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Poésie

Posts Tagged ‘ouverture’

VIEILLIR VI (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2023



Illustration: Ron Mueck
    
VIEILLIR VI

Cette maladie
Si difficile
A affronter
Cette perte de liens
Avec l’univers
Cette confrontation
De la mort
Ce passage si bref
Cette demeure si close
Bientôt infinie

Cette perte des liens
Avec l’univers
Cette confrontation
De la mort
Ce temps si court
Ces souvenirs
Bientôt finis
Cette absurdité
Cette ouverture
Sur l’infini
Cette interruption

(Andrée Chedid)

 

Recueil: L’Étoffe de l’univers
Traduction:
Editions: Flammarion

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Quelle bravoure l’Ame contient-elle (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2023




    
Quelle bravoure l’Ame contient-elle,
Pour endurer ainsi
L’accent d’un Pas qui approche
— L’ouverture d’une Porte —

***

What fortitude the Soul contains,
That it can so endure
The accent of a coming Foot —
The opening of a Door —

(Emily Dickinson)

 

Recueil: Ses oiseaux perdus
Traduction: de l’américain par François Heusbourg
Editions: Unes

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Un tremblement de l’esprit (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022




    
Au tout début de cette lettre
une mouche est venue par la fenêtre
s’est égarée dans la maison
Elle se cognait partout
aux murs aux lampes aux vitres
perdant de ses forces de son allure
à bout de souffle à bout de songe
Enfin elle a trouvé
la faible ouverture d’une porte
entrebâillée
et d’un seul coup l’infini
le grand large le ciel fin

Eh bien Nella je suis dans le monde
comme cette mouche dans la maison
Je perds mes forces mon goût
je cherche partout un passage
une lisière une source
une parole aussi ample qu’un ciel
un amour aussi grand que l’amour
et quand je retrouve ma solitude
qui n’est pas une solitude
qui n’est pas un abandon un oubli
une perte
qui est un don une flamme
une aurore

Oui quand je retrouve ma solitude
je suis comme cette mouche
à l’instant du passage de la porte
rendu à l’abondance
rendu au calme au clair
et plus rien devant moi que Dieu
qui peut-être existe peut-être n’existe pas
plus rien devant moi
que la fleur immaculée de vivre
baignée d’air pur
Un tremblement de l’esprit
comme d’un linge sur un fil

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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L’ordre muet (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2022


caresse

se nomme jusqu’à moi
orage flammé d’iris
promène ses bras nus

rade en randonnée
prodigue ses algues
aux retraits délictueux

écartement d’une bouche
s’échoue sur sa proie
appelant toute l’ouverture

(Mohammed Dib)

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Tu n’as pas assez d’ouvertures (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2021



Oleg Zhivetin  (22)

Tu n’as pas assez d’ouvertures
je n’ai pas assez de mille bouches
pour notre désir d’unité.

(André Frénaud)

Illustration: Oleg Zhivetin 

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TU ES VENUE

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2021



 

Alexander Deineka   00 [1280x768]

TU es venue, et tu semblais un amusement.

Mais tu as pris par la main mes trente ans
Qui hésitaient à s’acheminer
Vers les mornes paysages parsemés de chagrins
Et les époques de l’incertaine aventure.
Tu les conduis de même qu’un enfant
Qu’on veut empêcher d’avoir peur
En descendant l’escalier obscur.

A présent, grâce à toi, j’ai oublié
Les embûches lointaines.
La vie est un été perpétuel,
Une montre arrêtée à midi.
Et si je regarde autour de moi,
Les jours sont de légères et immobiles plumes
A fleur du temps.

Doux passe-temps, goûter ta voix qui jamais ne lasse
Ainsi que l’eau, ainsi que le pain!
Je suis comblé de cadeaux plus frais et plus gais
Que l’ouverture matinale des persiennes.
Je ne connais plus ni rides, ni chagrins,

Depuis que tu as pris par la main mes trente ans.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Alexander Deineka

 

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UNE OUVERTURE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2021



Illustration: ArbreaPhotos
    
UNE OUVERTURE

Comment dessiner si on ne fait que deviner
entre deux arbres, dans la rapidité des nuages
une vague lumière incertaine, fragile mais constante,
qui repose dans sa parfaite limpidité,
couronne d’écume ? C’est la terre, c’est peut-être le visage
de la terre et une offrande du ciel, le paradis épars
qui à travers ombres et branches a parcouru le champ entier
de la mémoire dans un vertige immobile. Comment être
l’oiseau fidèle de cet éclair ? Comment garder vivantes
les images concaves et aériennes, les germes de l’origine ?

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Il existe en nous un bon et un mauvais silence. (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021



Illustration: Marie Waltz
    
Il existe en nous un bon et un mauvais silence.

Le bon silence, c’est celui de l’écoute,
celui de l’ouverture de l’âme à l’art, à la lumière et à la nuit,
à la parole initale
dont toutes les autres ont pu sortir dans la durée d’une vie.

Le roi David, dans un psaume, remercie Dieu
de lui avoir profondément « creusé l’oreille ».
Retrait en nous, caché derrière le voile des formes,
des images, des événements fugitifs,
s’abrite le lieu de toute confiance
et de plénitude dans le repos

-parfois je l’appelle le lac de la rosée-,
d’où jaillit, hors du silence,
la possibilité de la perception des choses,
et de la parole en même temps.

(Claude Vigée)

 

Recueil: Dans le silence de l’Aleph
Traduction:
Editions:Albin Michel

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PLUIE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PLUIE

Il pleut comme toujours.
Et, comme toujours quand il pleut, les gens s’abritent
(ceux qui ne s’attendaient pas à ce qu’il pleuve) ;
ou ils ouvrent, simplement, leur parapluie —
de préférence à ouverture automatique.

Parce que, quand il pleut, nous devons tous faire quelque chose :
même nous, qui sommes à l’intérieur de la maison.
Les uns vont à la fenêtre, en commentant : «Quel hiver ! »;
les autres s’assoient, un papier devant eux :
et ils écrivent un poème, comme celui-ci.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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ÉLOGE DU SOUFFLEUR (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



 

mer

ÉLOGE DU SOUFFLEUR
(pour John Coltrane)

à Mimi Lorenzini

Je pars d’un point
et je vais le plus loin possible
au plus loin des possibles
je prends une note
et je la transforme
en colonne sans fin
sans relâche et sans fin
je ménage des ouvertures
dans la peau du monde
des irruptions de jardins clos
des baies vitrées
dans la chair même du son
je joue les notes comme je les vois
je n’invente rien
je fais apparaître
les désordres fluides du vivant
les marbres tremblés du temps
jusqu’à resplendir
jusqu’à m’accorder
au mouvement perpétuel de la lumière
oui
j’attends que la lumière
se pose sur mes notes
comme un amant

comme un aimant
comme l’aimant des apparitions
là où tout palpite
au fond de l’infiniment sensible
où l’identité n’est
plus qu’un vacillement
pourquoi moi pourquoi toi
toutes les aubes viennent à ma bouche
toutes les aubes
respectent l’arc-en-ciel
je suis un argonaute du souffle

Je pars d’un point
et je vais toujours plus loin
j’avance le long de ma ligne de coeur
un peu Orphée un peu Faust
je passe à travers tous les cercles
naissances morts renaissances
s’en vont s’en reviennent
à chaque seconde de chaque solo
je traverse mille frontières
pour une liberté enfin déliée
pour un surcroît de bienveillance
j’absorbe tout
au velours de la vraie vie
au velours de la vraie nuit
j’accepte le chaos
dès lors qu’il apaise
dès lors qu’il irise
dès lors qu’il flamboie
je n’aime pas la redite

mais l’obsession
je métamorphose
je tourbillon
je vortex
je voudrais me réveiller
dans chacun de vos rêves
je voudrais vous faire entendre
les grands territoires de la solitude
chacune de mes notes met un mot
sur votre mélancolie
un mot un seul
un mot d’orage éblouissant
un mot minéral
un mot volcanique
en plein coeur du monde et
out of this world
écoutez-moi
j’ouvre un espace
j’ouvre l’espace même
mes trilles ont le pouvoir
d’effacer tous les maux
je suis un ange viril

Je pars d’un point
mais quel est ce je
qui part d’un point
mon je n’est pas un je
c’est un vrai jeu un grand jeu
un je qui joue qui noue et dénoue
un je-nous un je-monde
un je immensément collectif
inconditionnel
un je qui n’est que musique
je suis une pensée qui chante
inexorable
une pensée sonore
qui ne cesse de s’élever
une pensée qui sature votre coeur
d’une douceur rugueuse
une pensée qui bruit à chaque instant
n’attendez pas de mourir
pour écouter vraiment vos étoiles internes
n’attendez pas de mourir
pour donner naissance
au meilleur de vous-même
mille roses ouvertes dans le vide
a love supreme
un amour à jamais suprême
pour parler de la constellation des âmes
reconnaissance
accomplissement
voilà tout le baume de ma véhémence
je suis un descendant de ces hauteurs
où pense la lumière
tout n’était que son
et j’étais au milieu du son
jamais je n’ai joué
sans tout donner
jamais je n’ai joué sans vous aimer
je suis le sourire du déluge

(Zéno Bianu)

Illustration

 

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