Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘oreille’

La dormeuse (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2019



Illustration: Lauri Blank
    
La dormeuse

La tombée de la nuit semble être prise d’un sortilège.
Sur la toile, l’étoile du soir ne s’est pas couchée.
Ayant dénoué ses boucles ondulantes
Elle dort sa tête posée sur un bras.
Qui est-ce qui l’a aidée à s’endormir ainsi,
Interrompant son vigile sur la terre ?
Ayant ramené de nulle part des murmures de silence,
Les ayant versés dans ses oreilles pour toujours.
Une cascade sans fin au fond de l’image
Jaillit sans cesse en chansons silencieuses.
Pour toujours le bruissement silencieux de la forêt,
Pour toujours on sent la présence pudique,
Aussitôt qu’elle se réveille, confuse
Elle couvrira de sa robe ses seins.

***

Beauty asleep : still life

The evening twilight is bound by a spell.
On the canvas the evening star has not set.
Having undone her undulating locks
She sleeps resting her head on an arm.
Who is it who has helped her to fall asleep
In the midst of a permanent vigil on earth ?
Having culled from nowhere murmurs of silence
And has poured them for ever inside her ears.
An unending waterfall behind the image
Keeps on gushing in silent songs.
For ever the silent rustling of the forest,
For ever stands the bashful presence,
As soon as she wakes up, ashamed
She will cover her breast with her robe.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Parle-moi ! (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019


 


 

Pier Toffoletti 001

Parle-moi ! Que ta voix me touche !
Chaque parole sur ta bouche
Est un écho mélodieux !
Quand ta voix meurt dans mon oreille,
Mon âme résonne et s’éveille,
Comme un temple à la voix des dieux !

Un souffle, un mot, puis un silence,
C’est assez : mon âme devance
Le sens interrompu des mots,
Et comprend ta voix fugitive,
Comme le gazon de la rive
Comprend le murmure des flots.

Un son qui sur ta bouche expire,
Une plainte, un demi-sourire,
Mon cœur entend tout sans effort :
Tel, en passant par une lyre,
Le souffle même du zéphyre
Devient un ravissant accord !

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Pier Toffoletti

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’INITIAL (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



Illustration: Josephine Wall
    
L’INITIAL
Âditama

Qui en mon for intérieur muet
arpente les brumes de ma pensée,
demeure près du coeur et pourtant
reste distant,
qui habite l’air à jamais inouï?
Mon espérance est de le chanter —
mais mon jour passe dans le silence
lancinant
de ne pouvoir dire mon sentiment.
Où sont les mots, les mots
qui me fuient ?

Le monde en pleurs qui ruisselle
dans mon sang
que veut-il —
qui connaît le message du primitif
originel ?

Le rayon qui franchit l’orage
perçant le voile des vapeurs
pour venir embrasser la planète
est l’enfant du paradis ;

les mots qu’il lui dit à l’oreille
la terre encore aujourd’hui
en répand le souvenir
parmi les brins d’herbe —
et entend,
les yeux sur son passage rivés,
l’air de son chant.

La pulsion première de la vie
palpite dans la moelle des figuiers,
ses harmoniques insonores vibrent .
nuit et jour au fond du ciel —
et mes veines jusque dans les fibres
résonnent d’elle ;

et dans les profondeurs du conscient
une danse se compose
de figures invisibles
au chant du feuillage susurrant.

Volubiles sont ces arbres, ces plantes
en feuilles et en fleurs —
au fond de l’abysse de silence
où le verbe est roi,

au travers des terres et des eaux
silencieux
j’écoute la respiration première
sacrée,
j’entends la muette rumeur
de la pensée enfouie.

Dans cet univers orphelin de parole
qui s’étend de la poussière terrestre
aux confins stellaires
je prends place
les yeux ouverts emplis d’un chant
sans sonorité.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ils comprennent que je suis vieux (Kobayashi Issa)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2019



 

Ils comprennent que je suis vieux
ces moustiques
qui susurrent à mes oreilles

(Kobayashi Issa)

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Les yeux brûlés de n’avoir pas dormi (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2019




    
Les yeux brûlés de n’avoir pas dormi
J’ai juste le droit d’écouter
Le silence de la rue
À travers le vacarme du sang
Qui bout dans mes oreilles

Les autos glissent
Le vent se tait
Les platanes effeuillés
N’ont rien à dire

Il me vient un désir
D’offenser cette paix
Par l’envol brisé
D’un corps

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chanson de l’attente (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Chanson de l’attente

Chaque arbre attend un oiseau
Chaque fontaine une soif
Chaque bouche espère une eau
L’angoisse appelle une angoisse.

Chaque cave attend son vin
Chaque aurore son soleil
Chaque main cherche une main
Chaque parole une oreille.

Moi qui attendais si peu
Moi qui n’espérais plus rien
Tu m’as donné mes seuls biens:
Ta faim ta soif et ton feu.

(Bernard Lorraine)


Illustration: Tamara Lunginovic

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Si le chat se nettoie les oreilles (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019


chat

“Si le chat se nettoie les oreilles
c’est soit qu’il va pleuvoir,
soit que les hirondelles sont en retard,
soit qu’il a les oreilles sales”

(Henri-Frédéric Blanc)

Posted in humour | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Je cherche un signe de toi (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Je cherche un signe de toi chez toutes les autres,
dans le brusque, dans l’ondulant fleuve des femmes,
dans les tresses, dans les yeux à peine engloutis,
les pieds clairs naviguant et glissant sur l’écume.
Il me semble soudain que j’aperçois tes ongles
oblongs et fugitifs, neveux du cerisier,
ou ce sont tes cheveux qui passent, et je vois
ton image de feu de joie brûler dans l’eau.
Je cherche, aucune n’a ta palpitation,
ta clarté, teinte de noire argile sylvestre,
non, aucune n’a tes minuscules oreilles.
Toi tu es totale et brève, une entre toutes,
et quand je suis avec toi, à aimer, je parcours
l’estuaire féminin, large Mississippi.

***

Un signo tuyo busco en todas las otras,
en el brusco, ondulante río de las mujeres,
trenzas, ojos apenas sumergidos,
pies claros que resbalan navegando en la espuma.
De pronto me parece que diviso tus uñas
oblongas, fugitivas, sobrinas de un cerezo,
y otra vez es tu pelo que pasa y me parece
ver arder en el agua tu retrato de hoguera.
Miré, pero ninguna llevaba tu latido,
tu luz, la greda oscura que trajiste del bosque,
ninguna tuvo tus diminutas orejas.
Tú eres totalybreve, de todas eres una,
v así contigo voy recorriendo v amando
un ancho Mississippi de estuario femenino.

(Pablo Neruda)

Illustration: Adamov Alexey

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le chant que je devais chanter (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Le chant que je devais chanter n’a pas été chanté jusqu’à ce jour.
J’ai passé mes jours à accorder et à désaccorder ma lyre.
Je n’ai pu trouver le juste rythme;
les mots n’ont pas été bien assemblés;
il reste seulement l’agonie du souhait dans mon coeur.
La fleur ne s’est pas ouverte; seulement, auprès d’elle, le vent soupire.
Je n’ai pas vu sa face, je n’ai pas prêté l’oreille à sa voix;
seulement, j’ai entendu ses pas tranquilles sur la route devant ma maison.
Tout le long jour de ma vie s’est écoulé tandis que je dressais dans ma maison son siège;
mais la lampe n’a pas été allumée, et je ne puis l’inviter à entrer.
Je vis dans l’espoir de sa rencontre;
mais cette rencontre n’est pas encore.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :