Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘oubliée’

TOMBER (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




TOMBER

Jamais de nouveau l’espoir
en un aller et venir
de noms, de figures.
Quelqu’un rêva très mal,
quelqu’un par erreur consomma
les distances oubliées.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

COMPARAISONS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018


 


Ettore Aldo Del Vigo  1

 

COMPARAISONS

Comme dans le sommeil, quand tu passes
A l’autre éclat de la nuit.

Le corps, le vêtement, le fruit.

Comme dans le sommeil, comme en amour,
Quand tu t’abandonnes totalement.

Tu restes sans corps, nu.

Le jour, la nuit, le temps,
Une histoire imaginaire.

Comme si les murs s’ouvraient en dedans, comme
s’ils faisaient choir
Les miroirs trompeurs qui nous couvrent,
Nous passons à travers un rêve,
Un rêve incessant atteint par la nuit.

Sans cloche et sans réveil.

Comme si nous passions dans le cercle des
Incorporels
Dans un isolement parfaitement clos.

Comme une lampe, qu’on a oubliée
Dans une chambre vide et fermée,
Seule, toute seule dans la solitude.

Qui nous connaîtra, qui nous soupçonnera ?

D’autres yeux, d’autres secrets
Derrière ces murs
Derrière les gardiens.
D’autres ombres déambuleront dans les chambres
Frôlant les choses, nos choses
Plus fragiles et rendues plus denses par notre amour.

Habitués, obéissants, et à peine délaissés
Ils recherchent des mains serrées comme nos mains,

Ils recherchent nos yeux messagers.

Ainsi que des fruits, qui ont mûri
Et restent encore suspendus au soleil,
Attendant l’oiseau, la main et la faucille,
Ici, se tiendra l’arbre de la cour,
Seul, stérile, désespéré.
Sans ailes et sans pollen
Dans un calme terrible.
Ici se penchera la fenêtre dans le vide,
Comptant le vent : doit-il tomber, ne pas tomber,
Notre toit toujours frais, comme au printemps ?

Au-dessus de lui un ciel désertique.

Jusqu’à ce que vienne Avril en son lent avenir
Avec tout l’éclat et la gloire, jusqu’à ce que vienne Pâque la Grande

Avec les nouvelles jacynthes, avec les ressuscités.
Pour que je te pare de la pourpre royale dans ta grande fête,
Bijou de grand prix :
Afin que tu sois beau parmi les beaux.

(Georges Themelis)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’AVANT DU COMMENCEMENT (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



 

Guillermo Oyaguez Montero (30)

L’AVANT DU COMMENCEMENT

Bruits confus, clarté incertaine.
Un autre jour commence.
C’est une chambre dans la pénombre
et deux corps étendus.
Dans mon front je me perds
en une plaine désertée.
Maintenant les heures aiguisent leurs couteaux.
Mais à mon côté tu respires ;
très aimée et éloignée
tu coules et ne bouges pas.
Inaccessible si je te pense,
te palpe avec les yeux,
te regarde avec les mains.
Les rêves nous séparent
et le sang nous réunit :
Nous sommes un fleuve de battements.
Sous tes paupières mûrit
la semence du soleil.
Le monde
n’est pas toujours réel,
le temps doute :
seule est certaine
la chaleur de ta peau.
Dans ta respiration j’écoute
la marée d’être,
la syllabe oubliée du Commencement.

(Octavio Paz)

Illustration: Guillermo Oyaguez Montero

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’âme du Vide (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Environnée de vide
comme une constellation,
avec d’infinies distances entre ses points de lumière,
entre ses apparitions hors le temps.

Ainsi vit en parfait équilibre,
en une perfection de mort,
la Vérité sur le grand Néant.
L’âme du Vide.

Comme une constellation
portant nom d’une divinité oubliée.

***

Omgiven av tomhet
så som en stjärnbild av rymden,
med oändliga avstånd mellan sina ljuspunkter,
mellan de tidlösa uppenbarelserna av sig själv.

Så lever i fullkomlig jämvikt,
i död fulländning,
Sanningen om det stora Intet.
Tomhetens själ.

Så som en stjärnbild
med en bortglömd gudomlighets namn.

(Pär Lagerkvist)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Quand je t’aurais oubliée (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018


 

Quand je t’aurais oubliée,
le jardin recommencera à me parler.

(Yannis Ritsos)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

Posted in haïku, méditations, poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

VALSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Gaston Bussiere (1862-1929)      g

VALSE

I.

Loin du bal, dans le parc humide
Déjà fleurissaient les lilas ;
Il m’a pressée entre ses bras.
Qu’on est folle à l’âge timide !

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal,
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime ! »

Puis j’allai chaque soir,
Blanche dans le bois noir,
Pour le revoir
Lui mon espoir, mon espoir
Suprême.

Loin du bal dans le parc humide
Qu’on est folle à l’âge timide !

II.

Dans la valse ardente il t’emporte
Blonde fiancée aux yeux verts ;
Il mourra du regard pervers,
Moi, de son amour je suis morte.

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime ! »

Ne jamais plus le voir…
À présent tout est noir ;
Mourir ce soir
Est mon espoir, mon espoir
Suprême.

Dans la valse ardente il l’emporte
Moi, je suis oubliée et morte.

(Charles Cros)

Illustration: Gaston Bussiere

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le soir (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Ernesto Arrisueño 1957 - Peruvian-born Australian painter -  [1280x768]

 

Le soir

Heure incertaine, heure charmante et triste : les roses
Ont un sourire si grave et nous disent des choses
Si tendres que nos coeurs en sont tout embaumés ;
Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée,
La nuit a la douceur des amours qui commencent,
L’air est rempli de songes et de métamorphoses ;
Couchée dans l’herbe pure des divines prairies,
Lasse et ses beaux yeux bleus déjà presque endormis,
La vie offre ses lèvres aux baisers du silence.

Heure incertaine, heure charmante et triste : des voiles
Se promènent à travers les naissantes étoiles
Et leurs ailes se gonflent, amoureuses et timides,
Sous le vent qui les porte aux rives d’Atlantide ;
Une lueur d’amour s’allume comme un adieu
À la croix des clochers qui semblent tout en feu
Et à la cime hautaine et frêle des peupliers :
Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée
Qui peigne à la fenêtre lentement ses cheveux.

Heure incertaine, heure charmante et triste : les heures
Meurent quand ton parfum, fraîche et dernière fleur,
Épanche sur le monde sa candeur et sa grâce :
La lumière se trouble et s’enfuit dans l’espace,
Un frisson lent descend dans la chair de la terre,
Les arbres sont pareils à des anges en prière.
Oh ! reste, heure dernière ! Restez, fleurs de la vie !
Ouvrez vos beaux yeux bleus déjà presque endormis…

Heure incertaine, heure charmante et triste : les femmes
Laissent dans leurs regards voir un peu de leur âme ;
Le soir a la douceur des amours qui commencent.
Ô profondes amours, blanches filles de l’absence,
Aimez l’heure dont l’oeil est grave et dont la main
Est pleine des parfums qu’on sentira demain ;
Aimez l’heure incertaine où la mort se promène,
Où la vie, fatiguée d’une journée humaine,
Entend chanter enfin, tout au fond du silence,
L’heure des songes légers, l’heure des indolences !

(Remy de Gourmont)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je ne sais si tu es vivant ou mort (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017


 


Je ne sais si tu es vivant ou mort,
Si l’on peut te chercher sur la terre
Ou seulement, quand on médite, sur le soir,
Sur celui qui n’est plus pleurer dans la lumière.
Tout est pour toi: la prière de chaque jour,
La fiévreuse langueur de l’insomnie,
La troupe blanche de mes vers
Et le brasier bleu de mes yeux.
Personne n’est plus proche de mon coeur,
Personne ne m’a fait autant souffrir,
Même celui qui m’a vouée à la torture,
Même celui qui m’a aimée et oubliée.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je ne sais si tu es vivant ou mort (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Je ne sais si tu es vivant ou mort,
Si l’on peut te chercher sur la terre
Ou seulement, quand on médite, sur le soir,
Sur celui qui n’est plus pleurer dans la lumière.
Tout est pour toi: la prière de chaque jour,
La fiévreuse langueur de l’insomnie,
La troupe blanche de mes vers
Et le brasier bleu de mes yeux.
Personne n’est plus proche de mon coeur,
Personne ne m’a fait autant souffrir,
Même celui qui m’a vouée à la torture,
Même celui qui m’a aimée et oubliée.

(Anna Akhmatova)

 Illustration: Arthur Braginsky

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le bavardage de l’eau me console (Georges Jean)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016




Le ciel éteint les yeux des pierres qui vivent dans le sable

Elles regardent les ténèbres humides des sources qui bruissent
comme la soie des feuilles oubliées

Déjà s’allume le vent sur les murailles

La nuit est la sentinelle élevée des étangs noirs

Le bruit des marées
avance vers la ville

Le bavardage de l’eau me console.

(Georges Jean)

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :