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Posts Tagged ‘ossement’

NOS MAINS AU JARDIN (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



NOS MAINS AU JARDIN

Nous avons eu cette idée
de planter nos mains au jardin

Branches des dix doigts
Petits arbres d’ossements
Chère plate-bande.

Tout le jour
Nous avons attendu l’oiseau roux
Et les feuilles fraîches
A nos ongles polis.

Nul oiseau
Nul printemps
Ne se sont pris au piège de nos mains coupées.

Pour une seule fleur
Une seule minuscule étoile de couleur
Un seul vol d’aile calme
Pour une seule note pure
Répétée trois fois.

Il faudra la saison prochaine
Et nos mains fondues comme l’eau.

(Anne Hébert)

Illustration: Ray Massey

 

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Je suis si loin de vous dans cette solitude (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



    

Je suis si loin de vous dans cette solitude
Qu’afin de vous atteindre
Je rapproche la mort de la vie un moment
Et vous saisis les mains, chers petits ossements.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES PETITS RIENS (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
LES PETITS RIENS

Et si c’était cela
en écoutant Mozart
ce qui filait derrière la fenêtre
devant la mer
entre le soleil et les nuages
et les vagues et les voiles
« les petits riens » ?

Au fond d’une poche
au creux d’un rocher
au bord du ciel
dans l’air de ce jour-là
tout au bout de juillet
et si c’était cela
« les petits riens » ?

Rangés dans un placard
galets morceaux de bois
ossements coquillages
plumes de mouettes
pinces de crabes

Et si c’était cela
en écoutant Mozart
derrière la fenêtre
à partir de ma vie
que je voyais passer

— senza indicazione di tempo —

« les petits riens » ?

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

  

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Le tombeau de Tchao-kiun (Chang Jian)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
Le tombeau de Tchao-kiun

Elle n’eût point évité la mort
en restant au palais des Han,
Mais elle eût évité la douleur de mourir
seule loin de son pays,
Cette belle jeune fille
que ne purent racheter cent chameaux chargés d’or,
Et dont il reste à peine aujourd’hui
quelques ossements desséchés.

Le soir venu, nos chars furent retournés vers la frontière,
Mais les chevaux demeuraient immobiles,
personne ne se décidant à partir ;

Chacun maudissait
l’odieuse mémoire du peintre infidèle,

La lune nous surprit autour du tombeau ;
tous les yeux brillaient, mouillés de larmes.

(Chang Jian)

 

 

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DANSE (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
DANSE

Les salades d’escarole
Dansent en robe à paniers
Sous la lune blonde et molle
Qui se lève pour souper.
Un couple d’amants s’isole
Gracieux comme un huilier
Et va sous un mouflier
Voir pousser les croquignoles.

Les salades d’escarole
Demain elles danseront
Dans leur urne funéraire
Sous les faces lunéraires
Qui dînent d’un oeil vairon
Et feront sur leurs frisons
L’escalade des paroles
Et le pas des postillons…

Cependant, la terre gronde,
Et dans cette dame blonde
Et dans ce monsieur qui ment,
La mort, lampe d’ossements,
Consume l’huile qui tombe…

(Léon-Paul Fargue)

 

Recueil: Ludions

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BASHÔ-AN (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017




BASHÔ-AN

Le monde tient
en dix-sept syllabes :
toi dans cette cabane.

Troncs et paille :
par les fentes entrent
Bouddhas et insectes.

Fait d’air
entre pins et rochers
jaillit le poème.

Entre-tissées
voyelles, consonnes :
maison du monde.

Ossements de siècles,
peines déjà roches, montagnes :
ici ils ne pèsent pas.

Ce que je dis
c’est trois lignes à peine :
cabane de syllabes.

(Octavio Paz)

 

 

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Ici le roc (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Ici le roc, ses cruautés d’oiseau,
l’aile pliée sur un songe de sang,
ses lames affilées au doigt du gel
et ses blancheurs soudaines d’ossement.

Mais une eau fine avive le ravin
de ses soupirs, de sa minceur de vierge.
Vite le pauvre y plonge ses deux mains
pour y puiser des caresses fragiles.

Jamais pourtant il ne verra le fleuve
où déjà la nuit tombe sur les îles.

(Jean Joubert)


Illustration: Sabin Balasa

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Je suis descendu dans les jardins (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

Je suis descendu dans les jardins et j’ai vu les ossements solitaires.
J’ai dit : c’est nous, parmi tant de bras en croix, de genoux non brisés,
Nous deux qui nous sommes si étroitement enlacés.
J’ai dit : nous avons existé à la limite du feu éteint, à l’extrémité du monde
Sur ce rivage de l’attente la plus sensible,
Tout au commencement, qui ne connaît de fin, mais seulement lorgne
Vers l’autre extrémité, vers le côté de l’aile et du lys,
En attendant de traverser la pente dangereuse du vent.

Ce qui est sûr, c’est que le vent provient des ombres d’ailes
Et la poussière, de la géométrie de l’aventure.

Ta poussière est celle d’une confiance de colombe
Battant la vitre de la pluie, touchant le simandre
Des jours qui sont comblés par l’aube pâle.

(Georges Themelis)

 

 

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Des flammes nous entourèrent (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



George Frederic Watts endymion-large [1280x768]
    
Des flammes nous entourèrent
sous nos pas l’abîme s’ouvrit
un silence de lait de gel d’ossements
nous enveloppait d’un halo

tu es la transfigurée
mon sort t’a cassé les dents
ton cœur est un hoquet
tes ongles ont trouvé le vide

tu parles comme le rire
les vents dressent tes cheveux
l’angoisse serrant le cœur
précipite ta moquerie

tes mains derrière ma tête
ne saisissent que la mort
tes baisers riant ne s’ouvrent
qu’à ma pauvreté d’enfer

sous le baldaquin sordide
où pendent les chauves-souris
ta merveilleuse nudité
n’est qu’un mensonge sans larmes

mon cri t’appelle dans le désert
où tu ne veux pas venir
mon cri t’appelle dans le désert
où tes rêves s’accompliront

ta bouche scellée à ma bouche
et ta langue dans mes dents
l’immense mort t’accueillera
l’immense nuit tombera

alors j’aurai fait le vide
dans ta tête abandonnée
ton absence sera nue
comme une jambe sans bras

en attendant le désastre
où la lumière s’éteindra
je serai doux dans ton cœur
comme le froid de la mort

(Georges Bataille)

Illustration: George Frederic Watts

 

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Le Mot (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



Le Mot

Que criait l’invisible bouche? Quelle gorge gonflée de pluie
soufflait dans l’ordre sec l’appel?

L’homme de nuit l’oiseau dans le creuset fondus,
unique alors et sur l’arbre dressé,
que cherchait-il, le coeur tendu, de ses ailes de rose?

(Silence clos, piège d’un astre à l’heure de l’envol.)

Toujours la quête, l’embuscade, et, sous le cri lunaire,
le fil ardent, le trébuchet des morts.

Que d’un remords comblé, que d’un essor le vent nous
arrache et nous porte
au feu de l’arbre, à son mépris, à l’extrême loi de la
sève:

lieu sans ombre, langue légère, libre de l’ossement,

(Jean Joubert)

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