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SUICIDE PROVISOIRE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020


 


 

Cesare Lapini  (1853)

SUICIDE PROVISOIRE

au fond des tiroirs bleus
dont les clés sont parties vers des serrures sauvages
et les lettres égarées dans la foire aux aveux
au fond des tiroirs couleur de lycéenne
entre un cigare flétri et une paire de gifles
datant du dernier scandale
il arrive de ramasser
des lèvres amères
récitant des mots proches
qui descendent comme des cailloux
la pente de la voix

des lèvres rares et brèves
qui s’ouvrent pour laisser passer
un espion déguisé en orchestre
je ne sais plus quelle symphonie
s’agrippe à un cerceau de flammes
et maintenant se dresse la fenêtre
sans âge ni lumière
soeur des lèvres amères
c’est par elle que rentrent les névroses
gantées de mains humaines
qui décapitent les femmes
après l’amour

il y a sur une certaine table
un objet qui sourit à travers tous les sommeils du monde
c’est un visage
jamais aperçu
jamais oublié
un visage que berce
l’infinissable neige du souvenir.

(Georges Henein)

Illustration: Cesare Lapini

 

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EN GRANDISSANT (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

EN GRANDISSANT

C’était il y a si longtemps.
Mon rêve je l’ai presque oublié.
Mais alors il était bien là,
Devant moi,
Vif comme un soleil…
Mon rêve.
Et puis le mur monta,
Il monta lentement,
Lentement.
Entre moi et mon rêve.

Il monta lentement, très lentement,
Obscurcissant,
Dissimulant,
L’éclat de mon rêve.
Il monta et toucha le ciel.
Oh! ce mur!

Ce fut l’ombre.
Me voilà noir.
Je suis couché dans l’ombre.
Devant moi, au-dessus de moi
L’éclat de mon rêve n’est plus.
Il n’y a que mur épais.
Il n’y a qu’ombre.

Mes mains!
Mes sombres mains!
Elles traversent le mur!
Elles retrouvent mon rêve!
Aidez-moi à briser ces ténèbres,
A fracasser cette nuit,
A rompre cette ombre,
Pour en faire mille rais de soleil,
Mille tourbillons de soleil et de rêve!

***

As I Grew Older

It was a long time ago.
I have almost forgotten my dream.
But it was there then,
In front of me,
Bright like a sun-
My dream.

And then the wall rose,
Rose slowly,
Slowly,
Between me and my dream.

Rose until it touched the sky–
The wall.
Shadow.
I am black.
I lie down in the shadow.
No longer the light of my dream before me,
Above me.
Only the thick wall.
Only the shadow.

My hands!
My dark hands!
Break through the wall!
Find my dream!
Help me to shatter this darkness,
To smash this night,
To break this shadow
Into a thousand lights of sun,
Into a thousand whirling dreams
Of sun!

(Langston Hughes)

 

 

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LES CHATAIGNES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LES CHATAIGNES

Comme on pique aux vertes châtaignes
Des doigts d’enfant trop tendres,
A ton rire j’ai piqué mon coeur qui saigne :
Laisse-moi cuire la châtaigne en la cendre.

J’ai mordu l’écorce amère de la noix
Avant de savoir la saveur du fruit si doux :
Laisse-toi prendre d’amour, laisse-toi,
Laisse mûrir ton coeur avec la noisette d’août.

Les châtaignes que nous n’éplucherons pas de nos doigts
Et les noix qu’on ne mettra pas sécher au cellier,
Cet hiver, vois-tu, pourriront au bois,
Et comme elles flétries, tu serais vite oubliée…

(Tristan Klingsor)

 

 

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Quel soulagement ! (Ryôkan)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



Quel soulagement !
oubliée la fin d’année –
matin de printemps

***

nopperi to
shiwasu mo shirazu
kesa no haru

(Ryôkan)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Il y a sur une table (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



 

Carl Larsson 2f0 0 [1280x768]

Il y a sur une table
un objet qui sourit à travers tous les sommeils du monde
C’est un visage
jamais aperçu
jamais oublié
un visage que berce
l’infinissable neige du souvenir

(Georges Henein)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Carl Larsson

 

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CENDRES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020




    
CENDRES

Tant de jours tant de gens
Tant de disparus d’oubliés
malgré les nuits qui n’en finissent plus
jusqu’à l’aube où l’on se cogne la tête
où l’on se retrouve comme la veille
les mains aussi vides que la tête
Il s’agit de serrer les poings
comme si de rien n’était
Un autre jour comme les autres
en attendant le lendemain
toujours le même et le même toujours
comme l’éternel refrain
de l’éternelle chanson
qui tourne sans trêve ni relâche
comme dans les rêves où l’on attend l’oubli
ou le néant

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Le silence était vert (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Xing Jianjian 1236 [800x600]

Le silence était vert, la lumière mouillée,
tremblant le mois de juin était un papillon,
quand, par-delà la mer et les pierres, Mathilde,
tu traversas midi, dans le domaine austral.
Tu cheminais, chargée de fleurs ferrugineuses,
algues au vent du sud tourmentées, oubliées,
et, crevassées par le sel dévorant, tes mains,
blanches encore, soulevaient les épis de sable.
Que j’aime tes dons purs, ta peau de pierre intacte,
et tes ongles, offrande du soleil de tes doigts,
et ta bouche débordant de toute la joie ;
cependant, pour ma maison proche de l’abîme,
donne-moi l’univers tourmenté du silence,
pavillon de la mer oublié sur le sable.

***

Era verde el silencio, mojada era la luz,
temblaba el mes de junio como una mariposa
ven el austral dominio, desde el mar y las piedras,
Matilde, atravesaste el mediodía.
Ibas cargada de flores ferruginosas,
algas que el viento sur atormenta y olvida,
aún blancas, agrietadas por la sal devorante,
tus manos levantaban las espigas de arena.
Amo tus dones puros, tu piel de piedra intacta,
tus uñas ofrecidas en el sol de tus dedos,
tu boca derramada por toda la alegría,
pero, para mi casa vecina del abismo,
dame el atormentado sistema del silencio,
el pabellón del mar olvidado en la arena.

(Pablo Neruda)

Illustration: Xing Jianjian 

 

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LE LIVRE DU POURQUOI (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019



 

Edmund Dulac dreamer_of_dreams_p

LE LIVRE DU POURQUOI

Quand vint l’été, son soleil et ses mouches,
Je savourais des mots, je savourais
Le plaisir d’être — oubliant les microbes
Et la morsure et la lèpre et le vent.

Sur le versant du fjord, amère étoile
Se dissolvant au soleil de minuit,
J’imaginais de longues nuits polaires
Tandis qu’un ours léchait ma peau, ma peau.

J’aimais les corps, leur nudité sans herbe,
Le doute aussi trop prompt à me trahir
Et je luttais pour un muscle, une artère,
Un morceau d’ongle oublié par les jours.

(Robert Sabatier)

Illustration: Edmund Dulac

 

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En méditerranée (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

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En méditerranée

Dans ce bassin où jouent
Des enfants aux yeux noirs,
Il y a trois continents
Et des siècles d´histoire,
Des prophètes des dieux,
Le Messie en personne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a l´odeur du sang
Qui flotte sur ses rives
Et des pays meurtris
Comme autant de plaies vives,
Des îles barbelées,
Des murs qui emprisonnent.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a des oliviers
Qui meurent sous les bombes
Là où est apparue
La première colombe,
Des peuples oubliés
Que la guerre moissonne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Dans ce bassin, je jouais
Lorsque j´étais enfant.
J´avais les pieds dans l´eau.
Je respirais le vent.
Mes compagnons de jeux
Sont devenus des hommes,
Les frères de ceux-là
Que le monde abandonne,
En Méditerranée.

Le ciel est endeuillé,
Par-dessus l´Acropole
Et liberté ne se dit plus
En espagnol.
On peut toujours rêver,
D´Athènes et Barcelone.
Il reste un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

(Georges Moustaki)

 

 

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LES SABLES (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



LES SABLES

Tout ce que le travail inlassable du temps
Accumule en nos coeurs de poussière ténue,
De vanités et de soucis inconsistants,

Comme s’ajoute au bord des vagues en sanglots
Un infini de sable à l’infini des flots,
Forme aussi dans mon coeur la dune aride et nue.

Mais il pleure derrière une mer inconnue,
Une mer dont les eaux lourdes et désolées
Par des barques jamais n’ont été violées.

Et moi-même roulé dans la médiocre vie,
Amenuisé par le frottement quotidien,
Je m’amuse d’un mot et je ne sais plus bien
La route en moi qui va vers la mer infinie.

Et comme en la tiédeur des juins épandus,
Quand le calme de l’heure est sur les métairies,
Un vieux berger dans le silence des prairies
Entend pleurer la mer que jamais il n’a vue,

De même en le miracle aussi de certains soirs,
Le choeur en moi se tait des voix quotidiennes
Et j’entends sangloter les plaintes surhumaines
De ces flots oubliés que je ne vais plus voir!

(François Mauriac)

Illustration: Ludovic Florent

 

 

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