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Posts Tagged ‘Ophélie’

Les fleurs d’Ophélie (Laurent Tailhade)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



 

Les fleurs d’Ophélie

Fleurs sur fleurs ! fleurs d’été, fleurs de printemps, fleurs blêmes
De novembre épanchant la rancoeur des adieux
Et, dans les joncs tressés, les fauves chrysanthèmes ;

Les lotus réservés pour la table des dieux ;
Les lis hautains, parmi les touffes d’amarante,
Dressant avec orgueil leurs thyrses radieux ;

Les roses de Noël aux pâleurs transparentes ;
Et puis, toutes les fleurs éprises des tombeaux,
Violettes des morts, fougèress odorantes ;

Asphodèles, soleils héraldiques et beaux,
Mandragores criant d’une voix surhumaine
Au pied des gibets noirs que hantent les corbeaux.

Fleurs sur fleurs ! Effeuillez des fleurs ! que l’on promène
Des encensoirs fleuris sur la terre où, là-bas,
Dort Ophélie avec Rowena de Trémaine.

(Laurent Tailhade)

Illustration: Hébert Ernest Antoine Auguste

 

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Stérilités (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Stérilités

Cautérise et coagule
En virgules
Ses lagunes des cerises
Des félines Ophélies
Orphelines en folie.

Tarentules de feintises
La remise
Sans rancune des ovules
Aux félines Ophélies
Orphelines en folie.

Sourd aux brises des scrupules,
Vers la bulle
De la lune, adieu, nolise
Ces félines Ophélies
Orphelines en folie!…

(Jules Laforgue)


Illustration: John William Waterhouse

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Ophélie (Philippe Chabaneix)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




Ophélie

Allez, allez comme le vent,
O compagnons de la folie
Auxquels depuis longtemps me lie
Un sort étrange et décevant,
Allez sans cesse de l’avant
A la recherche d’Ophélie,
Allez, allez comme le vent,
Elle a glissé dans la rivière
Avec des soucis à la main,
Ne regardez pas en arrière
Et suivez toujours le chemin
Où reste un peu de sa lumière,
Elle a glissé dans la rivière,
Mais un grand lys naîtra demain
Parmi les croix du cimetière.

(Philippe Chabaneix)

Illustration: John Everett Millais

 

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La Chanson d’Ophélie (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Arthur Spear
    
La Chanson d’Ophélie

Hier, il m’a dit tant de mots,
Murmuré tant de mots terribles…
Il partit par la route chagrine
Et moi, ce que fut la veillée —
je l’ai oublié.

Était-ce hier — ou longtemps?
Pourquoi est-il silencieux?
Je n’ai pas retrouvé mes lys dans le champ,
Je n’ai pas cherché le saule —
Le saule pleureur.

Hier encore! C’est à moi, pourtant,
Que ces mots s’adressaient — ces baisers…
Je ne sais, j’oublierai — je tairai,
Ce que murmuraient les rives —

murmuraient les rives.
pans chaque brin d’herbe je voyais
Son visage chéri, et terrible…
ll suivit le même sentier
par où s’en alla le passé —

s’en alla le passé…
Dans les champs me suis réfugiée,
Et s’en est allé le chagrin.
Était-ce hier — ou longtemps?
C’est à moi que s’adressaient ces mots, ces baisers —
et tous ces baisers.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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La mort d’Ophélie (Ernest Legouvé)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Arthur Hughes
    
La mort d’Ophélie

Auprès d’un torrent Ophélie
cueillait, tout en suivant le bord,
dans sa douce et tendre folie,
des pervenches, des boutons d’or,
des iris aux couleurs d’opale,
et de ces fleurs d’un rose pâle
qu’on appelle des doigts de mort.

Puis, élevant sur ses mains blanches
les riants trésors du matin,
elle les suspendait aux branches,
aux branches d’un saule voisin.
Mais trop faible le rameau plie,
se brise, et la pauvre Ophélie
tombe, sa guirlande à la main.

Quelques instants sa robe enflée
la tint encor sur le courant
et, comme une voile gonflée,
elle flottait toujours chantant,
chantant quelque vieille ballade,
chantant ainsi qu’une naïade
née au milieu de ce torrent.

Mais cette étrange mélodie
passa, rapide comme un son.
Par les flots la robe alourdie
bientôt dans l’abîme profond
entraîna la pauvre insensée,
laissant à peine commencée
sa mélodieuse chanson.

(Ernest Legouvé)

 

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La chanson d’Ophélie (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: John Everett Millais
    
La chanson d’Ophélie

Elle chante Ophélie, en tressant des couronnes
De ces petites fleurs que les champs verts nous donnent
Tout parfum, toute fraîcheur, en leur simplicité
Et le soleil sourit à sa jeune beauté.
Elle chante, inconsciente en sa douce folie,
L’âme ne sourit plus dans les yeux d’Ophélie

Elle chante, inconsciente, une étrange chanson
Son léger pas paraît la fuite d’un rayon
Tandis que le printemps autour d’elle rayonne
Elle chante en tressant sa dernière couronne

Et la blonde Ophélie errante au bord de l’eau
Ne sait pas que son pied effleure son tombeau

Près d’un fleuve, se penche en pleurant un vieux saule.
Comme un petit enfant qui monte sur l’épaule
De son aïeul souriant, ne craignant nul danger,
Elle monte sur l’arbre — un corps souple et léger.

Capricieuse elle veut, sur la branche ployante,
Suspendre sa couronne humble mais odorante
Et toujours en chantant sur les rameaux pleureurs
Elle monte, elle veut y suspendre ses fleurs

Mais un rameau se brise… Hélas la vierge tombe
L’eau souriante devient en un instant sa tombe

Mais ses blancs vêtements la soutiennent encor
Comme le cygne après son dernier essor
A l’heure de sa mort chante son chant suprême,
Avant de disparaître, Ophélie de même
Flottante encore sur l’eau, chante son dernier chant.

Et nul ne voit sa mort sauf le saule penchant
Hélas ! Bientôt finit cette chanson étrange,
En un long dernier râle étouffé sous la fange.

Puissé-je ainsi mourir, les mains pleines de fleurs
En chantant jusqu’au bout, sans larmes, sans terreur
Chantant jusqu’à ma mort, entraînée quand même
Par le fleuve inconnu, mystérieux et suprême
Par le fleuve funèbre où va l’homme banni
Par le fleuve profond qui mène à l’infini.

(Renée Vivien)

 

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Ophélie (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Arthur Hughes

    

Ophélie

À la pêche à la ligne avec un bouchon
Qui ressemble à la fleur du jupon d’Ophélie
Avec une chanson au bout de mon hameçon
Y a quelque chose de pourri au royaume des poissons

Quand ils s’étaient couchés dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à chanter
S’était mise à chanter dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait chanté

À la pêche à la blonde avec un regard
Qui ressemble à un train qui a perdu sa gare
Avec un billet pour partir à l’armée
Y a quelque chose de pourri au royaume de Peynet

Quand ils s’étaient quittés dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à pleurer
S’était mise à pleurer dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait pleuré

À la pêche aux médailles avec un pantalon
De la couleur du temps qu’il fait dans les entrailles

Avec une mitraille pour faire la moisson
Y a quelque chose de pourri au royaume des semailles

Quand il était tombé dans l’herbe de l’été
Les gens disent qu’elle s’était mise à prier
S’était mise à prier dans l’herbe de l’été
Comme jamais l’été fille n’avait prié

À la pêche aux larmes avec le sourire
Des femmes déchirées qui n’ont plus rien à dire
Avec un télégramme venu de quelque part
Y a quelque chose de pourri au royaume des faire-part

Quand elle s’était couchée dans l’herbe de l’étang
Les gens disent que la pluie s’était mise à tomber
S’était mise à tomber dans l’herbe de l’étang
Comme jamais l’été la pluie n’était tombée

À la pêche à la ligne avec un bouchon
Qui ressemble à la fleur du jupon d’Ophélie
Avec une chanson au bout de mon hameçon
Y a quelque chose de pourri au royaume des poissons

(Maurice Fanon)

 

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A la perverse Ophélie (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



A la perverse Ophélie

LES évocations de ma froide folie
Raniment les reflets sur le marais stagnant
Où flotte ton regard, ô perverse Ophélie !

C’est là que mes désirs te retrouvent, ceignant
D’iris bleus ton silence et ta mélancolie,
C’est là que les échos raillent en s’éloignant.

L’eau morte a, dans la nuit, les langueurs des lagunes,
Et voici, dispensant l’agonie et l’amour,
L’automne aux cheveux roux mêlés de feuilles brunes.

L’ombre suit lentement le lent départ du jour.
Comme un ressouvenir d’antiques infortunes,
Le vent râle, et la nuit prépare son retour.

Je sonde le néant de ma froide folie.
T’ai-je noyée hier dans le marais stagnant
Où flotte ton regard, ô perverse Ophélie ?

Ai-je erré, vers le soir, douloureuse, et ceignant
D’iris bleus ton silence et ta mélancolie,
Tandis que les échos raillent en s’éloignant ?

L’eau calme a-t-elle encor les lueurs des lagunes,
Et vois-tu s’incliner sur ton défunt amour
L’automne aux cheveux roux mêlés de feuilles brunes ?

Ai-je pleuré ta mort dans l’énigme du jour
Qui disparaît, chargé d’espoirs et d’infortunes ?…
— O rythme sans réveil, ô rire sans retour !

(Renée Vivien)

Illustration: Blavatskaya

 

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OPHÉLIE (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




OPHÉLIE

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Nadav Kander

 

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La triste Ophélie (Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016



MILLAIS

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

(Rimbaud)

Illustration: John Everett Millais

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