Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘ordre’

Pour quelques-uns penchés (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2022




    
Pour quelques-uns penchés
Sous le fardeau amer
Pour quelques-uns
Qui penseraient avoir le coeur
Brisé
L’instant s’étire
À perdre haleine
Un voile se déchire
Et montre à nu les plaies
Du ciel

Puis tout revient à l’ordre

Et c’est comme le tremblement
Des feuilles
Après une bourrasque

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Sous l’imperturbable clarté Choix de poèmes 1983-2014
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Pour Mémoire (Robert Vigneau)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2022




    
Pour Mémoire
Gott Mit Uns

Qui tondit la rousse juive?
Qui tissa ses longs cheveux
En couverture de feu?
Comment les hivers survivent?

Qui saigna l’un en boudin,
Qui grilla l’autre en saucisse
Dans les fours, les fours d’Auschwitz?
Quelle faim viendra demain?

Qui inventa l’abat-jour
En peaux d’humains tatoués?
Qui en tressa des fouets
Pour s’en fustiger d’amour?

D’homme, qui fit du savon
Sous les ordres d’un apôtre?
Lavez-vous les uns les autres.
Selon Dieu que nous suivons!

Sous les fesses de l’Histoire
Les monstres se tiennent chaud :
Drancy, Buchenwald, Dachau
À jamais prémonitoires.

(Robert Vigneau)

Recueil: La révolte des poètes
Traduction:
Editions: Livre de poche Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand l’oeil est parvenu… (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2022




    
Quand l’oeil est parvenu…

quand l’oeil est parvenu
à se clarifier
dissoute la ténèbre
écartées
les vaines questions
enfin en ordre la pensée
qui ne s’épuise plus à
traquer l’inaccessible
l’être n’a plus à s’interroger
sur le chemin qu’il lui faut
prendre

simplifié et unifié
il adhère en toute confiance
à ce qui advient
et les mots
coulent de source

(Charles Juliet)

Recueil: L’insurrection poétique Manifeste pour vivre ici
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ORDRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2022



école [800x600]

L’ORDRE

L’écolier qui balayait la classe
à tour de rôle était choisi
alors il restait seul
dans la crayeuse poussière
près d’une carte du monde
que la nuit refroidissait
quelquefois il s’arrêtait, s’asseyait
posant son coude sur la table aux entailles
inscrit dans l’ordre universel.

(Jean Follain)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le grand départ (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2022




Illustration: André Langevin dit: Zaü
    

Le grand départ

Lyyli Belle parle :
Vers une lointaine planète
Un jour nous serons partis.

Mais cette pauvre Terre
Déserte je penserai à elle.

Qu’elle ait été notre maison Et
qu’y viennent d’autres gens !

Sauront-ils au moins ceux-là
Où se trouvent les choses ?

La place des bols, des poêles,
Des balais, du fil à coudre ?

Chacun de nous aura laissé
Tout en ordre derrière lui.

Prendront-ils soin de cela,
Du reste et du jardin aussi ?

(Mohammed Dib)

Recueil: La cour couleurs Anthologie de poèmes contre le racisme
Traduction:
Editions: Rue du monde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dehors dans le jardin (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2022




    
Dehors dans le jardin

Dehors dans le jardin,
Dehors dans le noir venteux, berçant,
Sous les arbres et sur les lits de fleurs,
Sur l’herbe et sous la bordure des haies,

Quelqu’un balaie, balaie,
Un quelconque vieux jardinier.
Dehors dans le noir venteux, berçant,
Quelqu’un secrètement remet de l’ordre,
Quelqu’un se glisse, se glisse.

***

Out in the Garden

Out in the garden,
Out in the windy, swinging dark,
Under the trees and over the flower-beds,
Over the grass and under the hedge border,
Someone is sweeping, sweeping,
Some old gardener.
Out in the windy, swinging dark,
Someone is secretly putting in order,
Someone is creeping, creeping.

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Porte (Simone Weil)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2022



    

La Porte

Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers,
Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.
La longue route brûle ennemie aux étrangers.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.

Nous voulons voir des fleurs.
Ici la soif est sur nous.
Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.

Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
Il faut languir, attendre et regarder vainement.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;

Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance.
Nous n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir…

La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence
Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière
Fut soudain présent de part en part, combla le coeur,
Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu

(Simone Weil)

Recueil: Les poètes de Dieu (Pierre Haïat)
Editions: Philippe Lebaud

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

« J’élève une rose… » (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



Illustration: Chantal Dufour
    
« J’élève une rose… »

J’élève une rose, et tout s’illumine
Comme ne le fait la lune, ni ne le peut le soleil :
Serpent de lumière ardente et enroulée
Ou vent de cheveux qui secoue.

J’élève une rose, et je crie vers les oiseaux
Qui ponctuent le ciel de nids et de chants.
Je bats sur le sol l’ordre qui décide
L’union des démons et des saints.

J’élève une rose, un corps et un destin
Contre le froid de la nuit qui se hasarde,
Et de la sève de la nuit et de mon sang
Je construis de la pérennité dans la vie brève.

J’élève une rose, et je laisse, et j’abandonne
Tout ce qui est douloureux de blessures et de frayeurs.
J’élève une rose, oui, et j’écoute la vie
Dans le chant des oiseaux sur mes épaules.

***

«Ergo urna rosa…»

Ergo urna rosa, e tudo se ilumina
Corno a lua não faz nem o sol pode:
Cobra de luz ardente e enroscada
Ou viento de cabelos que sacode.

Ergo urna rosa, e grito a quantas aves
O céu pontuam de ninhos e de cantos,
Bato no chão a ordem que decide
A união dos demos e dos santos.

Ergo urna rosa, um corpo e um destino
Contra o frío da nuite que se atreve,
E da seiva da rosa e do meu sangue
Construo perenidade em vida breve.

Ergo urna rosa, e deixo, e abandono
Quanto me dói de mágoas e assombros.
Ergo urna rosa, sim, e ouço a vida
Neste cantar das aves nos meus ombros.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ordre muet (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2022


caresse

se nomme jusqu’à moi
orage flammé d’iris
promène ses bras nus

rade en randonnée
prodigue ses algues
aux retraits délictueux

écartement d’une bouche
s’échoue sur sa proie
appelant toute l’ouverture

(Mohammed Dib)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Le majestueux Escaut campagnard (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2021



Canal_escaut_ramillies

Le majestueux Escaut campagnard

A soixante ans, il me remonte aux yeux et poursuit son cours dans les profondeurs de ma conscience :
tout ce que j’aperçois, tout ce que j’éprouve, se résout en tempête d’eau, de vent et de ciel.

L’étrangeté de ce sentiment, c’est l’impression d’ordre qu’il laisse en se retirant,
comme une certitude de victoire.

Nature étang prairie et bois et de l’écluse
Matin et soir le chant que la lumière éteint…

(Franz Hellens)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :