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A TRAVERS LES RUELLES SOUILLEES (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

Otto Dix   Painting 032 [1280x768]

A TRAVERS LES RUELLES SOUILLEES

En courant, j’atteignis la porte,
sur mon front et sur ma poitrine,
les perçant de gouttes alertes,
la terreur soudain s’installa.
J’inspectai le ciel et le rauque
aboiement des armes, tout comme
le pas pressé de mes comparses,
martelait mon coeur. Des étoiles
brillaient bien au-dessus de moi.

Temps lointains, temps d’après l’orage
largement enrichis d’ozone,
vous dont je crois à la venue,
gardez-nous en votre mémoire
hommes et filles d’un bonheur
futur, nous qui nous faufilions
à travers les ruelles souillées,
dans la dispersion et la crainte,
tendant une main hésitante
pleine d’amour à la recherche
d’un chaleureux embrassement
pour qu’en naissent vos âmes fortes.

(Gyula Illyès)

Illustration: Otto Dix 

 

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La Rivière (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2015



La Rivière

Simone, la rivière chante un air ingénu,
Viens, nous irons parmi les joncs et la cigüe ;
Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue,
Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu.

La rivière est la mère des poissons et des fleurs,
Des arbres, des oiseaux, des parfums, des couleurs ;

Elle abreuve les oiseaux qui ont mangé leur grain
Et qui vont s’envoler pour un pays lointain ;

Elle abreuve les mouches bleues dont le ventre est vert
Et les araignées d’eau qui rament comme aux galères.

La rivière est la mère des poissons : elle leur donne
Des vermisseaux, de l’herbe, de l’air et de l’ozone ;

Elle leur donne l’amour ; elle leur donne les ailes
Pour suivre au bout du monde l’ombre de leurs femelles.

La rivière est la mère des fleurs, des arcs-en-ciel,
De tout ce qui est fait d’eau et d’un peu de soleil :

Elle nourrit le sainfoin et le foin, et les reines
Des prés qui ont l’odeur du miel, et les molènes

Qui ont des feuilles douces comme un duvet d’oiseaux ;
Elle nourrit le blé, le trèfle et les roseaux ;

Elle nourrit le chanvre ; elle nourrit le lin ;
Elle nourrit l’avoine, l’orge et le sarrasin ;

Elle nourrit le seigle, l’osier et les pommiers ;
Elle nourrit les saules et les grands peupliers.

La rivière est la mère des forêts : les beaux chênes
Ont puisé dans son lit l’eau pure de leurs veines.

La rivière féconde le ciel : quand la pluie tombe,
C’est la rivière qui monte au ciel et qui retombe ;

La rivière est une mère très puissante et très pure,
La rivière est la mère de toute la nature.

Simone, la rivière chante un air ingénu,
Viens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ;
Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue,
Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu.

(Remy de Gourmont)

 

 

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