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Posts Tagged ‘oubli’

HYMNE À LA PLUIE (Agnès Marin)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2021




HYMNE À LA PLUIE

J’aime la pluie sur les branches,

Ces bracelets d’argent portés sous un ciel gris,

La goutte d’eau qui tremble et s’accroche à la vie,

La perle qui en jaillit.

Et mes yeux éblouis suivent à l’infini

Celle qui poussera l’autre vers la lumière.

Ô sauver la dernière de l’oubli!

Et quand elle tombe,

Le soleil luit.

(Agnès Marin)

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En revenant (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2021



En revenant

Voici pour vous aimer je n’ai que des rivières
Et les ponts et les sentiers et puis d’autres sentiers
Voici les routes qui mènent
Où il ferait bon peut-être aller

Voici la brume de la vallée
Voici la mousse de ce jour
Où il fit bon dormir dans le fossé
Voici l’oiseau que vous vouliez

Voici la branche qui fut cueillie
Voici la branche qui fut cassée
Ce soir où il fit si bon longtemps marcher
Voici cette baguette il n’y a plus de fées

Voici le lait le pain la table
Et le banc poli et la lampe sage
Etait-ce bien cela que vous vouliez
Voici le chien qui ne vous connaît pas

Voici les nuits depuis longtemps passées
Voici l’oubli et nos mains fatiguées
Voici les étoiles que vous vouliez
Voici ce feu qui vint mourir chez moi.

(Robert Momeux)

Illustration: Francine Van Hove

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Solitude partagée (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2021



Solitude partagée

Une femme, qui a un visage comme une lampe, te regarde.
Elle te regarde comme l’aube éclaire, éveille et nourrit.
Son visage est comme ces clartés irréelles qu’on devine au loin sur la mer,
au moment où les dernières obscurités se défont.
Tout est tout proche et très loin.
Elle prend tes mains de loin.
Elle pose ta tête sur ses seins, tu entends battre son coeur :
c’est le sang des espaces qui ruisselle.
Elle met les mains sur tes yeux,
c’est alors que l’horizon s’épaissit,
la nuit bascule dans un ouragan de douceur silencieuse.
C’est l’oubli du sablier, la défaite des fantômes.
Tout, pour quelques instants, dans le parfum d’une mort heureuse,
se cache dans les plis de la robe des anges.

(Robert Momeux)

Illustration: Gaston Bussiere

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C’ÉTAIT UNE AUTRE EPOQUE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2021



René Julien_le-jour-des-noces [1280x768]

C’ÉTAIT UNE AUTRE EPOQUE

Nous étions assis sous une horloge sans nuages
comme à la source du temps bref.
La jeune fille la plus proche parlait le sanscrit
et quelqu’un lui demanda un chemin qui n’existait pas.
Derrière nous un village
aux yeux agrandis par le loisir.

Nous froissions des caresses
longtemps retenues aux vitres de la pluie
et la rouille gagnait l’extrémité de nos doigts.
Enfants tardifs et désoeuvrés
dont les visages ne servaient à personne

nous laissions l’herbe monter autour de nous
comme un besoin coupable
et nous rêvions de disparaître
enfin voilés par ce caprice aux longs cils
exemptés de toute présence et de tout lieu.

C’était un jour incrusté d’oubli
comme une chapelle baroque
un jour qui n’avait pas la force de se lever
et de nous regarder pâlir.

(Georges Henein)

Illustration: René Julien

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LE SENS (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021



Illustration
    
LE SENS

Le sens ne réside pas en un lieu.
C’est comme une lèvre tronquée
ou la musique d’une planète lointaine.
Rarement c’est un palais ou une plaine,
le diamant d’un vol ou le coeur de la pluie.
Parfois c’est le bourdonnement d’une abeille, une infime présence
et le jour est un feu brûlant sur la corolle de la mer.
Il s’abreuve de violence et d’obscurité
et ses rivages sont jonchés d’oubli et de chaos.
Ses caprices contiennent toute la distance du silence
et tout l’éclat du désir. Avec une musique désespérée,
il craque parfois sous le masque du temps.
Avec des cendres d’eau, il crée des halos de pénombre
et d’un côté c’est le désert, de l’autre une cataracte.
On peut le parcourir certaines fois comme le spectre solaire
ou le sentir comme un cri en lambeaux ou une porte condamnée.
Souvent ses noms ne sont pas des noms,
mais des blessures, des murailles sourdes, des lames effilées,
de minuscules racines, des chiens d’ombre, des ossements de lune.
Toutefois, il est toujours l’amant désiré que
recherche le poète dans les remous des ténèbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Chant Alterné (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



Chant Alterné

I
Éros aux traits aigus, d’une atteinte assurée,
Dés le berceau récent m’a blessée en ses jeux;
Et depuis, le désir, cette flèche dorée,
Étincelle et frémit dans mon coeur orageux.

II
Les roses de Sâron, le muguet des collines,
N’ont jamais de mon front couronné la pâleur;
Mais j’ai la tige d’or et les odeurs divines
Et le mystique éclat de l’éternelle Fleur.

I
Plus belle qu’Artémis aux forêts d’Ortygie,
Rejetant le cothurne en dansant dénoué,
Sur les monts florissants de la sainte Phrygie
J’ai bu les vins sacrés en chantant Évohé !

II
Un esprit lumineux m’a saluée en reine.
Pâle comme le lys â l’abri du soleil,
Je parfume les coeurs; et la vierge sereine
Se voile de mon ombre à l’heure du sommeil.

Dans l’Attique sacrée aux sonores rivages,
Aux bords Ioniens où rit la volupté,
J’ai vu s’épanouir sur mes traces volages
Ta fleur étincelante et féconde, ô Beauté!

II
Les sages hésitaient ; l’âme fermait son aile ;
L’homme disait au ciel un triste et morne adieu :
rai fait germer en lui l’Espérance éternelle,
Et j’ai guidé la terre au-devant de son Dieu !

I
O coupe aux flots de miel oit s’abreuvait la terre,
Volupté ! Monde heureux plein de chants immortels !
Ta fille bien aimée, errante et solitaire,
Voit l’herbe de l’oubli croître sur ses autels.

II
Amour, amour sans tache, impérissable flamme !
L’homme a fermé son coeur, le monde est orphelin.
Ne renaitras-tu pas dans la nuit de son âme,
Aurore du seul jour qui n’ait pas de déclin?

(Leconte de Lisle)

 

 

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LE JARDIN D’ANTAN (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



LE JARDIN D’ANTAN

Rien n’est plus doux aussi que de s’en revenir
Comme après de longs ans d’absence,
Que de s’en revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d’innocence
Au jardin de l’Enfance.

Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet
D’où s’enfuirent les gaîtés franches,
Notre jardin muet,
Et la danse du menuet
Qu’autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.

Aux soirs d’Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux,
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanelles.

Cependant que venaient, du fond de la villa,
Des accords de guitare ancienne,
De la vieille villa,
Et qui faisaient deviner là,
Près d’une obscure persienne,
Quelque musicienne.

Mais rien n’est plus amer que de penser aussi
A tant de choses ruinées!
Ah ! de penser aussi,
Lorsque nous revenons ainsi
Par sentes de fleurs fanées,
À nos jeunes années.

Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et vieillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S’éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes!

(Emile Nelligan)


Illustration: Séraphine Louis de Senlis

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Il traverse anonyme (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2021



Fabricant d’oublis
trafiquant de songes
il traverse
anonyme
des déroutes lumineuses

(Bernard Montini)


Illustration: Gilbert Garcin

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A la façon du serpent (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2021



A la façon du serpent
ses peaux sèches
ont acquis
leur recommencement
dans l’oubli d’elles-mêmes

(Bernard Montini)


Illustration

 

 

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Noire la page où je t’écris (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2021




    
[…]
noire la page où je t’écris
je t’écris parce que tu ne sais plus écrire que tu
récites sans te tromper l’alphabet du néant

je t’écris sans écrire
les passants marchent sur mes mots
mes consonnes sont rêches mes
voyelles sont nues

je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils
touchent ton nom

Dieu de l’oubli
dans quelle poche gardes-tu ceux qui partent
et pourquoi permets-tu que l’on se souvienne

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: Demande à l’obscurité
Traduction:
Editions: Mercure de France

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