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Nous avons été sauvés une fois de plus (Linda Pastan)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Nous avons été sauvés une fois de plus
de ce que nous craignons le plus.
Souvenons-nous de ce moment.
Oublions-le si nous le pouvons.
À cet instant précis une sorte de poussière dorée
vient tout recouvrir :
l’arbre à l’extérieur de la fenêtre,
bien que ce ne soit pas l’automne ;
le pot de sucre fendu,
si soigneusement réparé une fois.
Cette lumière n’est pas la rédemption
seulement le limon d’un soleil d’après-midi,
un jour ordinaire,
semblable à aucun autre.

***

We have been saved one more time
from what we fear most.
Let us remember this moment.
Let us forget it if we can.
Just now a kind of golden dust
settles over everything:
the tree outside the window,
hough it is not fall;
the cracked sugar bowl,
so carefully mended once.
This light is not redemption,
just the silt of afternoon sun
on an ordinary day,
unlike any other.

(Linda Pastan)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Ludovic Florent

 

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Place Notre-Dame-Du-Mont (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2022


Notre-Dame-du-Mont

Il y a un grand mystère
au fond de l’ordinaire
et comme une saveur d’éternité
dans la tiédeur de la banalité.

(Henri-Frédéric Blanc)

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La soupe maison (Michel Besnier)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2022



Illustration: Henri Galeron
    
La soupe maison
fait de la maison
une soupière qui
sent bon

Qui sent bon les
mots ordinaires
pomme de terre
persil potiron

Qui sent bon le
jardin le vert les
mots bien ronds
ceux de ma mère

(Michel Besnier)

 

Recueil: Cuisine au beurre noir
Traduction:
Editions : Møtus

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Pour un visiteur chan (Sengrun)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2022



Illustration: Chen Chuanxi
    

Pour un visiteur chan

Comprendre est vain, revenez à la vérité et les soucis se vident,
Les hommes, ordinaires ou sages, sont comme grains de sable.
S’égarer c’est être un papillon de nuit qui se jette sur la flamme,
Comprendre c’est partir comme la grue libérée de sa cage.
Un même croissant de lune se reflète sur mille cours d’eau,
Le bruit d’un seul pin diffère au gré du vent des saisons.
Collez à votre coeur, collez à sa nature,
Arrêtez les efforts qui nous font vivre un rêve.

(Sengrun)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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T’es Pas La Femme Du Boulanger (Daniel Auteuil)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2021



Illustration: Freydoon Rassouli
    
T’es Pas La Femme Du Boulanger

T’es pas la femme du boulanger
J’en crève rien qu’à te regarder
Je suis un mauvais comédien
Amoureux de toi jusqu’aux mains
Il te parle et tu lui souris
Moi je caresse ma jalousie

Non ça ne m’ennuie pas du tout
Qu’il vienne s’asseoir auprès de nous
Tout le monde lève son verre de champagne
Tout le monde m’a trouvé formidable
Cette chanson de mon enfance
Ca les a émus jusqu’aux larmes
Je dis merci en plaisantant
C’est peut-être ça le talent
Etre à la scène comme à la ville
Un sentimental imbécile

Toi tu ne me vois pas tu t’en fous
Tes yeux ressemblent à des bijoux
C’est un hold up très ordinaire
Il y a changement de cavalière
Quand il allume ta cigarette
Tu penches légèrement la tête
A ton oreille tous ces discours
C’est pire que de lui faire l’amour
S’il vous plaît garçon la même chose
J’ai envie d’arracher ces roses
Ni le plus grand des incendies
N’éteindra cette jalousie

T’es pas la femme du boulanger
J’en crève rien qu’à te regarder
Je suis un mauvais comédien
Amoureux de toi jusqu’aux mains
Il te parle et tu lui souris
Moi je caresse ma jalousie
Non ça ne m’ennuie pas du tout
Qu’il vienne s’asseoir auprès de nous
Tout le monde lève son verre de champagne
Tout le monde m’a trouvé formidable
Cette chanson de mon enfance
Ca les a émus jusqu’aux larmes
Je dis merci en plaisantant
C’est peut-être ça le talent
Etre à la scène comme à la ville
Un sentimental imbécile

(Daniel Auteuil)

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La voix de la libération (Râj Vâlmiki)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2021




    

La voix de la libération

Je suis la voix de l’émancipation
Je suis un crayon
Sur la tête de l’homme ordinaire qui lutte
Je suis la couronne de la consécration

Que je t’éveille du sommeil
Que je te fasse prendre conscience de ton esclavage
Qu’à le briser je t’encourage
Tel est l’instrument que je suis

J’aide les exploités
Je tends la main à l’unité Mais
La foudre qui va tomber Sur les exploiteurs je suis

Je ne catégorise pas
Entre le dalit, l’âdivasi et le savarna
Je suis un nouveau critère pour les démunis

Exploiteurs, contrôlez-vous
Vous-mêmes, changez-vous
Voyez, brûle dans le coeur des exploités
Le feu, n’allez pas aussi vous enflammer

Fraternité, liberté, égalité
Connaissez-les et acceptez-les

Sinon, reconnaissez-moi
Je suis un nouveau commencement de révolution
Je suis la voix de la libération

(Râj Vâlmiki)

 

Recueil: Pour une poignée de ciel Poèmes au nom des femmes dalit (Intouchable)
Traduction: Traduit du Hindi par Jiliane Cardey
Editions: Bruno Doucey

 

 

 

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Résilience (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2021




    
Résilience

La pensée
derrière les pensées.
Un galet ordinaire,
pur, dur,
inaliénable.

Ne se dissout pas,
est indiscutable,
est ce qu’il est,
ne devient ni plus gros,
ni plus petit.

Irrégulier,
unicolore, veiné.
Ni jeune ni vieux.
Ne nécessitant ni justification
ni croyance.

Tu ne sais d’où
tu le tiens, ni où
il va, à quoi
il sert. Sans lui
tu serais peu de chose.

***

Konsistenz

Der Gedanke
hinter den Gedanken.
Ein Kiesel, gewöhnlich,
unvermischt, hart,
nicht zu verkaufen.

Löst sich nicht auf,
steht nicht
zur Diskussion,
ist was er ist,
nimmt nicht zu oder ab.

Unregelmäßig,
nicht bunt, geädert.
Nicht neu, nicht alt.
Braucht keine Begründung,
verlangt keinen Glauben.

Du weißt nicht, woher
du ihn hast, wohin
er geht, wozu
er dient. Ohne ihn
wärst du wenig.

(Hans Magnus Enzensberger)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poèmes (1980-2014)
Traduction: Traduit de l’allemand de Patrick Charbonneau
Editions: Vagabonde

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Credo (Denise Levertov)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2021




    
Credo

Je crois que la terre
existe, et
dans chaque infime atome
de sa poussière le saint
éclat de ta chandelle.
Toi
inconnu que je connais,
toi esprit,
qui donnes,
dans l’amour de créer, la
lettre bien faite,
le fer, l’acte, le rêve.
Poussière de la terre,
garde-toi de mon
incroyance. Glisse,
gris devenu or, dans la coulée de
la vision. Je crois et
je suspends ma foi avec
le doute. Je doute et
je suspends mon doute avec la foi. Sois
monde aimé, menacé.
Chaque infime
atome.
Mais pas la malade
luminescence chassée
de son intimité,
pas la serrure sacrée de sa cellule
forcée. Non,
l’éclat ordinaire
d’une simple poussière dans un ancien soleil.
Sois, pour que je puisse croire. Amen.

*

Credo

I believe the earth
exists, and
in each minim mote
of its dust the holy
glow of thy candle.
Thou
unknown I know,
thou spirit,
giver,
lover of making, of the
wrought letter,
wrought flower,
iron, deed, dream.
Dust of the earth,
help thou my
unbelief. Drift,
gray become gold, in the beam of
vision. I believe and
interrupt my belief with
doubt. I doubt and
interrupt my doubt with belief. Be,
belovéd, threatened world.
Each minim
mote.
Not the poisonous
luminescence forced
out of its privacy,
the sacred lock of its cell
broken. No,
the ordinary glow
of common dust in ancient sunlight.
Be, that I may believe. Amen.

(Denise Levertov)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Messe pour le Jour de St Thomas Didyme –
Traduction: Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Raymond Farina
Editions: Revue Po&sie N°30 (1984)

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Le bœuf, le cheval et l’âne (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Le bœuf, le cheval et l’âne

Un bœuf, un baudet, un cheval,
Se disputaient la préséance.
Un baudet ! Direz-vous, tant d’orgueil lui sied mal.
À qui l’orgueil sied-il ? Et qui de nous ne pense
Valoir ceux que le rang, les talents, la naissance,
Élèvent au-dessus de nous ?
Le bœuf, d’un ton modeste et doux,
Alléguait ses nombreux services,
Sa force, sa docilité ;
Le coursier sa valeur, ses nobles exercices ;
Et l’âne son utilité.
Prenons, dit le cheval, les hommes pour arbitres :
En voici venir trois, exposons-leur nos titres.
Si deux sont d’un avis, le procès est jugé.
Les trois hommes venus, notre bœuf est chargé
D’être le rapporteur ; il explique l’affaire,
Et demande le jugement.
Un des juges choisis, maquignon bas-normand,
Crie aussitôt : la chose est claire,
Le cheval a gagné. Non pas, mon cher confrère,
Dit le second jugeur, c’était un gros meunier,
L’âne doit marcher le premier ;
Tout autre avis serait d’une injustice extrême.
Oh que nenni, dit le troisième,
Fermier de sa paroisse et riche laboureur ;
Au bœuf appartient cet honneur.
Quoi ! Reprend le coursier écumant de colère ;
Votre avis n’est dicté que par votre intérêt !
Eh mais ! Dit le normand, par qui donc, s’il vous plaît ?
N’est-ce pas le code ordinaire ?

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Poèmes d’un rescapé (Matsuo Atsuyuki)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020



Illustration: Roger Somville    
    
Poèmes d’un rescapé
1965

La tumeur
de mon bras a eu
vingt ans cet été

Mes globules blancs
suffisent à peine
C’est l’été dirait-on

Libellules au ciel
Dans ma tête les enfants
qui ne vieilliront jamais

Lauriers-roses dans la ville
Criant dans les rues je défile
cette année encore

Comme à l’ordinaire
les érables rougissent où
sont les cendres des enfants

Pour le nouvel an
couper une branche de prunier au
cimetière des enfants

Seule chose au monde en
quoi je puis croire cette
pierre que je caresse

(Matsuo Atsuyuki)

In Je ne peux le croire
Fukushima Nagasaki, Hirosghima, haïkus & tankas, 2018.
Traduits du japonais par Kemmoku Makoto et Patrick Blanche.

Recueil: Courage Dix variations sur le courage et un chant de résistance
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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