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Posts Tagged ‘otage’

FERMER LES YEUX (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




FERMER LES YEUX

Et puis cette ombre au fond de l’ombre
Et puis ces deux mains qui se nouent
Ces gestes faits et refaits sans en voir le bout
Et puis cette ombre encore debout

Le cri d’une sirène
Quand le jour a déteint
Parenthèse de peine
L’oubli jusqu’à demain

Longues secondes inertes
Le corps à l’abandon
Gestes lents, cigarettes
Puis s’essuyer le front

Vague regard au ciel
Pour l’heure ou pour le temps
Trop de pluie, de soleil
C’est tout c’qu’il en attend

Déjà loin de ses haines
Aussi loin qu’il le peut
Où ses rêves l’entraînent
Quand il ferme les yeux

Et puis cet otage sans cage
Et puis tous ces hommes en essaim
Son grave visage, maquillage, sans âge
Et puis ces billets dans ta main

Tu peux prendre ses lèvres
Tu peux goûter sa peau
Décider de ses gestes
Même dicter ses mots

Soumettre à tes plaisirs
Tant que le compte est bon
Arracher des sourires
Même changer son nom

Maître d’une apparence
Possédant de si peu
D’un vide, d’une absence
Dès qu’elle ferme les yeux

Quand la peine est trop lourde
Quand le monde est trop laid
Quand la chance est trop sourde
La vérité trop vraie

Comme au dernier voyage
Pour y voir enfin mieux
Enfin d’autres images
Quand on ferme nos yeux
Quand on ferme nos yeux

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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Pour détruire un jour d’été (Max Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Don Hong-Oai  , Pine Peak

Pour détruire un jour d’été
Le seul envol d’un oiseau
Vent froid au revers des plaines
Les hameaux de sang caillés

Notre coeur est nostalgie
Une terre à nos pas inconnue
Regret de ne plus habiter
Et nous n’y avons pas vécu

D’autres chemins jamais foulés
Celui-ci nous semble un otage
Le regret le désir mêlés
Espoir et deuil ont le même âge

La montée d’un aile au soir
Souligne le jour qui tombe
Quelle braise encore empêche
Le feu d’accepter la cendre ?

(Max Pol Fouchet)

Illustration: Don Hong-Oai

 

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Quel printemps ? (Yànnis Stiggas)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019



Illustration: Patrick Marquès
    
Quel printemps ?
Quelle promesse ?
Le néant est l’affaire de deux yeux
De tes yeux
la lumière en otage
pour une fleur c’est tout

(Yànnis Stiggas)

 

Recueil: Vagabondages du sang
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Des Vanneaux

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Les amants (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018




    
Les amants
se prennent en otages
l’un l’autre

ils tournent en rond
comme des animaux captifs
et traînent avec eux
leur piège

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô toi (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Théodore Chassériau
    
Ô toi, gazelle qui m’as réduit,
enchaîné, au pouvoir de tant de misères,
Depuis ce jour où tu m’as fui,
je n’ai guère goûté aux douceurs du sommeil.
Mon rêve, mon bonheur ? Un petit signe,
un regard, en passant…

Ô mon bourreau d’amour, je ne veux
pour intercesseur que ton beau visage.
Je vivais libre, sans rien à voir avec l’amour,
et m’en voici désormais l’otage.
Mon secret jadis bien gardé
devient aujourd’hui affaire publique.

Je ne peux me défaire de toi :
traite-moi donc comme il te plaira.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Ils sont morts à plusieurs (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



Illustration: Diana Zeineddine Al Hourani
    
Ils sont morts à plusieurs
C’est-à-dire chacun seul
sur une même potence qu’on nomme territoire
leurs yeux argiles ou cendres emportent la montagne
en otage de vie.

Alors la nuit
la nuit jusqu’au matin
puis de nouveau la mort
et leur souffle dernier dépose dans l’espace la fin du mot.
Quatre soleils montent la garde pour empêcher
le temps d’inventer une histoire.

Ils sont morts à plusieurs
sans se toucher
sans fleur à l’oreille
sans faire exprès
une voix tombe: c’est le bruit du jour sur le pavé.

Crois-tu que la terre s’habitue à tourner?
Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs
par besoin de mourir
comme on ferme une porte lorsque le vent se lève
ou que la mer vous rentre par la bouche…

Alors
ils sont bien morts ensemble
c’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu.

(Nadia Tueni)

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C’est ainsi, soir après soir (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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C’est ainsi, soir après soir,
que nous sommes devenus mortels,

accusant la fatigue, le froid
et la distance des corps soudain

rendus à la pesanteur, comme si
la pomme en sa rondeur tenue

dans nos mains pâles, leur échappant,
avait éparpillé sur la terre

les restes en nous de l’ancien paradis.
C’est ainsi, nuit après nuit,

que nous sommes devenus seuls
comme les miroirs des chambres d’enfants

dans la maison expropriée : ouverts
sur la tapisserie des anges qui se décolorent,

et sans autre perspective désormais
que la démolition, pierre à pierre,

de ce qui fut aussi notre ciel
de lit, l’histoire sans fin

recommencée de l’amour ô flasque
otage du temps et de l’ennui

***

This is how, evening after evening,
we became mortal

blaming fatigue, cold,
and the distance of bodies suddenly

exhausted into heaviness, as if
the apple in its roundness held

in our pale hands, escaping them
had scattered on the earth

what was left in us of the old paradise.
This is how, night after night

we’ve become alone
like the mirrors in children’s bedrooms

in a foreclosed house: open
on the fading angel wallpaper

and henceforth with no other future
but demolition, stone by stone

of what was also the canopy
above our bed, the story endlessly

repeated of love O flaccid
hostage of time and boredom

(Guy Goffette)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Pour détruire un jour d’été (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2015



 

Pour détruire un jour d’été
Le seul envol d’un oiseau
Vent froid au revers des plaines
Les hameaux de sang caillé

Notre coeur est nostalgie
Une terre à nos pas inconnue
Regret de ne plus l’habiter
Et nous n’y avons pas vécu

D’autres chemins jamais foulés
Celui-ci nous semble un otage
Le regret le désir mêlés
Espoir et deuil ont le même âge

La montée d’une aile au soir
Souligne le jour qui tombe
Quelle braise encore empêche
Le feu d’accepter la cendre ?

(Max-Pol Fouchet)

 

 

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