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Poésie

Posts Tagged ‘oubli’

Le dernier chagrin s’est tu (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Le dernier chagrin s’est tu —
Oubli
Qui nulle perte ne ressent,
Nul espoir ne discerne,
Ultime appauvrissement —
Les plus profonds souvenirs abolis,
Toutes les larmes d’amour sont poussière.

***

The last sorrow silent —
Forgetfulness
That feels no loss,
No hope discerns,
Saddest impoverishment
When deepest memories fade
And all love’s tears are dust.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pablo Picasso

 

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DEUX INVOCATIONS DE MORT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




DEUX INVOCATIONS DE MORT

I

Mort, je me repens
De ces mains, de ces pieds
Qui pendant quarante ans
Ont été les miens
Et je me repens
De la chair et de l’os,
Du coeur et du foie,
Des cheveux et de la peau
Délivre-moi, mort,
Du visage et de la forme,
De tout ce que je suis.

Et je me repens
Des formes de la pensée,
Des habitudes de l’esprit
Et du coeur perclus
Par l’ancienne douleur,
Des traces de mémoire
Flétries et usées
Des lieux évanouis
Et de ces visages
Qui n’ont pas été
Bien vus ni compris,
Délivre-moi, mort,
Des mots dont j’ai usé.

Non pas tel ou tel acte
Mais tout est mal
De ce que j’ai fait,
Et j’ai vu
Douleur et péché
Souiller le monde —
Délie-moi, mort,
Pardonne, efface
Des lieux et du temps
La trace de tout
Ce que j’ai été.

II

Je suis venue d’un lieu
En dehors du temps,
Née du battement d’un coeur
Ignorant la douleur.
Le soleil et la lune,
Le vent et le monde,
Le chant et l’oiseau
Ont traversé ma pensée
Dans un temps sans limite.
Connaîtrai-je enfin
Mon bonheur perdu ?

Dis-moi, mort,
Combien de temps dois-je pleurer
Ma propre douleur.
Alors que je demeure
Le monde finit,
Les forêts s’écroulent,
Les soleils s’effacent,
Alors que je suis là
L’aujourd’hui finit
Et dans mes bras
Les vivants meurent.
Arriverai-je enfin
Au commencement perdu ?

Des mots et des mots
Pleuvent dans mon esprit
Comme du sable dans la coquille
Du labyrinthe de l’oreille,
Le désert du cerveau
Fait de villes, de solitudes,
Rêves, rêveries
Et l’immense oubli.
Apprendrai-je enfin
Le sens perdu ?

Oh mon amour perdu
Je t’ai vu t’envoler
Au loin comme un oiseau,
Comme un poisson me fuir,
Comme une pierre m’ignorer,
Dans le dédale d’un arbre
Tu as fermé contre moi
Les espaces de la terre,
Prolongé la distance
Infinie des étoiles,
Et tes yeux étranges
Ne m’ont pas reconnue,
Epine tu m’as blessée,
Feu tu m’as brûlée,
Griffes tu m’as déchirée.
Combien de temps devrai-je endurer
Le moi et l’identité —
Trouverai-je enfin
Mon être perdu ?

***

TWO INVOCATIONS OF DEATH

I

Death, I repent
Of these hands and feet
That for forty years
Have been my own
And I repent
Of flesh and bone,
Of heart and liver,
Of hair and skin —
Rid me, death,
Of face and form,
Of all that I am.

And I repent
Of the forms of thought,
The habit of mind
And heart crippled
By long-spent pain,
The memory-traces
Faded and worn
Of vanished places
And human faces
Not rightly seen
Or understood
Rid me, death,
Of the words I have used.

Not this or that
But all is amiss,
That I have done,
And I have seen
Sin and sorrow
Befoul the world
Release me, death,
Forgive, remove
From place and time
The trace of all
That I have been.

From a place I came
That was never in time,
From the beat of a heart
That was never in pain.
The sun and the moon,
The wind and the world,
The song and the bird
Travelled my thought
Time out of mind.
Shall I know at last
My lost delight?

Tell me, death,
How long must I sorrow
My own sorrow?
While I remain
The world is ending,
Forests are falling,
Suns are fading,
While I am here
Now is ending
And in my arms
The living are dying.
Shall I come at last
To the lost beginning?

Words and words
Pour through my mind
Like sand in the shell
Of the ear’s labyrinth,
The desert of brain’s
Cities and solitudes,
Dreams, speculations
And vast forgetfulness.
Shall I learn at last
The lost meaning?

Oh my lost love
I have seen you fly
Away like a bird,
As a fish elude me,
A stone ignore me,
In a tree’s maze
You have closed against me
The spaces of earth,
Prolonged to the stars’
Infinite distances,
With strange eyes
You have not known me,
Thorn you have wounded,
Fire you have burned
And talons torn me.
How long must I bear
Self and identity —
Shall I find at last
My lost being?

(Kathleen Raine)

Illustration: Ibara

 

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Quelque chose (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018



quelque chose
on ne sait où
sans répit sans repos
dans la pulpe du je t’aime

aimée de pur désert noir
ta nuit vient
plus vive que neige

meurs l’oubli
tiens la foudre
en haleine

laisse le temps
s’effondrer
dans ta blessure

(Zéno Bianu)

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Les amies au bain de lune (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration
    
Les amies au bain de lune
Si blanches l’autre et l’une
Leur oubli est innocent
Comme le toucher du vent.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: L’âge de craie suivi de Dans les années sordides Astyanax et Le Point où j’en suis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Mort Joyeux (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Le Mort Joyeux

Dans une terre grasse et pleine d’escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutôt que d’implorer une larme du monde,
Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

O vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts!

(Charles Baudelaire)

Découvert ici: \ »Rouge Dessin\ »

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A LA NUIT (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Rupert Bunny -portrait-Jean-AICARD

A LA NUIT

Toujours le malheureux t’appelle,
Ô nuit, favorable aux chagrins !
Viens donc, et, porte sur ton aile
L’oubli des perfides humains.
Voile ma douleur solitaire ;
Et, lorsque la main du Sommeil
Fermera ma triste paupière,
Ô dieux ! reculez mon réveil ;
Qu’à pas lents l’aurore s’avance
Pour ouvrir les portes du jour :
Importuns, gardez le silence,
Et laissez dormir mon amour.

(Evariste Parny)

Illustration: Rupert Bunny

 

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L’OUBLI (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




L’OUBLI

sur l’autre rivage de la nuit
l’amour est possible

– emporte moi –

emporte-moi parmi les douces substances
qui meurent en ta mémoire chaque jour

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Gertrude Kaegi

 

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QUI PARLE ? (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Frederick McCubbin
    
QUI PARLE ?

Qui parle ?
Voix venue de quelle enfance au fond de l’enfance
(tel un jardin abandonné tout au fond des taillis noirs où nul
jamais ne se hasarde).
Quel est ce récit où l’oubli, le mensonge et les paroles folles
se mêlent selon l’ennui, la chance ou le regret ?

Où commence ce qui fut, où s’achève ce qui jamais n’advint ?
La vérité pourtant, la vérité peut-être,
éclat furtif, parfois,
promesse ou défi.

Qui murmurait ? qui écoute ?
Cortège de souvenirs, fables dans le futur,
silence toujours trop vide ou trop lourd,
jadis et demain échangent leurs couleurs.

Du sang, des mots, du temps :
énigme
familière, décevante, et sacrée.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

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TERRES ÉTRANGÈRES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



 

Steve Cieslawskis (17)

TERRES ÉTRANGÈRES

Nos tombes semées de par la terre
Brouillent les traces du passé

Sous les soleils
Sous les nuées
Nos corps s’effritent
Loin des mémoires
Nos vies s’estompent
Loin des regrets

Le temps hésite
Puis se retire
Laissant l’oubli nous absorber.

(Andrée Chedid)

Illustration: Steve Cieslawskis

 

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Jeune homme (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Josélito Donas  allongé  02481 [1280x768]

Jeune homme

Oh ! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies !
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop ! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

Illustration: Josélito Donas

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