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Poésie

Posts Tagged ‘ouïe’

L’Ouïe (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



 

L’Ouïe

Sourd, sourd, sourd. Anatole était sourd comme une colonne.
De naissance, d’ailleurs.

Un jour l’ouïe lui fut donnée par un bienfaisant

guérisseur.
Oiseaux chantaient, ruisseaux chantaient, hommes chantaient.
Quel opéra ! Eh bien, Anatole comprit seulement le silence inouï du monde.

(Norge)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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Nuit d’automne (Wei Ying-Wu)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



Nuit d’automne. Psalmodiant sous le ciel frais,
Je déambule, ma pensée tendue vers toi.
Chute de pommes de pin dans ta montagne vide:
Toi aussi, en cet instant, hors sommeil, tout ouïe…

(Wei Ying-Wu)

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A LA DAME DU LAC (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



 

François Avons  la_dame_du_lac

A LA DAME DU LAC

I
Forts de savoir ce que dit le bonheur
Nous pouvons sans danger écouter les sirènes

II
Les syllabes de l’eau dansent comme des barques
Juste au bord de l’ouïe heureuse dont les berges
Prennent la forme obscure du beau lac
Dès qu’on s’écoute on flotte dans les chambres
Persiennes branchies des merveilles du dehors
Vous êtes du lac et je tiens votre dame qui dort
[…]

V
Et tout ce qui était digne de reflets
S’emplissait jusqu’au bord d’un bleu mouvant
Des palmes venaient passer un instant près de nous
Des oiseaux traversaient les ramages des murs
Et de leur juste poids de fleurs les vases
Equilibraient les plateaux du soleil et de l’ombre

Lac dormant dans les yeux donne assez de lumière
Pour faire fleurir nos profondeurs
Dans les coins de la chambre
[…]

VII
Les lignes des perspectives étaient enguirlandées de feuilles
Et courbées par le poids des grappes
Les verticales en cortège se rendaient
Au rendez-vous solaire des cyprès
Dignitaires du feu
L’ombre faisait son nid sous le sein des statues
Une corbeille d’eau se noyait dans les fleurs
Le jet d’eau lançait tout le jardin en l’air
Et sur nous à jamais retomberont ses flammes
[…]

IX
Heures délicieuses vous nous serviez l’oubli dans la pénombre
Vous alliez et veniez autour de nous
Comme des fées nous apportant sans cesse de beaux dons
J’entends sur vos plateaux brillants
Tinter les frêles sabliers
Ainsi nous égrainions les forces naturelles
Nous étions tour à tour
Sabliers d’ombre vivant de gouttes de lumière
Sabliers de soleil avides de la nuit

X
Le soleil au balcon est heureux dans sa cage
Le tableau ouvert tient le ciel à mi-corps
Sur la table un disque lumineux plein de fruits qui s’élève
Aux vitres on voit non les vagues
Mais les trésors présents du lac

Et tous les reflets projetés dans la chambre
Cherchent à s’assembler pour te faire un miroir

(Ernest Delève)

Illustration: François Avons

 

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LA GRÂCE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration: Viviane-Josée Restieau
    
LA GRÂCE

Si la grâce est votre parole
que mon ouïe soit aux aguets.
Si votre grâce interroge
ne me rendez pas muet !
Si Ta grâce est un regard
que mes deux yeux s’en emparent
si la grâce est un moteur .
aux Paradis de ton coeur
mon Dieu vers ces citadelles
fais qu’à mon tour j’aie des ailes.

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

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En automne crie le hibou (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



Illustration
    
En automne crie le hibou
Sur la blessure de la route.
Alors ma tête choit,
Mes cheveux blonds se fanent.

Hou! hou! des champs et de la steppe,
Bonjour tremble bleuté, ma mère!
Bientôt la lune, se baignant dans la neige,
S’assiéra sur les boucles de ton fils.

Bientôt sans feuilles je serai glacé,
Un tintement d’étoile à mon ouïe.
Les jeunes chanteront sans moi,
Les vieux ne m’écouteront plus.

Un nouveau poète viendra des champs,
Un nouveau sifflement dans la forêt,
Par l’automne le vent se précipite,
Par l’automne les feuilles parlent bas.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

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La sauterelle et le grillon (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



La sauterelle et le grillon

La poésie de la terre ne meurt jamais :
Quand tous les oiseaux défaillent par le brûlant soleil
Et se blottissent dans la fraîcheur des arbres, une voix
s’élève et court
D’une haie à l’autre, tout autour des prairies nouvellement
fauchées;
C’est la voix de la sauterelle — elle dirige le choeur
Des riches plaisirs de l’été — elle n’est jamais au bout
De ses réjouissances : quand elle est épuisée d’avoir joué
comme une folle,
Elle se délasse à l’aise au pied d’une herbe exquise.
La poésie de la terre ne cesse jamais :
En un soir d’hiver solitaire, quand la gelée
A bâti son édifice de silence, voici que du poêle s’élève
un cri aigu,
La chanson du grillon, qui, toujours plus chaleureuse,
Semble à l’ouïe à demi perdue dans la somnolence
Le chant de la sauterelle parmi l’herbe des collines.

***

On the grasshopper and cricket

The poetry of earth is never dead :
When all the birds are faint with the hot sun,
And hide in cooling trees, a voice will run
From hedge to hedge about the new-mown mead;
That is the Grasshopper’s — he takes the lead
In summer luxury, — he has never done
With his delights; for when tired out with fun
He rests at ease beneath some pleasant weed.
The poetry of earth is ceasing never :
On a lone winter evening, when the frost
Has wrought a silence, from the stove there shrills
The Cricket’s song, in warmth increasing ever,
And seems to one in drowsiness half lost,
The Grasshopper’s among some grassy hills.

(John Keats)


Illustration

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Mon esprit est un gros morceau de néant irrévocable (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
mon esprit est
un gros morceau de néant irrévocable dont le toucher et le goût et
l’odorat et l’ouïe et la vue ne cessent de frapper et de tailler avec
des outils fatals tranchants
dans une agonie de ciseaux sensuels j’accomplis des contorsions
de chrome et exécute des enjambées de cobalt
néanmoins je
sens que je ingénieusement suis modifié que je légèrement
deviens quelque chose d’un peu différent, en fait
moi-même
Là-dessus impuissant j’émets des hurlements lilas et des
mugissements écarlates.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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L’ouïe fine (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




L’ouïe fine

Les poissons parlent quel charivari
On ouvre les ouïes pour entendre
Leurs discours océaniens
On n’entend rien
Il faut avoir l’oreille maritime
Pour percevoir ce que ces vertébrés expriment
Sinon l’on n’entend rien
Que le cri des mouettes
La sirène d’un navire le ressac
Et les galets roulés

(Raymond Queneau)

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Par-dessus la cime des hêtres (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017



Illustration: Jacques Rime 
    
Par-dessus la cime des hêtres,
Le silencieux souffle qui passe
Capte un moment du haut échange
Entre feuillages et nuages,

Moment où le feu diurne s’épuise
Et l’espace, soudain, est tout ouïe…

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Hors du vide (Alfredo Casta Monteiro)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



 

Léon Spilliaert moonlight

hors du vide
un doux écho à la dérive

no ouvido
o eco do ego à deriva

noué au vide
l’égo évide l’écho

eco debido al oído
que el ego vivido olvida

eco em vão
no ouvido do ego à deriva

écho d’une envie vide
rivé à l’ouïe l’égo dérive

eco de envidia
a la deriva en el oído

écho vain rivé au vide
qui évide l’égo

eco do ego vão no ouvido
devido à deriva

rivée au vide
l’ouïe avide d’écho

del ávido oído deriva el eco
oído hueco

no ouvido
o eco vão do ego vazio

vacille l’égo vide
rivé à l’ouïe

vacío el ego vivido
que en el oído deriva

l’ego vacille hors du vide
l’ouïe rivée à l’écho

do ego vazio duvido
duvido do eco oco

eco del ego hueco
que el oído vacía

no ouvido um vazio
o eco do ego é oco

noué au vide vacille l’égo
en échos vains

vano y hueco el ego
y vacío su eco

vazio é o ego cego
e seco o seu eco

échos secs
qui en vain vacillent

vano y vacío el ego ciego
hueco su eco seco

échos d’égo vacillent
et assaillent le vide

olvido vacío
en el eco del ego seco

eco no vazio cego
é oco o eco que sai do ego

assailli l’égo sec
que le vide noue et évide

(Alfredo Casta Monteiro)

Illustration: Léon Spilliaert

 

 

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