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Insoluble contradiction (Dominique Grandmont)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Marie Hurtrel   contradictionl

Insoluble contradiction :
le poème tente, avec des mots, une sortie de tout langage.
Je suis d’un seul côté du monde, dit le poète.

Mais pour autant, je ne suis pas prêt à échanger mon poème contre la seule réalité du symbole.
Il faut que je m’en sorte, avec les moyens qui sont les miens, pas contre eux.
Car à force de vouloir court-circuiter les opérations (douteuses ou défectueuses) du cerveau,
on en arrive (il faudrait dire : on en revient) à des automatismes-rois et à légitimer une élaboration zéro.

Il faut donc que je me fasse une idée neuve du sens,
lequel ne coïncide pas avec celui de tous les jours, qui guide la lecture.
Ni pour ni parce que, cela veut dire que le poème ne devient un milieu de réfraction propre
qu’en faisant reculer les limites existantes,
celle aussi bien du préalable qu’à l’autre bout, la preuve par l’utilité.

On n’écrit pas pour atteindre un lecteur.
On écrit quand on est soi-même devenu ce lecteur,
quand on est — tel le traducteur devant son original —
le premier lecteur de ce qu’on écrit (et donc pas le dernier).

(Dominique Grandmont)

Illustration: Marie Hurtrel

 

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HEUREUX HASARD (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



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HEUREUX HASARD

Qui berce une famille de combat.
Ils touchent du doigt
Mes années par un anniversaire
Arrêtées par un couteau de confiance
Dans mes mains maladroites.
Les gâteaux secs
Mais originaux
Craquant le soir
Dans les bouches ouvertes et naïves

JE LES AIME.

(Yvon Le Men)

 

 

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Je brouillerais les cartes (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



Illustration: Marie Augereau
    
Je brouillerais les cartes de l’alphabet.
Plus rien ne serait « à sa place ».
Dans un bain de boue,
on verrait s’ébattre les mots.
Cure de jouvence pour leur peau.

Je caresse ta joue,
tes yeux de cèdre bleu,
ce cil original qui dépasse les autres.

Tout deviendrait tactile.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

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CHEVAL DES RÊVES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017




CHEVAL DES RÊVES

Superflu, me regardant dans les miroirs
avec un goût de semaines, de biographes, de papiers,
j’arrache de mon sieur le capitaine de l’enfer,
j’établis des clauses indéfiniment tristes.

j’erre d’un point à l’autre, j’absorbe des illusions,
je bavarde avec les oiseaux dans leurs nids:
et eux, souvent, d’une voix fatale et froide
chantent et font fuir les maléfices.

I1 y a un vaste pays dans le ciel
avec les superstitieux tapis de l’arc-en-ciel
et les végétations vespérales :
c’est vers lui que je vais et grande est ma fatigue,
foulant une terre retournée de tombes encore fraîches,
je rêve entre ces plantes aux fruits indécis.

Je Passe entre les enseignements possédés, entre les sources,
vêtu comme un être original et abattu :
j’aime le miel usé du respect,
le doux catéchisme entre les feuilles duquel
dorment des violettes vieillies, évanouies,
et les balais, aux secours émouvants,
dans leur apparence il y a sans doute, cauchemar et certitude.

Je détruis la rose qui siffle et la ravisseuse anxiété:
je brise les extrêmes aimés: et plus encore,
je guette le temps uniforme, sans mesures
une saveur que j’ai dans l’âme me déprime.

Quelle aurore a surgi! Quelle épaisse lumière de lait,
compacte, digitale, me protège !
J’ai entendu hennir son rouge cheval
nu, sans fers et radieux.
Je survole avec lui les églises,
Je galope à travers les casernes désertes de soldats
et une armée impure me poursuit.
Ses yeux d’eucalyptus volent l’ombre,
son corps de cloche galope et frappe.

J’ai besoin d’un éclair de splendeur persistante,
d’une parenté joyeuse qui assume mes héritages.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

 

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Je pars toujours d’une image (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2015



 

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Je pars toujours d’une image. N’importe laquelle, aussi humble qu’elle soit ;
en ce domaine, ce n’est pas la beauté qui compte, mais un accord dont la cause reste obscure ;
c’est d’ailleurs cet acquiescement irréfléchi qui m’avertit avant tout autre signe.

En marchant, je laisse le hasard me poser la main sur l’épaule ; tout à coup, ça fait tilt, je brûle.
Un arbre, un balcon, un angle de rue, à côté desquels j’allais passer indifférent,
se détachent, subissent une étrange mise au point.

Une exquise agression me laisse pantois ;
ce qui fond sur moi, d’abord, est le sentiment d’une lointaine ressemblance
tentant de se faire jour à travers une épaisse couche d’oubli.

Très vite, de la similitude à peine entrevue et de la copie floue surgit l’original jusqu’alors seulement deviné.
Aussitôt je déborde les limites de mon moi, je deviens — ou plutôt je redeviens —
celui qui avait contemplé, en son temps, l’image primitive ; mon présent cède la place au sien..

(André Hardellet)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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