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Poésie

Posts Tagged ‘ôter’

Penser (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Je pense qu’en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourais,
personne, ni moi, ne me penserait.

Et ici commence l’abîme,
comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre soutien et me l’ôte.
Je contribue à tapisser d’absence toutes choses.

C’est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Odilon Redon

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J’ai un oiseau noir (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



Illustration: Georges Braque
    
J’ai un oiseau noir
pour qu’il vole de nuit.
Et pour qu’il vole de jour
j’ai un oiseau vide.

Mais j’ai découvert
que les deux se sont mis d’accord
pour occuper le même nid,
la même solitude.

C’est pourquoi, parfois,
je leur ôte ce nid,
pour voir ce qu’ils font
quand leur manque le retour.

Ainsi j’ai appris
un incroyable dessin :
le vol sans conditions
dans l’absolument ouvert.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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Laurence endormie (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Laurence endormie

Cette odeur sur les pieds de narcisse et de menthe,
Parce qu’ils ont foulé dans leur course légère
Fraîches écloses, les fleurs des nuits printanières,
Remplira tout mon cœur de ses vagues dormantes ;

Et peut-être très loin sur ses jambes polies,
Tremblant de la caresse encor de l’herbe haute,
Ce parfum végétal qui monte, lorsque j’ôte
Tes bas éclaboussés de rosée et de pluie ;

Jusqu’à cette rancœur du ventre pâle et lisse
Où l’ambre et la sueur divinement se mêlent
Aux pétales séchées au milieu des dentelles
Quand sur les pentes d’ombre inerte mes mains glissent,

Laurence… Jusqu’aux flux brûlants de ta poitrine,
Gonflée et toute crépitante de lumière
Hors de la fauve floraison des primevères
Où s’épuisent en vain ma bouche et mes narines,

Jusqu’à la senteur lourde de ta chevelure,
Éparse sur le sol comme une étoile blonde,
Où tu as répandu tous les parfums du monde
Pour assouvir enfin la soif qui me torture !

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Elina Brotherus

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Sans cogiter (Natsumi Sôzeki)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



    

Sans cogiter, honorer le Bouddha, c’est voir l’esprit même.
Face aux moines d’un temple en montagne, un poétique émoi.

Pins et chênes, depuis des siècles, sont à l’entour du mur;
Lianes et lierres passent en un jour par-dessus la haie.

Les livres sur la Voie n’éclairent pas l’entrée de la grotte,
Les stances sur le Vrai n’ôtent guère la mousse des pierres !

Je demande aux austères pratiquants du recueillement :
Dans l’air pur des monts verdoyants, où sont les grains de poussière?

(Natsumi Sôzeki)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Alain-Louis Cola
Editions: Le bruit du Temps

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LE CHATEAU-CHAGRIN (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



LE CHATEAU-CHAGRIN

Mon grand-père, quand il passait devant le Château-Chagrin,
ôtait toujours sa casquette.
Une casquette de reps écru que le valet Numance blanchissait tous les lundis.
Je n’ai jamais su pourquoi bon-papa saluait.
Sur son lit de mort, il me dit:
Petit, quand tu passeras devant le Château-Chagrin,
promets-moi d’enlever ta casquette.
— Oui, bon-papa, et je dirai la même chose à mon fils.

(Norge)


Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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La charité (Saint François d’Assise)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018




    
La charité doit aplanir la différence de niveau entre celui qui mendie et celui qui donne ;
mais peu nombreux sont les donateurs qui savent se mettre au même niveau que les mendiants ;
et si le pain est donné et servi au nom du Seigneur,
cela n’ôte point toujours au pain d’autrui son effroyable amertume.

(Saint François d’Assise)

 

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PRESENTE – ABSENTE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



PRESENTE – ABSENTE

Toujours la même et d’une nuit à l’autre
Elle m’attend sous la lumière exsangue.
Elle est assise au centre de ma table.
Je la regarde : elle mange mon pain
Et boit mon vin goulée après goulée.
Toujours la même et sa bouche est un fruit
Qui saigne un peu — gercé par le sommeil.
Toujours la même… Elle ôte enfin sa robe,
Gagne ma couche y jetant un poids d’ombre
Sans que mon corps ne frémisse d’un choc.
Elle me parle en pétales qui brûlent
Et deviendront murmures calcinés.
Elle me parle et nous nous épousons
Chair contre chair jusqu’à jouir du feu
Dont au matin je respire la cendre.

(Jules Tordjman)

Illustration: Odd Nerdrum

 

 

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FACÉTIE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018




FACÉTIE

La glace où je me regarde ? et quel est ce personnage ?
Il escamote mes jambes, mes bras.

Faut-il en rire ?

Il ôte maintenant mes cheveux. Ma tête s’isole.

Qu’est-ce que cette facétie ? Moi qui ne suis plus moi !

Un ongle long et strié est venu gratter le tain du miroir.
La blanche poudre dessine un profil.

Figure de rien !

(Jules Tordjman)

Illustration

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GÂTEAU AUX PRUNES (Ewa Lipska)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018




    
GÂTEAU AUX PRUNES

J’ôte de ton visage
une miette croustillante de gâteau aux prunes.
Minuscule caractère de tendresse.

Loin de toutes pensées
je la pose sur la vieille feuille de porcelaine.
Qu’elle s’inscrive à jamais.

On ne sait quand
le courant d’air a tout soufflé.
Quelqu’un a ouvert la fenêtre. Quelqu’un a ouvert la porte.

Des années après
je me promène toujours dans les confiseries.
Je regrette que tu ne sois qu’un rêve.
Même la nuit ne peut deviner
quand nous sommes ensemble.

(Ewa Lipska)

 

Recueil: Moi ailleurs l’écharde
Traduction: Isabelle Macor-Filarska et Irena Gudaniec-Barbier
Editions: Grèges

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Je pense qu’en ce moment personne peut-être ne pense à moi (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Je pense qu’en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourais,
personne, ni moi, ne me penserait.

Et ici commence l’abîme,
comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre soutien et me l’ôte.
Je contribue à tapisser d’absence toutes choses.

C’est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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