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Poésie

Posts Tagged ‘oser’

Un papillon (Jean-Hugues Malineau)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Sur mon poignet nu
un papillon jaune
je n’ose plus respirer.

(Jean-Hugues Malineau)


Illustration: Gaëlle Boissonnard

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QUE FERAY-JE? (Jean Boyer)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



 


    
QUE FERAY-JE?

Que feray-je ? Que diray-je ?
De quel costé tourneray-je,
Mes plus douloureux accents ?
A vous rochers et montagnes,
A vous forests et campagnes,
Qui m’estes icy présens.

Quoy ? pourray-je bien me plaindre,
Et vous dire sans rien craindre
Mes plus cuisantes douleurs ?
Le tourment qui trop m’afflige
A vous déclarer m’oblige
Le sujét de mes malheurs.

Oseray-je bien le dire
La cause de mon martire
Aux driades de ces bois ?
O ! passions non pareilles !
Les forests n’ont point d’oreilles
Pour ouï ma triste voix.

Je ferey donc pénitence,
Dans l’effroyable silence
Des plus solitaires lieux,
A toujours mourir et vivre :
Car c’est mourir que survivre
A la perte de son mieux.

***

What shall I do? What shall I say?
Where shall I turn,
My most painful tones?
To you, rocks and mountains,
To you, forests and countryside,
That are present here for me.

What? Might I really complain
And tell you without any fear
My most smarting pains?
The torment that afflicts me too greatly
Obliges me to declare to you
The subject of my ordeals.

Might I dare utter
The cause of my martyrdom
To the dryads of these woods?
O! matchless passions!
The forests have no ears
To hear my sad voice.

So I shall repent,
In the frightful silence
Of the most solitary places,
To ever die and live:
For to survive is to die
To the loss of his best.

***

Was werd‘ ich tun? Was werd‘ ich sagen?
In welche Richtung wende ich
Mein schmerzlichstes Fragen?
Euch ruf‘ ich‘s zu, ihr Felsen und Gebirge,
Ihr Wälder und Wiesen,
Die ihr hier liegt vor mir.

Wie? Könnt ich wohl hier klagen
Und euch ohn‘ Ängste sagen
Mein‘ allerschmerzlichste Pein?
Die Unruh‘, die mich zu sehr quält,
Euch zu erklär‘n mich pflichtet
Den Inhalt meines Unglücks.

Sollt‘ ich es denn wohl wagen,
Den Grund mein‘s Leid‘s zu sagen
Den Dryaden dieses Hains?
Oh, Leiden ohnegleichen,
Die Wälder können gar nicht lauschen,
Zu hören mein‘ traur‘ge Stimm‘.

Ich werde also büßen,
In der furchtbaren Stille
Der einsamsten Ort‘ alldort.
Ich werde immer sterben und auch leben,
Denn es heißt sterben, wenn man muss überleben
Sein Liebstes, das man verlor.

(Jean Boyer)

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LES DEUX PIGEONS (Jean de La Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Gustave Doré
    
LES DEUX PIGEONS

Deux Pigeons s’aimaient d’amour tendre.

[…]

Amants, heureux amants , voulez-vous voyager?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.
J’ai quelquefois aimé : je n’aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,

Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l’aimable et jeune bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,

Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas! Quand reviendront de semblables moments?
Faut-il que tant d’objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète?

Ah! si mon coeur osait encor se renflammer!
Ne sentirai-je plus de charme qui m’arrête?

Ai-je passé le temps d’aimer?

(Jean de La Fontaine)

 

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Sous les mille mains du figuier (Jean-Hugues Malineau)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Sous les mille mains du figuier
j’oserai peut-être
prendre la sienne.

(Jean-Hugues Malineau)


Illustration

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Il n’y a plus d’ombre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Albert Marquet
    
Il n’y a plus d’ombre écrasée sur la terre
brûlante comme une pierre chauffée de soleil.
Les abois sont plus sourds dans les fermes
qui étouffent dans l’odeur accablante des foins.

L’eau traverse les cailloux trop clairs
qui surgissent là où la clarté fait des trous.
Les sources sont plus profondes dans les vallées
où passe une rumeur d’insectes qui s’assoupissent.

La tête des femmes est douce comme une écume.
Le couchant est si long que la nuit reste claire
au-dessus du ciel qui serre le monde de près
au-dessus des hiboux qui n’osent pas bouger.

Il n’y a pas de veilleur sur la montagne
qui monte seule à la rencontre de la nuit.
Il n’y a plus d’éclair au creux des arbres
d’où l’ombre sort pour couvrir la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le Poète (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration  
    
Le Poète

Il porte obscurément la pourpre du poète,
Ce passant qu’on rencontre au détour du chemin,
Vers lequel nul ne tend sa secourable main
Et qui lève vers l’aube un front large d’ascète.

Mais sous le grand manteau percé de mille trous,
Si vieux qu’il est pareil aux innombrables toiles
Que l’araignée a su tramer sous les étoiles,
S’ouvrent ses yeux divins, prophétiques et fous.

Cet inconnu c’est le poète en son passage,
Et le vent du chemin lui dicte, ainsi qu’un dieu
Dicte un ordre divin, son chant impérieux…
… Mais, hélas ! nul n’entend le merveilleux message.

Toi, dont le vent clément rafraîchit le front nu,
Tu n’oses même pas solliciter l’Aumône,
Mais les siècles futurs te verront sur un trône,
Couronné de rayons, ô divin Inconnu !

(Renée Vivien)

 

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Je te donne mon âme nue (Juana de Ibarbourou)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Je te donne mon âme nue,
comme une statue qu’aucun voile ne drape.

Nue, avec la pure impudeur
d’un fruit, d’une étoile ou d’une fleur;
de toutes ces choses qui ont l’infinie
sérénité d’Eve avant sa damnation.

De toutes ces choses,
fruits, astres et roses,
qui ne ressentent pas la honte du sexe sans présages,
et pour qui personne n’osera fabriquer des vêtements.

Dévoilée, comme le corps d’une déesse sereine,
que j’aie l’intense blancheur du lys !

Nue, et grande ouverte
par le désir d’aimer !

***

TE DOY MI ALMA DESNUDA

Te doy mi alma desnuda,
como estatua a la cual ningún cendal escuda.

Desnuda con el puro impudor
de un fruto, de una estrella o una flor;
de todas esas cosas que tienen la infinita
serenidad de Eva antes de ser maldita.

De todas esas cosas,
frutos, astros y rosas,
que no sienten vergüenza del sexo sin celajes
y a quienes nadie osara fabricarles ropajes.

Sin velos, como el cuerpo de una diosa serena
¡que tuviera una intensa blancura de azucena!

Desnuda, y toda abierta de par en par
¡por el ansia del amar!

(Juana de Ibarbourou)

Illustration: Pascal Renoux 

 

 

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La licorne devant le miroir (T. Carmi)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



&

   
La licorne devant le miroir

Ma Dame,
Si vous n’aviez pas tenu
Devant moi, ce miroir

Je n’aurais pas su
Que j’étais mélancolique et col monté.
Je n’aurais pas su
Que je n’avais qu’une corne,
La barbe rare et des lèvres épaisses.

Ma Dame,
Sans fâcherie,
Si votre main amère n’avait tenu
Devant moi ce miroir

Jamais je n’aurais osé vous approcher
Et poser mes serres crochues
Sur vos genoux.

Ma Dame,
Si vous n’aviez point appelé l’écho de mon corps,
Nous ne serions pas devenus trois :

Moi, vous et moi-même,
Et au-dessus de nous
Une corne hautaine.

(T. Carmi)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: S. Reich
Editions: Gallimard

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Lorsque tes mains légères (Silvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Ron Mueck   
    
lorsque tes mains légères
intensifient mes battements
mes mains n’osent plus
s’approcher et s’évanouissent
tes paroles disent l’inflexion
de ma voix et dans tes traces
mes pas suivent ton rythme
qui se retient ou se réveille
ton visage comme un voile
aérien recouvre mon visage
et mon corps est entièrement
abstinence de ton corps
une longue corde entraîne
cette barque sans rames
qui ne peut ni échouer
ni naviguer

(Silvia Baron Supervielle)

 

Recueil: Sur le fleuve
Editions: Arfuyen

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LE BAISER (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017



Illustration
    
LE BAISER

ô vous divine discrète
réservée jusqu’à l’extrême
qui osera faire vibrer l’intime
à l’émoi dissimulé si sublime

ô vous tourterelle sur sa tige
au seuil du vertige

le baiser qui tout à coup se livre
perturbe et trouble tout équilibre
troubadour de l’espace il soupire
après cette vérité qui l’inspire

troublante envolée sensible
vers les limites du cessible

sur la margelle du coeur
là il paresse avec douceur
il tisse la pensée dans un rêve
Inattendu en se donnant à Eve

Tenter un baiser est une avancée troublante
c’est un peu comme cueillir une étoile filante

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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