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Posts Tagged ‘oraison’

VITRINES (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



 

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VITRINES

Des cadillacs et des ombrelles
De l’albuplast et de bretelles
De faux dollars de vrais bijoux
Y’en a vraiment pour tous les goûts
Des oraisons pour dentifrices
Des chiens nourris qui parlent anglais
Et les putains à l’exercice
Avec leurs yeux qui font des frais
De faux tableaux qui font la gueule
Et puis des vrais qui leur en veulent
Des accordéons déployés
Qui soufflent un peu avant de gueuler
Des filles en fleurs des fleurs nouvelles
Des illustrés à bonne d’enfant
Et des enfants qui font les belles
Devant des mecs bourrés d’argent

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme dans les coeurs
A faire se lever le bonheur
Des fois qu’il pousserait dans les rues

Les faux poètes qu’on affiche
Et qui se meurent à l’hémistiche
Les vedettes à nouveau nez
Paroles de Léo Ferré
Les prix Goncourt que l’on égorge
Les gorges chaudes pour la voix
Les coupe file et les soutiens-gorge
Avec la notice d’emploi
Des chansons mortes dans la cire
Et des pick-up pour les traduire
Microsillon baille aux corneilles
C’est tout Mozart dans une bouteille
Le sang qui coule plein à la une
Et qui se caille aux mots croisés
« France soir », « Le Monde » et la fortune
Devant des mecs qu’ont pas bouffé

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme aux alentours
A faire se lever l’amour
Des fois qu’on le vendrait aux surplus

Des père Noël grandeur nature
Qui ne descendent plus que pour les parents
Pendant que les gosses jouent les doublures
En attendant d’avoir vingt ans
Toupie qui tourne au quart de tour
Bonbons fondants bonheur du jour
Et ces mômes qu’en ont plein les bras
A lécher la vitrine comme ça
Des soldats de plomb qui font du zèle
Des poupées qui font la vaisselle
De drôles d’oiseaux en équilibre
Pour amuser les tout petits
A l’intérieur la vente est libre
Pour ceux qui s’ennuient dans la vie
Des merveilles qu’on peut pas toucher
Devant des mecs qui peuvent « Entrer »

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme dans les yeux
A rendre aveugles tous les gueux
Des fois qu’ils en auraient trop vu

Jambon d’York garanti Villette
Des alcools avec étiquettes
Crème à raser les plus coriaces
« Où l’on m’étend le poil se lasse »
La gaine qui fond sous les caresses
Le slip qui rit le bas qu’encaisse
L’escarpin qui use le pavé
Les parfums qui sentent le péché
Des falbalas pour la comtesse
Des bandes en soie pour pas que ça blesse
Du chinchilla de la toile écrue
Y faut vêtir ceux qui sont nus
Des pull-over si vrais qu’ils bêlent
Des vins si vieux qu’ils coulent gagas
Des décorations qu’étincellent
Devant des mecs qui n’en veulent pas.

Les vitrines de l’avenue
C’est mes poches à moi quand je rêve
Et que j’y fouille à mains perdues
Des lambeaux de désirs qui lèvent

(Léo Ferré)

Illustration

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Les Baux (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos

    
Les Baux

J’aime les vieux manoirs, ruines féodales
Qui des rocs escarpés dominent les dédales ;
J’aime du haut des tours de leur sombre prison
A voir se dérouler un immense horizon :

J’aime, de leur chapelle en parcourant les dalles,
A lire les ci-gît couronnés de blason.
Et qui gardent encore la trace des sandales
Des pèlerins lointains venus en oraison.

Parmi ces noirs châteaux, gigantesques décombres
Dont les murs crénelés jettent au loin leurs ombres,
Aux champs de la Provence est le donjon des Baux :

Là, chaque nuit encore, enlacés par les Fées,
Dans une salle d’armes aux gothiques trophées,
Dansent les chevaliers sortis de leurs tombeaux.

(Louise Colet)

 

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LE CURÉ ET LE MORT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE CURÉ ET LE MORT

Un mort s’en allait tristement
S’emparer de son dernier gîte ;
Un Curé s’en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d’une robe, hélas ! qu’on nomme bière,
Robe d’hiver, robe d’été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le Pasteur était à côté,
Et récitait à l’ordinaire
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons :
« Monsieur le Mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s’agit que du salaire. »
Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort,
Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor,
Et des regards semblait lui dire :
« Monsieur le Mort, j’aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts. »
Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette
Du meilleur vin des environs ;
Certaine nièce assez propette
Et sa chambrière Pâquette
Devaient voir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient, adieu le char.
Voilà Messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ;
Notre Curé suit son Seigneur ;
Tous deux s’en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie ;
Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait,
Et la fable du Pot au lait.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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ORAISON (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2016



ORAISON

Vous savez, Seigneur, ma misère !
Voyez ce que je vous apporte !
Des fleurs mauvaises de la terre,
Et du soleil sur une morte.

Voyez aussi ma lassitude,
La lune éteinte et l’aube noire ;
Et fécondez ma solitude
En l’arrosant de votre gloire.

Ouvrez-moi, Seigneur, votre voie,
Eclairez-y mon âme lasse,
Car la tristesse de ma joie
Semble de l’herbe sous la glace.

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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Le drame éclate (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016


Je ne vous aimerai pas –
Tu ne m’en avais jamais rien dit –
Il est parti seul dans son ombre –
Elle a perdu son oraison –
Nous sommes pâles dans la vie –
Vous êtes folle à vous délier –
Ils tordent leur sang –

(André Frénaud)

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Désir d’être (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016


Pour dégourdir le désir d’être
jusqu’au-delà de mon pouvoir,
le sang coule dans le poème,
sort de plus loin que mon coeur.

(André Frénaud)

Illustration: Vladimir Kush

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ORAISON NOCTURNE (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2016



ORAISON NOCTURNE

En mes oraisons endormies
Sous de languides visions,
J’entends jaillir les passions
Et des luxures ennemies.

Je vois un clair de lune amer
Sous l’ennemi nocturne des rêves ;
Et sur de vénéneuses grèves,
La joie errante de la chair.

J’entends s’élever dans mes moelles
Des désirs aux horizons verts,
Et sous des cieux toujours couverts,
Je souffre une soif sans étoiles !

J’entends jaillir dans ma raison
Les mauvaises tendresses noires;
Je vois des marais illusoires
Sous une éclipse à l’horizon !

Et je meurs sous votre rancune !
Seigneur, ayez pitié, Seigneur,
Ouvrez au malade en sueur
L’herbe entrevue au clair de lune !

Il est temps, Seigneur, il est temps
De faucher la ciguë inculte !
À travers mon espoir occulte
La lune est verte de serpents !

Et le mal des songes afflue
Avec ses péchés en mes yeux,
Et j’écoute des jets d’eau bleus
Jaillir vers la lune absolue !

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Caroline Duvivier

 lair de lune

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ORAISON (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2016



ORAISON

Mon âme a peur comme une femme,
Voyez ce que j’ai fait, Seigneur,
De mes mains, les lys de mon âme,
De mes yeux, les cieux de mon cœur !

Ayez pitié de mes misères !
J’ai perdu la palme et l’anneau;
Ayez pitié de mes prières,
Faibles fleurs dans un verre d’eau.

Ayez pitié du mal des lèvres,
Ayez pitié de mes regrets,
Semez des lys le long des fièvres
Et des rosés sur les marais.

Mon Dieu ! d’anciens vols de colombes
Jaunissent le ciel de mes yeux,
Ayez pitié du lin des lombes
Qui m’entoure de gestes bleus!

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: William Blake

 

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OFFRANDE OBSCURE (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



OFFRANDE OBSCURE

J’apporte mon mauvais ouvrage
Analogue aux songes des morts,
Et la lune éclaire l’orage
Sur la faune de mes remords :

Les serpents violets des rêves
Qui s’enlacent dans mon sommeil,
Mes désirs couronnés de glaives,
Des lions noyés au soleil,

Des lys au fond des eaux lointaines
Et des mains closes sans retour,
Et les tiges rouges des haines
Entre les deuils verts de l’amour.

Seigneur, ayez pitié du verbe !
Laissez mes mornes oraisons
Et la lune éparse dans l’herbe
Faucher la nuit aux horizons !

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: William Blake

 

 

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Rien ne m’est plus que ta présence (Gustave Kahn)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



Rien ne m’est plus que ta présence
et les courbes souveraines de ta face
et les portiques de ta voix ;
Rien ne m’est plus que ton attente.

La halte inutile du temps ;
avant le frisson qui m’attend
et le charme de mes mains sur tes seins
Rien ne m’est plus que ta présence

De tes beaux yeux la paix descend comme un grand soir
et des pans de tentes lentes descendent gemmées de pierreries
tissés de rais lointains et de lunes inconnues
des jardins enchantés fleurissent à ma poitrine
cependant que mon rêve se clôt entre tes doigts
à ta voix de péri la lente incantation fleurit
imprégné d’antérieurs parfums inconnus
mon être grisé s’apaise à ta poitrine
et mes passés s’en vont défaillir à tes doigts.

Aux terres désertes du bonheur, nous demeurerons immobiles
les regards enfouis dans nos yeux : dans Vile
Vile imprévue, sans rade, sans mer et sans abords.
Au temple de ton geste mes vœux annelés d’or
baignés dans l’infini des yeux las de l’idole
rêveront des blancheurs des pourpres et des hyperboles
pour dire l’oraison de ton repos dans notre soir.

(Gustave Kahn)

Illustration: Fabienne Contat

 

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