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Posts Tagged ‘ouverture’

TU ES VENUE

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2021



 

Alexander Deineka   00 [1280x768]

TU es venue, et tu semblais un amusement.

Mais tu as pris par la main mes trente ans
Qui hésitaient à s’acheminer
Vers les mornes paysages parsemés de chagrins
Et les époques de l’incertaine aventure.
Tu les conduis de même qu’un enfant
Qu’on veut empêcher d’avoir peur
En descendant l’escalier obscur.

A présent, grâce à toi, j’ai oublié
Les embûches lointaines.
La vie est un été perpétuel,
Une montre arrêtée à midi.
Et si je regarde autour de moi,
Les jours sont de légères et immobiles plumes
A fleur du temps.

Doux passe-temps, goûter ta voix qui jamais ne lasse
Ainsi que l’eau, ainsi que le pain!
Je suis comblé de cadeaux plus frais et plus gais
Que l’ouverture matinale des persiennes.
Je ne connais plus ni rides, ni chagrins,

Depuis que tu as pris par la main mes trente ans.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Alexander Deineka

 

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UNE OUVERTURE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2021



Illustration: ArbreaPhotos
    
UNE OUVERTURE

Comment dessiner si on ne fait que deviner
entre deux arbres, dans la rapidité des nuages
une vague lumière incertaine, fragile mais constante,
qui repose dans sa parfaite limpidité,
couronne d’écume ? C’est la terre, c’est peut-être le visage
de la terre et une offrande du ciel, le paradis épars
qui à travers ombres et branches a parcouru le champ entier
de la mémoire dans un vertige immobile. Comment être
l’oiseau fidèle de cet éclair ? Comment garder vivantes
les images concaves et aériennes, les germes de l’origine ?

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Il existe en nous un bon et un mauvais silence. (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021



Illustration: Marie Waltz
    
Il existe en nous un bon et un mauvais silence.

Le bon silence, c’est celui de l’écoute,
celui de l’ouverture de l’âme à l’art, à la lumière et à la nuit,
à la parole initale
dont toutes les autres ont pu sortir dans la durée d’une vie.

Le roi David, dans un psaume, remercie Dieu
de lui avoir profondément « creusé l’oreille ».
Retrait en nous, caché derrière le voile des formes,
des images, des événements fugitifs,
s’abrite le lieu de toute confiance
et de plénitude dans le repos

-parfois je l’appelle le lac de la rosée-,
d’où jaillit, hors du silence,
la possibilité de la perception des choses,
et de la parole en même temps.

(Claude Vigée)

 

Recueil: Dans le silence de l’Aleph
Traduction:
Editions:Albin Michel

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PLUIE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PLUIE

Il pleut comme toujours.
Et, comme toujours quand il pleut, les gens s’abritent
(ceux qui ne s’attendaient pas à ce qu’il pleuve) ;
ou ils ouvrent, simplement, leur parapluie —
de préférence à ouverture automatique.

Parce que, quand il pleut, nous devons tous faire quelque chose :
même nous, qui sommes à l’intérieur de la maison.
Les uns vont à la fenêtre, en commentant : «Quel hiver ! »;
les autres s’assoient, un papier devant eux :
et ils écrivent un poème, comme celui-ci.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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ÉLOGE DU SOUFFLEUR (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



 

mer

ÉLOGE DU SOUFFLEUR
(pour John Coltrane)

à Mimi Lorenzini

Je pars d’un point
et je vais le plus loin possible
au plus loin des possibles
je prends une note
et je la transforme
en colonne sans fin
sans relâche et sans fin
je ménage des ouvertures
dans la peau du monde
des irruptions de jardins clos
des baies vitrées
dans la chair même du son
je joue les notes comme je les vois
je n’invente rien
je fais apparaître
les désordres fluides du vivant
les marbres tremblés du temps
jusqu’à resplendir
jusqu’à m’accorder
au mouvement perpétuel de la lumière
oui
j’attends que la lumière
se pose sur mes notes
comme un amant

comme un aimant
comme l’aimant des apparitions
là où tout palpite
au fond de l’infiniment sensible
où l’identité n’est
plus qu’un vacillement
pourquoi moi pourquoi toi
toutes les aubes viennent à ma bouche
toutes les aubes
respectent l’arc-en-ciel
je suis un argonaute du souffle

Je pars d’un point
et je vais toujours plus loin
j’avance le long de ma ligne de coeur
un peu Orphée un peu Faust
je passe à travers tous les cercles
naissances morts renaissances
s’en vont s’en reviennent
à chaque seconde de chaque solo
je traverse mille frontières
pour une liberté enfin déliée
pour un surcroît de bienveillance
j’absorbe tout
au velours de la vraie vie
au velours de la vraie nuit
j’accepte le chaos
dès lors qu’il apaise
dès lors qu’il irise
dès lors qu’il flamboie
je n’aime pas la redite

mais l’obsession
je métamorphose
je tourbillon
je vortex
je voudrais me réveiller
dans chacun de vos rêves
je voudrais vous faire entendre
les grands territoires de la solitude
chacune de mes notes met un mot
sur votre mélancolie
un mot un seul
un mot d’orage éblouissant
un mot minéral
un mot volcanique
en plein coeur du monde et
out of this world
écoutez-moi
j’ouvre un espace
j’ouvre l’espace même
mes trilles ont le pouvoir
d’effacer tous les maux
je suis un ange viril

Je pars d’un point
mais quel est ce je
qui part d’un point
mon je n’est pas un je
c’est un vrai jeu un grand jeu
un je qui joue qui noue et dénoue
un je-nous un je-monde
un je immensément collectif
inconditionnel
un je qui n’est que musique
je suis une pensée qui chante
inexorable
une pensée sonore
qui ne cesse de s’élever
une pensée qui sature votre coeur
d’une douceur rugueuse
une pensée qui bruit à chaque instant
n’attendez pas de mourir
pour écouter vraiment vos étoiles internes
n’attendez pas de mourir
pour donner naissance
au meilleur de vous-même
mille roses ouvertes dans le vide
a love supreme
un amour à jamais suprême
pour parler de la constellation des âmes
reconnaissance
accomplissement
voilà tout le baume de ma véhémence
je suis un descendant de ces hauteurs
où pense la lumière
tout n’était que son
et j’étais au milieu du son
jamais je n’ai joué
sans tout donner
jamais je n’ai joué sans vous aimer
je suis le sourire du déluge

(Zéno Bianu)

Illustration

 

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La chose « la plus belle » (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2020




Pour moi, qui décidément ne comprends pas grand-chose au monde,
j’en viens à me demander si la chose « la plus belle »,
ressentie instinctivement comme telle,
n’est pas la chose la plus proche du secret de ce monde,
la traduction la plus fidèle du message
qu’on croirait parfois lancé dans l’air jusqu’à nous;
ou, si l’on veut, l’ouverture la plus juste sur ce qui ne peut être saisi autrement,
sur cette sorte d’espace où l’on ne peut entrer mais qu’elle dévoile un instant.

Si ce n’était pas quelque chose comme cela,
nous serions bien fous de nous y laisser prendre.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos

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Méditation (André Durand)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019


pluie

Tu te croyais enfermé dans ta vie
mais un visage brille
dont tu t’éprends, qui passe,
ou du cagibi peint en vert
ou d’un hangar parmi les sacs
tu entends ruisseler la pluie:
tu es ce sol battu de cour et tu es abrité pour lui,
tu passes tout entier dans ton oreille,
tu ne peux pas ne pas te donner à cette pluie:
elle a su, en se jouant, trouver une ouverture,
elle est l’avenir qui afflue, en elle tu es libre.

(André Durand)

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Pas d’ouverture, de trouée (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2019



Illustration : Pierre Faure
    
Pas d’ouverture, de trouée,
aucune perspective ouverte,
nul signe à capter…

Ce n’est pas faute
d’avoir tant que j’ai pu, de pas en pas,
tenté le diable, ouvert les yeux,
tendu les bras…

Mais pas de point lumineux,
je me souviens.
Pas avancé d’un pas.
Regard fixé là-devant,
en aveugle.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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BRÈCHE (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Gustave Doré Lac en Ecosse après l'orage

BRÈCHE

La montagne beige
S’effeuillait en lames

La porte s’ouvrit
Entre les colonnes

J’attendais l’Esprit
Renaissant de l’ombre

Un dieu de la pierre
Sous des formes d’homme

L’escorte des morts
Arrachés au roc

Mon regard fouillait
Dans l’épaisseur noire

L’ouverture inerte
Béait au vent du soir.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Gustave Doré

 

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Comme la lave (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019



Comme la lave
Rampe sous la terre,
Se rassemble,
Arrive à l’ouverture,
Se donne,
Fait la place
A d’autres laves.

(Guillevic)

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