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Poésie

Posts Tagged ‘orgues’

LA GARE (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

LA GARE

GARE de la douleur j’ai fait toutes tes routes.
Je ne peux pîus aîler, je ne peux plus partir.
J’ai traîné sous tes ciels, j’ai crié sous tes voûtes.
Je me tends vers îe jour où j’en verrai sortir
Le masque sans regard qui roule á ma rencontre
Sur le crassier livide où je rampe vers lui,
Quand le convoi des jours qui brûle ses décombres
Crachera son repas d’ombres pour d’autres ombres
Dans l’étable de fer où rumine la nuit.

Ville de fiel, orgues brumeuses sous l’abside
Où les jouets divins s’entr’ouvrent pour nous voir,
Je n’entend plus gronder dans ton gouffre l’espoir
Que me soufflaient tes choeurs, que me traçaient tes signes,
A l’heure où les maisons s’allument pour le soir.

Ruche du miel amer où les hommes essaiment,
Port crevé de strideurs, noir de remorqueurs,
Dont la huée enfonce sa clef dans le coeur
Haïssable et hagard des ludions qui s’aiment,
Torpilleur de la chair contre les vieux mirages
Dont la salve défait et refait les visages,
Sombre écofe du soir où la classe rapporte
L’erreur de s’embrasser, l’erreur de se quitter,
Il y a bien longtemps que je sais écouter
Ton écluse qui souffre à deux pas de ma porte.

Gare de ma jeunesse et de ma solitude
Que l’orage parfois saluait longuement,
J’aurai longtemps connu tes regards et tes rampes,
Tes bâillements trempés, tes cris froids, tes attentes,
J’ai suivi tes passants, j’ai doublé tes départs,
Debout contre un pilier j’en aurai pris ma part
Au moment de buter au heurtoir de l’impasse,
A l’heure qu’iî faudra renverser la vapeur
Et que j’embrasserai sur sa bouche carrée
Le masque ardent et dur qui prendra mon empreinte
Dans le long cri d’adieu de tes portes fermées.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Edvard Munch

 

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AVANT-SOMMEIL (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



Helen Masacz  200

AVANT-SOMMEIL

Attendez je ne suis pas prêt
La lampe lentement vrille dans ma poitrine
Mon sang fait battre au loin le poumon des collines
Voici l’ombre et les fleurs berceuses de mes pas

Quelques instants encore dans l’ouate des mensonges
Les derniers frets du soir pour les ruelles du songe
Une étoile allumée portée à bout de bras
Le vent frais musicien dans les orgues du soir
La bouche enfin tarie
Bon voyage en enfer sous la tapisserie

Dix heures dans les feuillages têtus de mon enfance
Dix heures
Et le manteau troué de la souffrance
Pour poser mon regard pas un coin de ciel bleu
Chacun de mes retours plus triste qu’un adieu
Tous ces demi-silences

Vous êtes là je sais
Au plus clair de moi-même
Penchés sur mon remords et sur mes lendemains
Puisque vous revenez dans cette chambre noire
Ô mon père et ma mère
Partagez-vous mes mains

(René Guy Cadou)

Illustration: Helen Masacz

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JE VOUDRAIS (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

Cesar Santos 1982 - Cuban-born American Figurative painter - Nude Portrait -   (9) [1280x768]

Je voudrais être très doux près de vous
présent comme absent
mes lèvres parfois sur votre visage
papillon voué à une seule fleur.

Et je n’irais aux grandes orgues de votre corps
qu’amoureusement invité
touchant vos cheveux et vos mains
vos genoux et vos lèvres
que de la main la plus légère
que je puisse obtenir de mon désir :
une ombre fraîche de mon sang.

O mes seins mes hanches mes cuisses
ô mon entière ma plénière
je ne serai vivant que vous contre moi.

(Alain Borne)

Illustration: Cesar Santos

 

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Acte de foi (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



Acte de foi

Elle croit des choses qu’on ne lui a jamais dites
Ni même murmurées à l’oreille
Des extravagances telles qu’on frissonne

Elle s’imagine tenir dans sa main droite
La terre ronde rude obscure
Comme une orange sanguine qui fuit

La vie y est douce et profonde
Hommes et femmes s’aiment à n’en plus finir
Quant à la joie des enfants elle claironne
Comme soleil à midi

Ni guerre ni deuil
Ce monde est sans défaut
Le chant profond qui s’en échappe
Ressemble aux grandes orgues
Des cathédrales englouties

Tout cela palpite dans sa main
Rayonne à perte de vue
Tant que le cœur verse sa lumière
Telle une lampe suspendue
Au-dessus des villes et des champs.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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Les bois sacerdotaux (Antonin Artaud)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



Les bois sacerdotaux chamarraient l’horizon
Où les lampes du soir rallumaient leurs feux rouges;
Au rideau des forêts où mille branches bougent
Peignaient leurs cheveux d’étranges visions.

Une femme parût, de sardoine et d’opale
Décorant son manteau pourpre comme le ciel;
Ses yeux brillaient dans l’or bleui des cheveux pâles.
Sacerdotales fleurs aux feux surnaturels.

Un rebec cajôleur aux doigts des mains divines
Si doucement pleurait que les rois des bois noirs
Appelaient par delà les célestes collines
Les reines accoudées aux balustres du soir.

Un vent plus fort tordit les crinières des bois
Eveillant les orgues des profondeurs sonores
Et la voix se perdit comme efface l’aurore
Dans les voiles du jour les bagues de ses doigts.

(Antonin Artaud)

Illustration: Herb Dickinson

 

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Si nous pénétrions le coeur des choses (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2016



Si nous pénétrions le coeur des choses et que nous puissions voir
nous ne verrions pas la splendeur ni même une énigme secrète
Peut-être qu’une notion organise ce qu’il y a de plus intime
entre l’abîme et l’éclair et que la matière
ardente et obscure tournoie dans une atmosphère mobile
Mais parmi tant de signes nous ne saurons pas lire
le bonheur animal et la volupté d’être
comme si l’intelligence ne pouvait s’élever
ni inclure en elle-même les orgues de l’être

(António Ramos Rosa)

Illustration

 

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Un enfant court (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2015



 

Christian Schloe - Austrian Surrealist Digital painter - (100)

Un enfant court
Autour des marbres…
Une voix sourd
Des hauts parages…

Les yeux si graves
De ceux qui t’aiment
Songent et passent
Entre les arbres…

Aux grandes orgues
De quelque gare
Gronde la vague
Des vieux départs…

Dans un vieux rêve
Au pays vague
Des choses brèves
Qui meurent sages…

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Christian Schloe

 

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AU NIVEAU DE L’ABSENCE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015



 

Carrie Lingscheit  (1)

AU NIVEAU DE L’ABSENCE

Il y a des tas de minuits fanés dans vos yeux
et des étangs de liqueur panique
où viennent se désaltérer de fragiles malfaiteurs
surpris en flagrant délit d’innocence
et la mémoire elle-même entre deux cauchemars

il y a dans vos minuits des orgues de chaleur
dont les larmes de cire
prolongent les doigts fiévreux d’une chanson
qui étrangle un par un
les rauques appels des animaux perdus

il y a sur le devant de votre vie
toutes les rides insolentes de la jeunesse
et la signature que vos lèvres déposent
au bas d’une page d’alcool
Y contient toutes sortes d’histoires vraies
assises au chevet d’une rue presque déserte
où rôdent encore des éclats de rire
et de vastes corbeaux reniés par leur propre ciel

il y a des tas d’adieux dans votre voix
et quand vous baissez la tête
pour tousser à votre aise
on dirait que vous apprenez la mort par coeur

et quand vous partez rejoindre votre silence préféré
l’espace entier se vide de ce qui n’est pas vous
et nous laisse seuls avec votre absence fertile comme tout
fertile comme un faire-part de suicide
ou comme l’envers d’un océan.

(Georges Henein)

Illustration: Carrie Lingscheit

 

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