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Poésie

Posts Tagged ‘orbite’

CECI (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018


 


Ernest Pignon-Ernest

 

CECI

(…)

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

Ce sang dilapidé sur le bitume
s’ordonnait, hier encore, dans un réseau de veines
retissait, hier encore, la loi de l’existence

Ce coeur-sentinelle
s’est raidi sous le plomb

Ce sac-à-vermine
abritait des entrailles
où s’ouvrait le plaisir
où germinait la vie

Un rictus a drainé toute la pulpe de ces lèvres
Ces orbites-à-fourmis logeaient oeil et regards.

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

L’esprit travaillait cette motte d’indifférence
La parole soulevait cette forme interrompue.

La femme vêtue de noir
tremble dans la tourmente
hurle dans le chaos

S’agglutine aimantée
à ce profil d’écorce
à cette main qui stagne
à ce marécage d’humeurs
à ce balluchon putride

à ce « Toi, que j’appelle
et qui ne sera plus ! »

(Andrée Chedid)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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En cherchant l’oeil de Dieu (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



 

En cherchant l’oeil de Dieu, je n’ai vu qu’un orbite
Vaste, noir et sans fond, d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;
Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !

(Gérard de Nerval)

 

 

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Sincère est ton amour (Ibn Khafâja al-Andalusî)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018




    
Sincère est ton amour, mais je m’étonne
De l’éloignement qui est notre destin.
Comme si nous étions sur orbite, en rotation,
Tu t’éclipses dès que j’apparais.

(Ibn Khafâja al-Andalusî)

 

Recueil: Le Dîwân de la poésie arabe classique
Traduction: Houria Abdelouahed et Adonis
Editions: Gallimard

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Viens néant à mon âme comparable (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration: Francis Ray
    
viens néant à mon âme comparable
qui avec l’existence a conversé vainement,
Ô prends ton trivial péage scrupuleusement,
à ces calmes pieds ton coeur frénétique est favorable;
éprouve-moi avec tes parfums qui ont séduit
les narines toutes-puissantes de la fervente mort,
nourris-moi de félicités mangées aux vers
par qui la bouche affamée du temps est nourrie:
et si je n’aime pas ce que tu me donnes laisse-moi
me plaindre à lui,dont le siège se trouve là
où les planètes en orbite luttent pour leur liberté
contre l’air abasourdissant de toute éternité—
mais si j’aime, je prendrai entre tes mains ce qu’aucun
homme ne ressent,ce qu’aucune femme ne comprend.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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L’orbite elliptique (Auguste Bonel)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



L’orbite elliptique
est interceptée
par le brûlant ballet des sauterelles
qui du frétillement de leurs pattes
accordent la harpe de l’espace
en y soufflant l’ondulation du sable mouvant
d’innombrables petites parcelles de prisme
et de bleu-miroirs délimitent
leur expansion de sel
à la coupe de la ciguë

(Auguste Bonel)

Illustration

 

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LES BULLES DE LA TERRE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



LES BULLES DE LA TERRE

Le marais, c’est l’orbite profonde
De l’oeil énorme de la terre.
Il a pleuré si longtemps
Qu’en larmes s’est vidé son oeil
Et s’est couvert d’une herbe pauvre.
Mais à travers herbes et ajoncs
Et le blanc duvet serré des cils
Passe une verte étincelle
Qui va s’éteindre au fond du marais.
Et alors, discutent dans les villages
Les sorciers et les sorcières hirsutes
Venus d’on ne sait où :
— Le marais se moque de vous !
— L’esprit malin vous appelle !
Et lorsqu’ils parlent ainsi,
Les vieillards font le signe de croix,
Les hommes mûrs, incrédules, rient,
Mais derrière les épaules des jeunes filles,
On voit clairement des ailes blanches.

(Alexandre Blok)

Illustration

 

 

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Carmen (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Alexey Slusar 1961- Ukrainian painter - Flamenco dancers - Tutt'Art@ (4) [800x600]

Parmi les amoureux de Carmen,
Qui se hâtent, foule bigarrée,
Voulant l’entraîner derrière eux,
Un seul…

Silencieux et morose
N’attend rien, ne demande rien ;
Mais lorsque le tambourin résonne,
Et sourdement, tintent les bracelets,

Il se souvient des jours de printemps,
Et dans le tumulte des accords
Il regarde sa taille chantante
Et voit des rêves créateurs…

Tu es telle l’écho d’un hymne oublié
Dans mon noir et sauvage destin.
0 Carmen, il m’est triste et étrange
D’avoir pu rêver de toi…

Tu es ta propre loi, tu voles, tu voles outre,
Vers d’autres constellations, ne connaissant pas d’orbites,
Et ce monde-ci n’est pour toi qu’un rouge nuage de fumée
Où quelque chose consume, chante, tourmente et brille.

Et dans cet incendie est folle ta jeunesse.
Tout est musique et lumière : il n’y a ni bonheur, ni trahisons,
D’une même mélodie résonnent joie et tristesse.
Mais je t’aime : je suis pareil à toi, Carmen !

(Alexandre Blok)

Illustration: Alexey Slusar

 

 

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Notre amour (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017



Illustration: Vladimir Kush
    
Notre amour —
Nous devrions marier ses forêts
À l’air qui se brise en elles —
Fouille les montagnes et les plaines qui
S’étreignent autour d’eux

Notre amour — escalier qui monte et descend
Tout en splendeur et en révélation

Nous devrions éclairer nos orbites
Éclairer l’espace
Avec ses légendes
Nous devrions écouter les lointains en nous
Et leurs déserts arides
Voir ce que ne peut voir le ciel

(Adonis)

 

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GEORGE ROGER, PHOTOGRAPHE, À BERGEN-BELSEN, 1945 (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2017



Illustration: George Roger
    
GEORGE ROGER, PHOTOGRAPHE, À BERGEN-BELSEN, 1945

ni ciel, ni firmament, ni étoiles, ni soleil, ni lune, ni planètes
seuls les morts étaient là

ni feuilles, ni vagues, ni campagnes, ni lampes, ni toits, ni portes,
seuls les morts étaient là

ni silences, ni oiseaux, ni bicyclettes, ni fauteuils, ni livres, ni cerises,
seuls les morts étaient là

ni enfants, ni parents, ni frères, ni mères, ni compagnons, ni amants,
seuls les morts étaient là

ni robes, ni souliers, ni bagues, ni lunettes, ni jouets, ni montres,
seuls les morts étaient là

ni boues, ni mains, ni os, ni orbites, ni fumées, ni âmes, ni cendres,
seuls les morts étaient là

les morts, les morts seuls, les morts étaient là

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Je suis un crabe ponctuel
Editions: Gallimard

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La profondeur du subconscient vomit trop de monstres incongrus (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Les murs ne tombent pas
[32]

La profondeur du subconscient vomit
trop de monstres incongrus

et de matière indigeste figée
telle que coquillage, perle ; imagerie

usée jusqu’à la corde ; ascension périlleuse,
descente ridicule ; rime, ritournelle,

assonance fatiguée, nonsense,
juxtaposition de mots pour les mots eux-mêmes,

dépourvus de sens, non définis ; imposition,
déception, girouette indécise ;

syllabes désagréables, inconséquentes,
trop malléables, trop cassantes,

sur-délicates, sous-définitives,
heurt des contraires, lutte de l’émotion

et de l’invention stérile —
tout cela, tu le trouves ?

conditionné à la discrimination
des couleurs de l’arc-en-ciel lunaire

et des couches extérieures des plumes
sur les antennes des papillons,

nous fûmes surpris par la tornade
et déposés sur un sol peu plaisant,

mais comprimes que l’angle d’incidence
est égal à l’angle de réflexion ;

séparés des étoiles errantes
et des habitudes des nobles étoiles fixes,

nous vîmes que même la comète calcinée erratique
possède son orbite particulière.

***

Depth of the sub-conscious spews forth
too many incongruent monsters

and fixed indigestible matter
such as shell, pear ; imagery

done to death; perilous ascent,
ridiculous descent; rhyme, jingle,

overworked assonance, nonsense,
juxtaposition of words for words’ sake,

without meaning, undefined; imposition,
deception, indecisive weather-vane;

disagreeable, inconsequent syllables,
too malleable, too brittle,

over-sensitive, under-definitive,
clash of opposites, fight of emotion

and sterile invention—
you find all this?

conditioned to the discrimination
of the colours of the lunar rainbow

and the outer layers of the feathers
of the butterfly’s antennae,

we were caught up by the tornado
and deposited on no pleasant ground,

but we found the angle of incidence
equals the angle of reflection;

separated from the wandering stars
and the habits of the lordly fixed ones,

we noted that even the erratic burnt-out comet
has its peculiar orbit.

(Hilda Doolittle)

 

 

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