Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘oser’

Déroute (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Christian Schloe 
    
Déroute

Voici que me fascine enfin le mal hagard…
Enfin, je suis en proie aux multiples malaises,

Et mes yeux aveuglés par les larmes mauvaises
S’attachent… La ténèbre a repris mon regard.

Car mon coeur est vaincu, mon âme est en déroute.
J’erre à tâtons, selon le hasard de la route.

Et mon coeur bat moins fort, et mon âme s’enfuit.
Et je n’aperçois plus la lueur sur la route.

Mais tandis que le temps irrévocable fuit,
Et que je n’ose plus affronter cette face

Qui fut mienne, j’aurai cette dernière audace
D’affronter, seule à seule, en silence, la Nuit !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vertige (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Vertige

Après de vains efforts pour atteindre la cime,
Je me vois suspendue au-dessus de l’abîme,
Et me verrai bientôt engloutir par l’abîme…

Je le sens aujourd’hui, c’est en vain que mes mains
S’agrippent dans l’horreur des efforts surhumains…
Malgré moi, malgré moi, se desserrent mes mains…

Et cependant là-haut, très claire, sous l’aurore,
La lune resplendit, glorieuse, et se dore,
O consécration de la nouvelle aurore !

Je croyais bien pouvoir la surprendre aujourd’hui
La cime sur laquelle un beau soleil a lui.
Quand l’atteindrai-je enfin ? Qu’elle est belle aujourd’hui !

Pour l’atteindre, chacun oserait le vertige…
Elle est bleue et pareille à la fleur sur sa tige !
Je l’atteindrai !… Voici que survient le vertige…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Intangible (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Daria Petrilli   
    
Intangible

Nul n’oserait frôler l’effilement des doigts
Que je tends en un geste indifférent et triste.

L’amour n’a point d’écho pour répondre à ma voix,
Nul n’ose interroger mes regards d’améthyste…

Car moi, fille royale, ainsi je l’ai voulu,
Sachant que mon bonheur était dans le silence…

Seuls, les beaux chants lointains de l’autrefois m’ont plu,
Car c’est vers l’autrefois que mon âme s’élance…

Et nul n’ose troubler la sombre paix d’un seuil
Que garde l’inconnu. Mais j’y règne, impassible…

J’y sers obscurément le Dieu de mon long deuil…
Nul n’ose m’approcher… Car je suis l’Intangible…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Aveu dans le Silence (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Charles-Amable Lenoir
    
Aveu dans le Silence

Dans l’orage secret, dans le désordre extrême
Je n’ose m’avouer à moi-même que j’aime !
Cela m’est trop cruel, trop terrible… Mais j’aime !

— Pourquoi je l’aime ainsi ? L’éclat de ses cheveux…
Sa bouche… Son regard !…. Ce qu’elle veut, je veux.
Je ne vis que de la clarté de ses cheveux…

Et je ne vis que du rayon de ce sourire
Qui m’attendrit, et que j’appelle et je désire…
O miracle de ce miraculeux sourire !….

Sa robe a des plis doux qui chantent… Et ses yeux
Gris-verts ont un regard presque… miraculeux…
J’adore ses cheveux et son front et ses yeux…

Elle ne saura point, jamais, combien je l’aime
Cependant ! — Car jamais ma jalousie extrême
Ne lui laissera voir, jamais, combien je l’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les oreilles d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Charles Edward Perugini XXL

Les oreilles d’Amaranthe

Oreilles, la nature en coquillant qui gire
Vos petits ronds voutés de long et de travers,
Fait en vous un dédale, où bien souvent je perds
Le langage amoureux que pour vous je soupire.

Ô portes de l’esprit, par où le doux Zéphyre
Fait entrer sur son aile et l’amour et mes vers,
Chastes chemins du coeur qui toujours sont ouverts
Pour ouïr les discours d’un pudique martyre,

Oreilles l’abrégé de toutes les beautés,
Petits croissants d’amour, accroissez les bontés
De ma chère Amaranthe, afin qu’elle m’allège !

Mais quoi par vos faveurs pourrais-je la toucher ?
Ma voix qui n’est que feu n’ose vous approcher,
Pource que vous avez la blancheur de la neige.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce qu’il me faut (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017




    
Ce qu’il me faut

Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux
Des paroles du cœur, vantez la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux !

Ce qu’il me faut à moi, c’est un amour qui brûle,
Et comme un dard de feu dans mes veines circule,
Tout rempli d’alcool ;
C’est une courtisane enivrée et folâtre,
Dansant autour d’un punch à la flamme bleuâtre,
Et buvant à plein bol !

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme la fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleines mains.

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles,
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau ;
Qui n’osent d’un seul doigt vous toucher,- ni rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau.

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille,
Au teint frais et si pur caché sous la mantille,
Et dans le blanc satin,
Non, dames de grand ton, en tout, tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes,
Un amour de catin !

(Alfred de Musset)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ET AUTRE CHOSE ITOU (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: François Boucher
    
ET AUTRE CHOSE ITOU

Colin et Colinette
Au fond d’un jardinet.
Assis dessus l’herbette
Se faisaient un bouquet…

Et autre chose itou,
Que je n’ose vous dire.
Et autre chose itou…
Je n’ose dire tout !

Il la prend, il la baise,
L’étend sur le gazon,
Et là tout à son aise
Lui saisit le menton…

Et autre chose itou.
Que je n’ose vous dire,
Et autre chose itou…
Je n’ose dire tout !

La bergère troublée,
Lui die d’un air malin :
« Ah ! Que je suis aimée !
Retire donc ta main…

Et autre chose itou.
Que je n’ose vous dire.
Et autre chose itou…
Je n’ose dire tout ! »

Mais le berger peu sage,
Ecoutant son ardeur.
Lui fit voir qu’à son âge
On a toujours du cœur…

Et autre chose itou,
Que je n’ose vous dire,
Et autre chose itou…
Je n’ose dire tout !

Après mainte fleurette,
Notre couple badin
S’endormit sur l’herbette
En se tenant la main…

Et autre chose itou.
Que je nose vous dire,
Et autre chose itou…
Je n’ose dire tout !

(Anonyme)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES BOUTONS DE ROSE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

Illustration: Cornelis van Haarlem
    
LES BOUTONS DE ROSE

Je vois deux boutons de rose
Près d’éclore sur ton sein;
Mon Eglé, permets que j’ose
Les caresser de ma main.
Eh quoi ! ta vigueur s’oppose
A mon amoureux dessein !

Mais ta résistance est vaine !
Tu veux me favoriser !
Je veux, ma belle inhumaine,
Les couvrir d’un long baiser…
Rends-toi, je suis hors d’haleine,
L’amour doit m’autoriser !

Je suis heureux, je les touche.
Oh ! moment tant souhaité !
Je vais y coller ma bouche
En dépit de ta fierté…
Ciel ! une épingle farouche
Trouble mon activité !

De mon mal, tu ris, mutine !
Mais je ne m’en fâche pas…
Même accident, j’imagine,
Serait moins rare ici-bas,
Si la rose sans épine
N’offrait que peu d’appas !

(Anonyme)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LE BAISER (François-Benoît Hoffmann)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017



 

 Illustration: Jean-Honoré Fragonard
    
LE BAISER

Sur le gazon, dans la prairie,
Lycas, au déclin d’un beau jour,
Demandait à sa douce amie
Le salaire de son amour.

Elle se tait : c’est faire entendre
Que son ami peut tout oser.
Lycas aimait d’amour bien tendre :
Il se contenta d’un baiser.

volupté, bonheur suprême !
Combien leurs cœurs furent émus !
Un baiser vaut mieux quand on aime
Que tout sitôt qu’on n’aime plus.

Couple charmant, dans ton délire.
Garde-toi bien de tout oser ;
Ce doux moment doit te suffire :
On est heureux par un baiser.

Mais plein du feu qui le dévore,
Lycas heureux et non content,
Se plaint, demande et veut encore.
Hélas ! nous en ferions autant.

De Chloris l’œil humide et tendre
Lui dit qu’il peut encore oser :
Mais cette fois ce qu’il sut prendre
Ne se nomme pas un baiser.

Depuis ce jour, j’entends la belle
Dire partout avec douleur,
Que son Lycas est infidèle,
Qu’il l’abandonne à son malheur.

Je plains l’ennui qui te dévore !
Mais, hélas ! pourquoi tout oser ?
Ton Lycas t’aimerait encore
S’il n’avait reçu qu’un baiser.

Et vous, si près d’une maîtresse
Vous sentez croître le désir,
Ah ! prolongez sa douce ivresse,
Sachez qu’attendre c’est jouir.

Malgré le feu qui vous dévore,
Gardez-vous bien de tout oser ;
Vous aimerez demain encore
Si vous n’obtenez qu’un baiser.

(François-Benoît Hoffmann)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

J’ai entendu Scorpion affûter sa lame (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



zodiaque [800x600]

Les murs ne tombent pas
[30]

J’ai entendu Scorpion affûter sa lame,
j’ai craint Archer (son arc tendu),

les cornes du Bouc étaient menace,
d’abord se haussaient ? puis jusqu’à terre ;

de l’autre côté de l’abîme
le Batelier attendait,

l’époque est celle de la nouvelle dimension,
ose, cherche, cherche encore, ose davantage,

voici la clé de l’alchimiste,
elle ouvre des portes secrètes,

le présent va un peu plus loin
dans la fine distillation de l’émotion,

l’élixir de vie, la pierre philosophale
est tienne si tu abandonnes

logique stérile, raison triviale ;
ainsi l’esprit dispersé, osait le savoir occulte,

trouvait les portes secrètes ouvertes,
s’affolait, perdu dans les profondeurs marines,

océan subconscient ou Poissons
suivent deux directions, dévorent ;

quand l’identité dans les profondeurs,
se fusionnant au meilleur,

pieuvre ou requin s’élève
du fond de la mer :

illusion, réversion des vieilles valeurs,
unité perdue, folie.

***

I heard Scorpion whet his knife,
I feared Archer (taut his bow),

Goat’s horns were threat,
would climb high? then fall low;

across the abyss
the Waterman waited,

this is the age of the new dimension,
dare, seek, seek further, dare more,

here is the alchemist’s key,
it unlocks secret doors,

the present goes a step further
toward fine distillation of emotion,

the elixir of life, the philosopher’s stone
is yours if you surrender

sterile logic, trivial reason;
so mind dispersed, dared occult lore,

found secret doors unlocked,
floundered, was lost in sea-depth,

sub-conscious ocean where Fish
move two-ways, devour;

when identity in the depth,
would merge with the best,

octopus or shark rise
from the sea-floor :

illusion, reversion of old values,
oneness lost, madness.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :