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Poésie

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DANS LES RUES DE PRAGUE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




DANS LES RUES DE PRAGUE

Tu te souviens des rues de Prague,
de leur son dur comme si des tambours de pierre
avaient roulé dans la solitude de celui qui à travers les mers chercha ton souvenir :
ton image au-dessus du pont Saint-Charles était une orange.

C’est alors que nous avons franchi la neige de sept frontières,
partis de Budapest qui ajoutait des rosiers et du pain à son lignage,
jusqu’au moment où les amants — toi et moi —, traqués, assoiffés, affamés,
s’étant reconnus se blessèrent avec les dents et des baisers et des épées.

O jours tranchés par les cimeterres du feu et de la furie
où l’amant et l’amante souffrent sans répit et sans larmes
comme si l’amour était allé s’enterrer dans une lande parmi les orties
et comme si chaque expression se troublait et brûlait, devenait lave.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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Jolimont (Norge)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018


Jolimont

A l’ombre du gazomètre,
Vénus marchait dans l’ortie.
Une odeur de pleine mer
Coulait de sa chevelure
Où l’algue brouillait les mèches.
La sirène de la mine
Appelait éperdument
A ses tempêtes profondes
Mille marins maquillés
Qui tenaient d’une main rêche
La lampe des vierges folles.
Quelque nuage frileux
Rentrait dormir à la niche,
L’oreille basse et la langue
Pendante jusqu’au pavé.
Vénus, lumineuse et chaude,
Marchait dans l’ortie en fleur.
Elle s’appelait Minouche.
Au Minouche, que j’aimais
Tes jeunes cris dévêtus
Et les taches de rousseur
De tes cuisses de brugnon
Dans les blés de Jolimont.

(Norge)

Illustration: Theodore Chassériau

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Fanfan, la termite (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018


termite

«J’ai une vie intérieure! »
Dit Fanfan, le Termite.
« Il faut qu’on se le dise:
J’ai une vie intérieure!»
Son logis aux orties,
Son épouse en ermite,
Ses enfants en fouillis,
Au diable, le labeur!
Ruisselant d’oripeaux,
Fleurant la marguerite,
Voilà Fanfan le Termite
Qui taquine l’Ailleurs!

(Andrée Chedid)

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GRENIERS (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration
    
GRENIERS

La rumeur au fond du ciel.
Le grand vent carde la nue,
il racle la voûte des nuits,
il désencrasse les étoiles.

Il vient faucher les orties
dans des chemins qu’on ne prend plus,
frappe aux portes condamnées,
offre et reprend les senteurs.

Le grand vent dans les greniers.
Il s’y retourne toute la nuit.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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La fleur (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
La fleur

Dans un pot de fer
des grenades
Dans un pot de terre
une fleur.

La fleur ancienne
toute neuve
Folle comme avoine
lucide comme blé
ou riz
Vraie comme rêve
belle comme amour
rouge comme toujours.

Dans un pot de fer
des grenades
Dans un pot de terre
Une fleur.

La fleur libre et véritable
indispensable
utile comme pain
utile comme vin
juste colère larmes et rires
ou fol espoir
Dans un pot de fer
des grenades
Dans un pot de terre
une fleur.

La fleur interdite de séjour
la fleur rebelle à la lobotanique
réfractaire à l’ortie-culture
La fleur du libre-savoir et des vérités ouvrières
La fleur de n’importe qui quand n’importe qui c’est quelqu’un
la fleur aux couleurs éclatantes et qui éclate n’importe où
quand n’importe où c’est partout
éclate de vivre
éclate de rire
et d’inquiétude
et de détresse aussi.
Dans un pot de fer
des grenades
lancées par des grenadiers
Dans un pot de terre
la fleur
défendue par ses jardiniers.

(Jacques Prévert)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Choses et autres
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le parc (Boris Pasternak)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018




Sur les buissons croît la brouille
Des nuages nus. La bouche
Du parc, orties qui se mouillent,
Sent les orages, les souches.

Des soupirs, le bois se lasse.
Le ciel s’emplit de passages.
Nu-pieds, l’azur a la grâce
D’échassiers au marécage.

Comme des lèvres qui luisent,
Que la main n’a pas essuyées,
Brillent les saules, les alises,
Les pas sur la terre mouillée.

(Boris Pasternak)

Illustration: Corinne Salou

 

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Car sans toi ma journée est perdue (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Car sans toi ma journée est perdue et s’en va,
Comme tant de journées, se mêler à l’oubli.
Si tu lèves le bras, les murailles d’orties
N’arrêtent plus le sang de couler sous nos pas.

Dans ce rêve où je te revois
Nue et blanche comme un ruisseau,
Il y a le bruit de ta voix
Qui me torture jusqu’aux os.

La nuit vers nous s’avance et je connais le poids
De ta vie à ma vie ajoutée. Est-ce l’âme
Des vivants et des morts qu’apporte avec sa lame
La fraîcheur de la mer que je respire en toi?

Tu es là, nue et belle, au milieu de ce monde
Nocturne, belle et nue entre tes liens de fer,
Respirant à l’abri des foudres vagabondes;
Tes yeux sont le plus beau pays de la colère.

Si je lève la tête au plus fort de l’ennui,
Je te revois, brillante, et par la mer lavée
Sans fin comme un caillou plein des sucs de la nuit,
Debout dans le sommeil des statues renversées.

(Albert Ayguesparse)

Illustration

 

 

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TÉMOIGNAGE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



blé d'hiver

 

TÉMOIGNAGE

Dans le haut blé d’hiver
qui nous poussait au travers
de ce no man’s land,
dans les corps à corps de notre colère
sous ces orties blanches sans nom,
et parce que j’ai abrité pour toujours
une fleur en enfer, je te dis
l’ouverture de mon oeil,
mon être au-delà du fait
d’être un,
et combien j’ai pu t’absoudre
de cette dérobade, et te prouver
que je ne suis
plus seul,
que je ne suis
même plus
proche de moi-même.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Orties et fleurs (Jean-Paul Hameury)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Patientes aussi
sont les graines du désespoir.

Et le vieil homme échoué
au bord du printemps
sent renaître en lui les chiendents
que l’hiver ne tue pas.

Naguère encore il espérait
qu’il s’en délivrerait.

Désormais oublieux
des chemins trop sûrs
il se contente de regarder
orties et fleurs s’entremêler.

(Jean-Paul Hameury)

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SOLITUDE (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



SOLITUDE

Je me suis réveillé sous l’azur de l’absence
Dans l’immense midi de la mélancolie.
L’ortie des murs croulants boit le soleil des morts.
Silence.

Où m’avez–vous conduit, Mère aveugle, ô ma vie ?
Dans quel enfer du souvenir où l’herbe pense,
Où l’océan des temps cherche à tâtons ses bords ?
Silence.

Echo du précipice, appelle-moi ! Démence,
Trempe tes jaunes fleurs dans la source où je bois,
Mais que les jours passés se détachent de moi !
Silence.

Vous qui m’avez créé, vous qui m’avez frappé,
Vous vers qui l’aloès, cœur des gouffres, s’élance,
Père ! à vos pieds meurtris trouverai-je la paix ?
Silence.

(Oscar Milosz)

 

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