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Poésie

Posts Tagged ‘(Pablo Neruda)’

Absence (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2019



Absence

Je te laisse : aussitôt
tu circules en moi, cristalline
ou tremblante
ou inquiète, blessée par moi
ou tout d’amour comblée, comme en cet instant
où tes yeux
se ferment sur le présent de la vie
que je ne cesse de t’offrir.

Mon amour,
quand nous nous sommes rencontrés
nous avions soif et nous avons
bu toute l’eau et tout le sang,
quand nous nous sommes rencontrés
nous avions faim
alors nous nous sommes mordus
comme le feu,
il nous en resta des blessures.

Mais attends-moi,
garde-moi ta douceur.
Et je t’offrirai aussi
une rose.

(Pablo Neruda)


Illustration: Salvador Dali

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CHAQUE JOUR MATHILDE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



CHAQUE JOUR MATHILDE

Aujourd’hui je te dis : Mathilde, tu es longue
comme le corps du Chili, délicate
comme une fleur d’anis,
en chaque branche tu retiens le témoignage
de nos printemps ineffaçables :
Quel jour sommes-nous? C’est le tien.
Et demain c’est hier, il n’est rien arrivé,
aucun jour ne s’est échappé d’entre tes mains :
tu gardes le soleil, la terre, les violettes
dans ton ombre menue lorsque tu dors.
Et ainsi, à chaque aube
tu es là, me tendant la vie.

(Pablo Neruda)


Illustration: Alina Maksimenko

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Peut-être des fleurs jaunes (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019




Poussière nous sommes et serons.

Ni air, ni feu, ni eau
mais
terre,
seulement terre
nous serons
et peut-être
des fleurs jaunes.

(Pablo Neruda)

 

 

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Le tigre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Le tigre

Je suis le tigre.
Je te guette parmi les feuilles
aussi grandes que des lingots
de minerai mouillé.

Le fleuve blanc grandit
sous la brume. Te voici.

Tu plonges nue.
J’attends.

Alors d’un bond,
feu, sang et dents,
ma griffe abat
ta poitrine, tes hanches.

Je bois ton sang, je brise
tes membres, un à un.
Et je reste dans la forêt
veiller durant des années
tes os, ta cendre,
immobile, à l’écart
de la haine et de la colère,
désarmé par ta mort,
traversé par les lianes,
immobile sous la pluie,
sentinelle implacable
de mon amour, cet assassin.

(Pablo Neruda)

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Je cherche un signe de toi (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Je cherche un signe de toi chez toutes les autres,
dans le brusque, dans l’ondulant fleuve des femmes,
dans les tresses, dans les yeux à peine engloutis,
les pieds clairs naviguant et glissant sur l’écume.
Il me semble soudain que j’aperçois tes ongles
oblongs et fugitifs, neveux du cerisier,
ou ce sont tes cheveux qui passent, et je vois
ton image de feu de joie brûler dans l’eau.
Je cherche, aucune n’a ta palpitation,
ta clarté, teinte de noire argile sylvestre,
non, aucune n’a tes minuscules oreilles.
Toi tu es totale et brève, une entre toutes,
et quand je suis avec toi, à aimer, je parcours
l’estuaire féminin, large Mississippi.

***

Un signo tuyo busco en todas las otras,
en el brusco, ondulante río de las mujeres,
trenzas, ojos apenas sumergidos,
pies claros que resbalan navegando en la espuma.
De pronto me parece que diviso tus uñas
oblongas, fugitivas, sobrinas de un cerezo,
y otra vez es tu pelo que pasa y me parece
ver arder en el agua tu retrato de hoguera.
Miré, pero ninguna llevaba tu latido,
tu luz, la greda oscura que trajiste del bosque,
ninguna tuvo tus diminutas orejas.
Tú eres totalybreve, de todas eres una,
v así contigo voy recorriendo v amando
un ancho Mississippi de estuario femenino.

(Pablo Neruda)

Illustration: Adamov Alexey

 

 

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Ô jours resplendissants (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



François Malespine -l_instant-122cm-x-90cm-francois-malespine-2010
Ô jours resplendissants roulés par l’eau de mer,
et denses en leur coeur comme une pierre jaune,
ô la splendeur d’un miel respecté du désordre
qui préserva leur pureté rectangulaire.
L’heure crépite ainsi que l’essaim ou la flamme,
et vert est le besoin de plonger dans des feuilles
avant que tout en haut le feuillage devienne
un monde scintillant qui s’éteint et murmure.
Soif du feu, multitude ardente de l’été
ô paradis que font seulement quelques feuilles :
pour la terre au visage obscur, pas de souffrances,
pour tous l’eau ou le pain, pour tous l’ombre ou la flamme ;
et que plus rien, plus rien ne divise les hommes
que le soleil, la nuit, la lune, les épis.

***

Radiantes días balanceados por el agua marina,
concentrados como el interior de una piedra amarilla
cuyo esplendor de miel no derribó el desorden :
preservó su pureza de rectángulo.
Crepita, sí, la hora como fuego o abejas
y es verde la tarea de sumergirse en hojas,
hasta que hacia la altura es el follaje
un mundo centelleante que se apaga y susurra.
Sed del fuego, abrasadora multitud del estío
que construye un Edén con unas cuantas hojas,
porque la tierra de rostro oscuro no quiere sufrimientos,
sino frescura o fuego, agua o pan para todos,
y nada debería dividir a los hombres
sino el sol o la noche, la luna o las espigas.

(Pablo Neruda)

Illustration: François Malespine 

 

 

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Loin, dans les bois (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Loin, dans les bois, j’ai coupé une branche noire,
assoiffé j’ai porté son murmure à mes lèvres :
était-ce donc la voix de la pluie qui pleurait,
une cloche brisée ou un coeur mis en pièces ?

Quelque chose qui de si loin m’est apparu,
enfoui dans sa lourdeur, recouvert par la terre,
ce sont cris assourdis par d’immenses automnes,
par la nuit entrouverte, humide des feuillages.

Alors, se réveillant du rêve végétal,
la branche du coudrier a chanté sous ma bouche
et son errante odeur grimpa dans mon esprit

comme si tout d’un coup me cherchaient les racines
abandonnées, la terre perdue, mon enfance,
et je restai, blessé du parfum vagabond.

***

En los bosques, perdido, corté una rama oscura
y a los labios, sediento, levanté su susurro :
era tal vez la voz de la lluvia llorando,
una campana rota o un corazón cortado.

A lgo que desde tan lejos me parecía
oculto gravemente, cubierto por la tierra,
un grito ensordecido por inmensos otoños,
por la entreabierta y húmeda tiniebla de las hojas.

Por allí, despertando de los sueños del bosque,
la rama de avellano cantó bajo mi boca
ysu errabundo olor trepó por mi criterio

como si me buscaran de pronto las raíces
que abandoné, la tierra perdida con mi infancia,
yme detuve herido por el aroma errante.

(Pablo Neruda)

 

 

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L’ÉTOILE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



L’ÉTOILE

Bon, je ne suis pas revenu. Non revenir
ne me fait plus souffrir, le sable a décidé
et comme élément de la vague et du passage,
comme syllabe du sel, comme pou de l’eau,
moi, souverain, esclave de la côte, j’ai
plié le front, je me suis enchaîné à mon rocher.

I1 n’y a pas de libre choix pour nous qui sommes
parcelle de l’étonnement,
i1 n’y a pas d’issue pour ce retour
à soi, à cette pierre de soi-même,
i1 n’existe plus d’autre étoile que la mer.

(Pablo Neruda)

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Douce est la belle (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Douce est la belle comme si musique et bois,
agate, toile, blé, et pêchers transparents,
avaient érigé sa fugitive statue.
À la fraîcheur du flot elle oppose la sienne.

La mer baigne des pieds lisses, luisants, moulés
sur la forme récente imprimée dans le sable ;
maintenant sa féminine flamme de rose
n’est que bulle battue de soleil et de mer.

Ah, que rien ne te touche hormis le sel du froid
Que pas même l’amour n’altère le printemps.
Belle, réverbérant l’écume indélébile,

laisse, laisse ta hanche imposer à cette eau
la neuve dimension du nénuphar, du cygne
et vogue ta statue sur l’éternel cristal.

***

Suave es la bella como si música y madera,
ágata, telas, trigo, duraznos transparentes,
hubieran erigido la fugitiva estatua.
Hacia la ola dirige su contraria frescura.

El mar moja bruñidos pies copiados
a la forma recién trabajada en la arena
y es ahora su fuego femenino de rosa
una sola burbuja que el sol y el mar combaten.

Ay, que nada te toque sino la sal del frio !
Que ni el amor destruya la primavera intacta.
Hermosa, reverbero de la indeleble espuma,

deja que tus caderas impongan en el agua
una medida nueva de cisne o de nenúfar
y navegue tu estatua por el cristal eterno.

(Pablo Neruda)

Illustration: William Bouguereau

 

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Il n’est que l’ombre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019




Il n’est que l’ombre
pour savoir
les secrets
des maisons fermées,
que
le vent repoussé
et sur le toit la lune qui fleurit.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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