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Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »? (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


benoit-extase

Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »?
Alors blottis-toi sur le seuil –
Le Rouge – est la teinte commune du Feu –
Mais lorsque le vif Minerai

A surmonté l’épreuve de la Flamme –
Il frémit au sortir de la Forge
Sans autre couleur que la Lumière
Du Brasier non consacré –

Le moindre Village, est fier d’avoir son Forgeron –
Son Enclume dont le son égal
Est le symbole de la Forge plus subtile
Qui sans bruit travaille – au dedans –

Affinant avec Brasier, et Marteau
Ces impatients Minerais
Jusqu’à ce que la Lumière choisie
Répudie la Forge –

(Emily Dickinson)

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Notre père (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Notre père

Notre père
reprends ton nom
nous n’osons pas
être des enfants

Comment dire
la voix étouffée
notre père
une étoile citron
clouée sur le front

La lune riait follement
satellite de nos rêves
le clown mort riait
qui nous promit un saut de la mort

Notre père
nous te rendons
ton nom
Continue à jouer le père
dans les cieux sans enfants
et sans air

***

Vater unser

Vater unser
nimm zurück deinen Namen
wir wagen nicht
Kinder zu sein

Wie
mit erstickter Stimme
Vater unser sagen
Zitronenstern
an die Stirn genagelt

Lachte irr der Mond
Trabant unserer Träume
lachte der tote Clown
der uns einen Salto versprach

Vater unser
wir geben dir zurück
deinen Namen
Spiel weiter den Vater
im kinderlosen
luftleeren Himmel

(Rose Ausländer)

 

 

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Poème à une jeune inconnue (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



 

Poème à une jeune inconnue

Mais lorsque la passion perce ta quiétude,
maîtrise ta crainte première.
Qui ose encore prononcer les mots :
impudique, impur ?

Quel est ce paillard qui se plaît
à blâmer l’ardeur des sens ?
Mire-toi, enfant, et n’aie crainte
d’aimer tes passions.

Dévêts-toi. Et tout en te mettant nue,
ose être caressante et lasse.
Une faute ? Dis-moi : quelle est la faute
des roses en été ?

(Herwig Hensen)

Illustration: Paul Chabas

 

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LA ROSE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



LA ROSE,
ce matin, a osé desserrer
le bouton de ses lèvres :
« Je t’aime », murmure-t-elle,
et d’heure en heure
elle se fait plus belle.
A midi elle chante,
et le soir elle crie :
« Je t’aime ! Et toi,
m’aimes-tu aussi ?

Mais lui, bien sûr, en aime une autre.
Cela souvent se passe ainsi :
passent l’amour, la fleur de l’âge,
puis vient le vent du large
sur son cheval d’oubli…

Mais elle, aux mains de courage,
arrache ses pétales
le long du rivage endormi,
plonge parmi les étoiles
et se noie, toute nue,
dans la nuit.

(Christiane Barrillon)

Illustration: Jean Paul Avisse

 

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Orly (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
La pluie les a soudés
Semble-t-il l’un à l’autre
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire: je t’aime
Elle doit lui dire: je t’aime
Je crois qu’ils sont en train
De ne rien se promettre
C’est deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes

Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
Et brusquement ils pleurent
Ils pleurent à gros bouillons
Tout entourés qu’ils sont
D’adipeux en sueur
Et de bouffeurs d’espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L’espoir de les juger

Mais la vie ne fait pas de cadeau!
Et nom de dieu!
C’est triste Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud

Et maintenant ils pleurent
Je veux dire tous les deux
Tout à l’heure c’était lui
Lorsque je disais il
Tout encastrés qu’ils sont
Ils n’entendent plus rien
Que les sanglots de l’autre
Et puis infiniment
Comme deux corps qui prient
Infiniment lentement ces deux corps
Se séparent et en se séparant
Ces deux corps se déchirent
Et je vous jure qu’ils crient
Et puis ils se reprennent
Redeviennent un seul
Redeviennent le feu
Et puis se redéchirent
Se tiennent par les yeux
Et puis en reculant
Comme la mer se retire
Ils consomment l’adieu
Ils bavent quelques mots
Agitent une vague main
Et brusquement ils fuient
Fuient sans se retourner
Et puis il disparaît
Bouffé par l’escalier

La vie ne fait pas de cadeau!
Et nom de dieu!
C’est triste Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud

Et puis il disparaît
Bouffé par l’escalier
Et elle elle reste là
Cœur en croix bouche ouverte
Sans un cri sans un mot
Elle connaît sa mort
Elle vient de la croiser
Voilà qu’elle se retourne
Et se retourne encore
Ses bras vont jusqu’a terre
Ça y est elle a mille ans
La porte est refermée
La voilà sans lumière
Elle tourne sur elle-même
Et déjà elle sait
Qu’elle tournera toujours
Elle a perdu des hommes
Mais là elle perd l’amour
L’amour le lui a dit
Revoilà l’inutile
Elle vivra ses projets
Qui ne feront qu’attendre
La revoilà fragile
Avant que d’être à vendre
Je suis là je le suis
Je n’ose rien pour elle
Que la foule grignote
Comme un quelconque fruit

(Jacques Brel)

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Le mûrissement des fruits (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Le mûrissement des fruits
dans la constante dévotion des feuilles

Les papillons en folie
dans l’impudence d’être

A l’écart un rosier
qui tarde à fleurir
Comme une robe
qu’on n’ose pas mettre

(Georges Bonnet)

 

 

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LE VERTIGE (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



LE VERTIGE

Jeune femme si je n’ose
A ton oreille ourlée
Le propos trop osé
Qui n’offusque pas la rose.

L’intimité de ton corps
Chaque fois devient miracle
Et plus elle se fait rare
Mieux j’en goûte le vertige

Dans cet éblouissement
Où sombre tout mon passé
S’unit à l’amour unique
Comme un goût de mort joyeuse.

(Marcel Béalu)

Illustration: Marc Chagall

 

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La folle a faim (Renée Rivet)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



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La folle a faim

La folle a faim, mais son pain est troué d’oublis.

Elle ouvre le placard des confitures,
mais le sang des fruits la fixe, et elle n’ose pas en manger.
Elle referme le placard et donne deux tours de clé.
La folle cherche des anges pour faire éloigner le malheur.

Quelqu’un marche derrière elle, quelqu’un l’empêche d’avancer !
Sa fille, sa fille étroite et belle !
Non, c’est un rayon de soleil à travers les lames des persiennes.
Elle est pourtant sûre d’avoir senti un parfum.

La mort, la mort dans la glace !
Pourquoi la mort avance-t-elle dans la glace ?
Il suffit alors de tourner le miroir contre le mur.
Mais les mains, les mains suivent partout.
Elle a beau les cacher derrière son dos,
elle sait bien qu’elles sont là. Si elle les coupait ?
Elle ne pourrait en couper qu’une …
l’autre resterait, et que faire du moignon sanglant …

La folle pleure …
Tiens, il pleut dans la chambre, la pluie roule sur le journal.
D’où vient qu’il y ait de la pluie partout, même dans le lit ?
L’oreiller s’écrase, et la tête glisse, glisse en arrière.
En arrière, il y a peut-être du soleil …

La tête heurte des cailloux, la pauvre tête roule contre la terre.

Est-il possible que la terre ait pu monter tous ces escaliers ?

Il n’y a rien à comprendre, tout arrive par bribes.
Même ce qui fait mal n’est jamais tout à fait entier.

La folle a peur que son délire ne soit pas vrai.

(Renée Rivet)

 Illustration: Chaim Soutine

 

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QUELQU’UN NOUS DIRA-T-IL… (André Lartigue)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



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QUELQU’UN NOUS DIRA-T-IL…

Quelqu’un nous dira-t-il
La limite du mot

Quelqu’un osera-t-il
La démarche du soir

Qui nous révélera
La neige ou bien la vague

Hommes des draps trop neufs
Et des linges sans tache

Voilà que notre nuit
Vient de lever la main

Voilà que sans un cri
Il nous faut repartir

Par de nouveaux chemins
Où la soif sera grande

Et nul ne sait encor
Le mot de nos retours

(André Lartigue)

Illustration: Annie Boulanger

 

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Te souviens-tu du baiser (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Te souviens-tu du baiser,
Du premier que je vins prendre?
Tu ne sus pas refuser;
Mais tu n’osas pas le rendre.

Te souviens-tu du baiser,
Du dernier que je vins prendre?
Tu n’osas pas refuser;
Mais tu ne sus pas le rendre.

(Jean Richepin)

Illustration: Carolus Duran

 

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