons ténébreuses.
Saurai-je délivrer, à force de caresses,
la lumière qui se concentre derrière les tours?

Je suis parmi toi avec l’autorité de mes faux pas
et de végétations haletantes, les yeux bandés,
agglutiné à la profonde nourriture.
Sous tes eaux mortes j’aspire le lait,
avec les algues et le sang qui en font cette opale,
ourdie par tant de ravages… ta lente vie.

Ma vie, qui te crispes entre mes bras gourds,
la beauté fraîche que je veux voir apparaître,
viendra l’heure où tu jouiras comme une jeune fille.

J’avancerai douloureux dans l’homme que je deviens.

(André Frénaud)

 

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Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants
Par le rare portrait de ses grâces divines,
Frise de chrysoliths ses tempes ivoirines,
Fais de corail sa lèvre, et de perle ses dents ;

Fais ses yeux de cristal, y plaçant au dedans
Un cercle de saphirs et d’émeraudes fines,
Puis musse dans ces ronds les embûches mutines
De mille Amours taillés sur deux rubis ardents ;

Fais d’albâtre son sein, sa joue de cinabre,
Son sourcil de jayet, et tout son corps de marbre,
Son haleine de musc, ses paroles d’aimant ;

Et si tu veux encor que le dedans égale
Au naïf du dehors, fais-lui un corps d’opale,
Et que pour mon regard il soit de diamant.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: James Sant

 

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PÉCHÉ (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




PÉCHÉ

I
Péché! Tentation du soir ! Chairs profanées,
Lampe éteinte où ne brûle aucun reste de feu,
Lèvres ne sachant plus les douceurs de l’aveu,
Et s’effeuillant pour tous comme des fleurs fanées.

Chambres de volupté, rouge et flambant décor
Dont les miroirs profonds redisent la féerie,
Alcôves où la chair lamentable et fleurie
Offre son plaisir rose et nu sur des fonds d’or.

O baume du Péché ! courtisanes menteuses,
Muses des soirs mauvais, versant des élixirs
Qui sont entremetteurs d’amour et de désirs
Et du champagne blond aux mousses chuchoteuses.

Douceur des seins s’offrant comme un coussin moelleux
Où reposer sa tête endolorie et pâle
Quand l’ivresse, à travers les vins couleur d’opale,
Fait surgir des lits d’or sous de grands rideaux bleus.

Et vers ces lits profonds, baignés d’odeur légère,
On marche, halluciné par des fantômes nus,
Et l’on va demander, dans des bras inconnus,
La minute d’oubli d’une mort passagère!

Oh ! dormir! oublier tout ce qui peut mentir !
Les lèvres et les yeux, amante ou fiancée !
Etouffer les coups d’aile aux murs de sa pensée
Et clamer peu à peu la douleur de sentir.

C’est comme qui dirait une agonie heureuse !
On divague, on s’endort dans un énervement
Et les choses au loin flottent confusément
Dans l’aube du sommeil fragile et vaporeuse !

Et vaincu, tout un soir dans l’ombre, sans flambeau,
On enlace une chair que le spasme importune,
Triste comme les morts caressant sous la Lune
L’ange de marbre blanc couché sur leur tombeau !

[…]

(Georges Rodenbach)

Illustration: Franz von Stück

 

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