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Posts Tagged ‘orgue’

Que tonnent à nouveau (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Stanislav Shpanin

Que tonnent à nouveau les grandes orgues
Comme premier orage de printemps :
Sur l’épaule de ta fiancée veillent
Mes yeux mi-clos.

Sept jours d’amour, sept ans cruels de séparation,
Guerre, révolte, maison vide,
Petites mains couvertes d’un sang innocent,
Mèche grise sur la tempe rose.

Adieu, adieu, bel ami, sois heureux
Je te rends tes douces promesses
Mais garde-toi bien de faire connaître
À ton amie mon délire sans pareil —

Il irait s’infiltrer comme un poison brûlant
Dans votre union bénie, dans votre union radieuse…
Pour moi, je vais régner sur un jardin de rêves,
Plein des rumeurs des herbes et des clameurs des muses.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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L’Orgue (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


grandes_orgues_web

« J’ai entendu parler l’Orgue, parfois –
Dans une Nef de Cathédrale,
Je n’en saisissais aucune parole –
Mais retenais mon souffle –

Et me suis levée – et en allée
Plus Bernadine –
Ne sais pourtant ce qui m’advint
Dans cette Nef antique »

(Emily Dickinson)

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OBSESSION (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



OBSESSION

Grands bois, vous m’effrayez comme des cathédrales ;
Vous hurlez comme l’orgue et dans nos coeurs maudits,
Chambres d’éternel deuil où vibrent de vieux râles,
Répondent les échos de vos De profundis.

Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes,
Mon esprit les retrouve en lui ; ce rire amer
De l’homme vaincu, plein de sanglots et d’insultes,
Je l’entends dans le rire énorme de la mer.

Comme tu me plairais, ô nuit ! sans ces étoiles
Dont la lumière parle un langage connu!
Car je cherche le vide, et le noir, et le nu !

Mais les ténèbres sont elles-mêmes des toiles
Où vivent, jaillissant de mon oeil par milliers,
Des êtres disparus aux regards familiers.

(Charles Baudelaire)

 

 

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MOESTA ET ERRABUNDA (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



MOESTA ET ERRABUNDA,

Dis-moi, ton coeur parfois s’envole-t-il, Agathe,
Loin du noir océan de l’immonde cité,
Vers un autre océan où la splendeur éclate,
Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?
Dis-moi, ton coeur parfois s’envole-t-il, Agathe!

La mer, la vaste mer, console nos labeurs!
Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse
Qu’accompagne l’immense orgue des vents grondeurs,
De cette fonction sublime de berceuse?
La mer, la vaste mer, console nos labeurs!

Emporte-moi, wagon! enlève-moi, frégate!
Loin! loin! ici la boue est faite de nos pleurs!
– Est-il vrai que parfois le triste coeur d’Agathe
Dise : « Loin des remords, des crimes, des douleurs,
Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate? »

Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
Où sous un clair azur tout n’est qu’amour et joie,
Où tout ce que l’on aime est digne d’être aimé,
Où dans la volupté pure le coeur se noie!
Comme vous êtes loin, paradis parfumé!

Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant, derrière les collines,
Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
– Mais le vert paradis des amours enfantines,

L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et l’animer encor d’une voix argentine,
L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs?

(Charles Baudelaire)

Illustration: Carolus-Duran 

 

 

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L’ORGUE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

orgues

L’ORGUE

Cet instrument
Naît, a lieu et prend place
Sur un lac assez grand
Juste avant les jours où la glace
Se fait débâcle
Et dérive de fond
Percée par le ciseau subtil
Du dernier vent de mars
Un matin,
Voici que mille bouches
Se mettront à chanter.
On les prendra pour une volée d’outardes
Non. C’est trop tôt.
De l’air en cage
Entre la glace et l’eau
Sortira du gosier de l’hiver qui s’attarde
Et cela dit des chants d’été…

Vous y verrez
Algues, poissons, bateaux, voilures,
Mêlés aux mots de la froidure
Avertissement :
L’orgue ne joue qu’une fois l’an.
Emmener les enfants.

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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DANSE DE SINGE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



orgue de barbarie 2

DANSE DE SINGE

Aux sons d’une petite musique narquoise, sautillante,
Essoufflée, — tandis qu’il pleut, tandis qu’il pleut de la pluie pourrie,
Saute, saute, mon âme, vieux singe d’orgue de Barbarie,
Petit vieillard pelé, sournois, animal romantique et tendre.

Avec ta queue d’automne effeuillée, prétentieusement tordue
En point d’interrogation sur le vide ciel du crépuscule,
Essuie tes pleurs, singe galant, mélancolique et ridicule,
Singe galeux de l’amour mort, singe édenté des jours perdus.

Encore un air, encore un air ! Celui qui sent les tabagies,
Le faubourg lépreux, la foire d’automne et les fritures aigres
Pour faire rire les filles mal nourries, — ô sale, affreux, maigre,
Piteux, épileptique singe, animal pur des nostalgies !

Encore un air, hélas ! le dernier ! — Et que ce soit cette sourde
Valse de jamais, requiem des voleurs morts, musique en échos
Qui dit : adieu les souvenirs, l’amour et la noix de coco…
— Tandis que la pluie pauvre fait glouglou dans la boue vieille et lourde.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

 

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Inventaire (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



inventaire-prevert

Inventaire

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs

un raton laveur

une douzaine d’huîtres un citron un pain
un rayon de soleil
une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d’honneur

un autre raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu’on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
sang une mouche tsé-tsé
un homard à l’américaine un jardin à la française
deux pommes à l’anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d’acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d’inattention
et …
cinq ou six ratons laveurs

un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
un petit garçon qui sort de l’école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d’Austerlitz
un siphon d’eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
dont quinze de cellule cinq minutes d’entr’acte

et …

plusieurs ratons laveurs.

(Jacques Prévert)

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VOLUPTUEUSE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



VOLUPTUEUSE

Comment la peindre ? Absente, tu l’invoques
— Elle est tantôt dessus, tantôt dessous —
Et tu la vois venir avec ses roues
D’or éveilleuses d’orgues.

La mer, la mer : faut-il qu’elle te charme
Par cette nappe au loin, de vif argent —
Ou qu’elle soit la grande aile qui rame
À perte d’horizon ?

Voluptueuse au clair du soir, tu sais
Qu’elle est encor la brusque, la sauvage :
Irradiée au feu de tes pensées,
La mer, braise et langage !

(Jules Tordjman)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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La Licorne joue de l’orgue dans le jardin (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



La Licorne joue de l’orgue dans le jardin
pour Viviane et pour Merlin
Lorlei liseron la rose et l’eau
Lorelei la rose et la mort le lierre et l’eau
Lorlei liseron lo.

(Armand Lanoux)

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La Madone aux Lys (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



La Madone aux Lys

J’AI bu, tel un poison, vos souffles éplorés,
Vos sanglots de parfums, lys fauves, lys tigrés

Dédiez au matin votre rose sourire,
Lys du Japon, éclos aux pays de porphyre.

Ténèbres, répandez vos torpeurs d’opiums,
Vos sommeils de tombeaux sur les chastes arums.

Lys purs qui fleurissez les mystiques images,
Sanctifiez les pelouses et les feuillages.

Lys de Jérusalem, lys noirs où la nuit dort,
Exhalez froidement vos souvenirs de mort.

Vastes lys des autels où l’orgue tonne et prie,
Brûlez dans la clarté des cierges de Marie.

Sollicitez l’avril, ses pipeaux et ses voix,
O muguets, lys de la vallée et des grands bois.

O lys d’eau, nymphéas des amantes maudites,
Anémones, lys roux des champs israélites,

Soyez la floraison des douleurs de jadis
Pour la vierge aux yeux faux que j’appelai mon Lys.

(Renée Vivien)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

 

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