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Poésie

Posts Tagged ‘ordure’

Balayez la parole (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Balayez la parole,
puisque je suis un arbre,
puisque le ciel me sert
de nuque, et les étoiles
de lèvres tatouées,
puisque je suis moins homme
chaque jour, et plus neige
que la neige qui pousse
sur la mer endormie.
Balayez la parole,
vous dis-je, cette ordure !

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Était-ce tout? (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



    

Tout s’oubliera. Les destins de chacun
descendront les marches sombres de l’oubli
pour se fondre dans l’obscurité dernière.
Tout s’éteindra. La tragédie prendra fin,
les lumières s’éteindront, toutes les étoiles du ciel
qui furent témoins du cruel déroulement du drame,
absurde et misérable dans sa perversité.
Vide la scène aux décors défraîchis,
et la petite dague empoisonnée que brandissaient les hommes
les uns contre les autres, jetée sur son tas d’ordures.

L’oubli, le silence. Rien dont se souvenir.
Personne pour se souvenir.
Le vide.

Était-ce tout?
Nous ne le savons pas.

***

Allt skall glömmas. Alla mänskoöden
stiga nedför glömskans skumma trappsteg
för att slockna i det sista mörkret.
Allt skall slockna. Tragedien sluta,
rampen släckas, himlens alla stjärnor
som bevittnat dramats grymma handling,
meningslös och fattig i sin ondska.
Scenen tom, med sjaskiga kulisser,
och den lilla giftdolk mänskor använt
mot varandra bortslängd i sin skräphög.

Glömska, tystnad. Ingenting att minnas.
Ingen som kan minnas.
Tomhet.

Var det allt ?
Det vet vi inte.

(Pär Lagerkvist)

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Tu récites pour toi seul (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017



Illustration
    
Tu récites pour toi seul des vers anciens
et tout en toi-même est plus proche et plus nu.

sous le masque du dormeur le temps doucement va
les années les minutes les semaines les mois.

il te souvient des femmes dans la rue l’une
aux maigres épaules portant des choses lourdes.

l’autre passait avec des gestes d’adieu belle
comme une île ou une phrase inachevée.

celle-ci qui riait aux éclats dans le feuillage
obscur et dont le nom était imprononçable.

et celle-là voyageuse aux couleurs du monde
avec ses énormes bagages et ses robes lyriques.

à l’autre bout de ta nuit ceux que nul ne connaît
qui ne font aucun détour posant cartes sur table.

et ceux qui emportent dans leur coeur leur ordure
et leur toit des chiens morts des rouleaux secrets des fleurs nouvelles.

ta mère aux bras flottants qui ne pouvait comprendre
toute ronde si petite et les yeux couleur d’encre.

tu as pris dans ses yeux le goût de l’être et des iris
mais tout s’éloigne ainsi qu’un vol d’oiseaux. le ciel

se déplace. et ça n’en finit pas les errances
à travers nuits et jours au gré des vents, la vie

ses mornes champs ses gares ses travaux ses villages
ses grimaces, la tristesse sur la face des gens.

et l’infini désert recommence au matin :
tu récites pour toi seul des vers anciens.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Le nom perdu
Editions: Gallimard

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La lumière qui s’écroule sur moi (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
La lumière qui s’écroule sur moi
quand je marche dans la nuit
m’a fait au visage de grandes blessures
que le jour ne peut refermer.

C’est un visage vraiment nu
qui se fixe à ma chair dépaysée
quand le monde cherche le matin
dans les tas d’ordures de la rue.

Les fenêtres sont des trous
d’où je regarde le ciel de bien plus près
que de la tour la plus haute :
adossé contre l’ombre, je peux me tenir debout.

Quand le soleil se lève
je crois qu’il va m’aider à vivre
mais au fond de moi le sang se rouille
échappé d’un coeur qui ne verra jamais le jour.

Quand une femme qui doit être belle apparaît
plus près de moi que toute la clarté de la terre,
je suis sûr que je pourrai l’aimer
mais la foule l’emporte dans ses bras.

Dans une chambre, une femme m’attend
dont le corps à vif va s’ouvrir au mien
dans un instant d’une plénitude telle
que rien ne peut la limiter, pas même la mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LA BETE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



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LA BETE
Rio, 25 février 1947

J’ai vu hier une bête
Cherchant dans les ordures de la cour
Sa nourriture parmi les détritus.

Quand elle trouvait quelque chose,
Elle n’examinait ni ne flairait :
Elle avalait avec voracité.

La bête n’était pas un chien,
Elle n’était pas un chat,
Elle n’était pas un rat,

La bête, oh! mon Dieu, était un homme.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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HORREURS D’UNE RUE D’ÉTÉ (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Sandra Nunes tram

 

HORREURS D’UNE RUE D’ÉTÉ
NATSU NO MACHI NO KYÔFU

Sous le soleil ardent de l’été
La peur et l’éclat sont dans le coeur des rails.
Un petit garçon de trois ans
Glisse des genoux d’une mère endormie
Et trotte vers la voie du tramway.

Étalage aux légumes défraîchis.
Hôpital aux rideaux immobiles.
Devant le portail clos du jardin d’enfants
Un chien blanc aux oreilles traînantes se couche,
Et dans la lumière sans limite
Une fleur de pavot est morte
Un cercueil de bois vert se fendille : langueur dans l’air de l’été!

Avec son bac la femme du marchand de glace
Sort malade sous une ombrelle cassée,
Et dans la ruelle s’ébranle
Le convoi d’un homme mort de béribéri : silence dans l’horreur
de l’été!
L’agent au carrefour ravale son bâillement,
Le chien blanc s’étire
Et cherche les ordures.

Sous le soleil ardent de l’été
La peur et l’éclat sont dans le coeur des rails.
Un petit garçon de trois ans
Glisse des genoux d’une mère assoupie
Et trotte vers la voie du tramway.

(Ishikawa Takuboku)

Illustration: Sandra Nunes

 

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JE VOIS (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2015




JE VOIS

Je vois un feu nourri d’ordures
Par des prisonniers aux mains dures,

J’ouvre encore les yeux je vois
L’ombre d’un grand os et d’un dieu
Qui allonge un dessin hideux
Derrière un sacrement affreux,

Je vois bouger les lèvres d’un idiot
Qui croit parler en maître,

Des troupeaux vont vers des tueries
Menés par de faux hommes qui
Portent des masques paternels,

Je vois les sables doucereux
Tracés d’une piste certaine
Par les pas des victimes d’hier,

J’ai honte de voir et pourtant
Je garderai les yeux ouverts.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration: Nick Ut

 

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On peut nommer cela horreur (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2015



On peut nommer cela horreur, ordure,
prononcer même les mots de l’ordure
déchiffrés dans le linge des bas-fonds :
à quelque singerie que se livre le poète,
cela n’entrera pas dans sa page d’écriture.

Ordure non à dire ni à voir :
à dévorer.

En même temps
simple comme de la terre.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos

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