Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘pain’

POUR UNE FEMME VIVE (Pierre Gamarra)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2022



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
POUR UNE FEMME VIVE

Je ne saurai jamais quand tu m’as dit : je t’aime
je ne saurai jamais quand tu m’as dit : adieu
Si le fleuve et la mer effaçaient les poèmes,
mes mots seraient vaisseaux sur les lacs de tes yeux.

Je ne saurai jamais où commença la neige, où
revient le soleil pour les roses de mai, où ta voix
dit : je sais, quand je disais : que sais-je ? où
commença mon coeur, je ne saurai jamais.

Tu ne m’as rien donné, tu m’as donné le monde.
Lorsque tu me quittas, tu m’attendais toujours. Si
mon ciel était mort, j’aurais ta flamme blonde, et
si je revivais, je me mourrais d’amour.

Salut à toi, femme de l’aube, ma corolle,
princesse d’un hiver promise à l’églantier,
salut à toi, ma paix, mon pain, ma parabole,
salut mon indomptable et salut ma pitié.

Je te porte la palme et la farine pure,
je te livre l’orgueil avec l’humilité
Quand ces chants passeront, il restera l’été,
quand mon coeur se taira, je revivrai blessure.

Je te chante ce soir devant le monde lourd,
aux frontières d’un ciel labouré de promesses.
Je sais que je mourrai pour revivre sans cesse
et quand je revivrai, je me mourrai d’amour.

(Pierre Gamarra)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mains propres (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2022




    
Mains propres

Du geste de tuer à deux mains
L’art de pétrir n’est pas différent
(Que le progrès a du bon, quel repos :
Le bouton de droite donne le pain,
Avec le bouton de gauche, facilement,
Je lance, sans regarder, la fusée
Et j’atteins l’ennemi).

***

Mãos limpas

Do gesto de matar a ambas mãos
O jeito de amassar não é diferente
(Que bom este progresso, que descanso:
Obotão da direita dá o pão,
Com o botão da esquerda, facilmente,
Disparo, sem olhar, o foguetão,
E o inimigo alcanço).

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

En guerre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



Illustration: Aina Frozt
    
En guerre

Il fait nuit si profonde autour de moi,
tant de solitude et de détresse.
Les murs tremblent et se pressent,
les larmes coulent du pain froid.

Il fait froid à pierre fendre dans la maison.
Aucun feu ne brûle, nulle part de lumière.
Mon souffle fume et expire dans l’air,
et tout espoir devient renonciation.

Dans le pays les routes bâillent largement
et m’appellent sûrement aussi.
Mais je suis fatiguée et emplie de peine…
ll fait nuit si profonde autour de moi.

***

Im Krieg

Es ist so tiefe Nacht um mich
und Einsamkeit und graue Not.
Die Wände drängen zitternd sich
und Tränen rinnen aus dem Brot.

Es ist so bitter kalt im Haus.
Kein Feuer brennt und nirgends Licht.
Mein Atem raucht im Raume aus
und aile Hoffnung wird Verzicht.

Im Lande gähnen Strassen weit
und rufen mich auch sicherlich.
Doch ich bin miide und volt Leid…
Es ist so tiefe Nacht um mich.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les quatre-heures (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2022




Illustration: Daniel Ridgway
    
Les quatre-heures

A quatre heures, sous un arbre, on boit le café.

Une petite fille bien sage
l’a apporté dans un panier
avec le pain et le fromage;
il n’est ni trop froid ni trop chaud
il est tout juste comme il faut.

Les hommes et les femmes sont assis en rond,
chacun sa tasse à la main; ils parlent
du temps qu’il fait, de la moisson
qui va venir, et des ouvrages
qui changent selon les saisons,
mais sont toujours aussi pressants,
si bien qu’on n’a jamais le temps…

Le temps de quoi?… on se demande.

Un oiseau bouge dans les branches, les
sauterelles craquent dans le foin…
Oui, le temps de quoi?… Et on se regarde.

Mais, dès qu’on a vidé sa tasse, dès
qu’on a mangé à sa faim: «Est-ce
qu’on y va?… » Vous voyez bien: on
n’a jamais le temps de rien.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une essence chasse une autre essence (Lyonel Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Une essence chasse une autre essence.
Quelle essence vaincra la haine ?

Je te laisse ce coffret vide
où tu rangeras tes trésors.
Et lorsque tu auras trouvé
le doux parfum des temps à venir
tu le cacheras dans le coffret.
Tu iras au sommet
de la plus haute montagne
et tu ouvriras le coffret.

Le paradoxe du parfum,
c’est qu’il libère ce qu’il capture.
Tu ouvriras le coffret
et déverseras sur le monde
cette odeur de fruit pur, de rosée franche,
cette odeur de route à prendre dans le matin clair
avec laquelle tu es née
à laquelle tu ajouteras
toutes les trouvailles de ton fait,
une odeur de bonne semence
pour le triomphe de la récolte,
quand le pain amènera le rire,
quand, de jour comme de nuit,
la rivière arrosera les plantes
qui pousseront partout avec des coquetteries
de jolies filles habillées pour leur première sortie,
dans les cheveux des hommes et des femmes d’État,
dans les mains des nouveau-nés
comme un pari gagné sur leurs lignes de chance,
dans les armoires, entre deux vieilleries
pour appeler les vieux linges à leur vitalité.

(Lyonel Trouillot)

 

Recueil: Le doux parfum des temps à venir
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

FEU (Manolis)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2022




    
Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil

Poem of the Week Ithaca 708 “FIRE”,
MANOLIS, Greece, 1947

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

FEU

Le feu prendra sa revanche
après le dessèchement de la terre
il deviendra un tigre dompté, mis en cage
pour faire flamber une masure à moitié délabrée
une bougie isolée
pour cuire du pain dans une poêle en métal
placée sur deux pierres
le premier four extérieur réemployé
vêtement d’amour imprégné de sueur
pendu au fil à sécher le linge

Le feu prendra sa revanche
après le dessèchement de la terre
pour devenir le sauveur,
un vieux saint mythologique,
peint sur des icônes
un roc immobile, conservé comme statue
dans l’infinité du temps.

(Manolis)

GRÈCE (1947)
Traductión Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

FIRE

Fire will take its revenge
after scorching the earth
it will become a tamed, caged tiger
to light the half-fallen hovel,
a lonely candle,
to bake bread in the iron pan
placed over two stones
the first reused exterior oven
love cloths moistened by sweat
drying up on cloths-line
Fire will take its revenge
after scorching the earth
to become the savior
an ancient mythological saint
depicted in icons
a static rock standing, as a statue
preserved in the endlessness of time.

MANOLIS, GREECE (1947)

***

FUEGO

El fuego se vengará
después de abrasar la tierra,
convertido en un tigre enjaulado
para iluminar la casucha derruida,
una vela solitaria,
para cocer el pan en un molde metálico
colocado sobre dos piedras,
el primer horno exterior reutilizado
entre paños de amor humedecidos por el sudor
secándose en el tendedero

El fuego se vengará
después de abrasar la tierra
para convertirse en el salvador,
un antiguo santo mitológico
representado en iconos,
una roca quieta en pie, como una estatua
preservada en la infinitud del tiempo.

MANOLIS, GRECIA (1947)
Traducción Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

VUUR

Het vuur zal wraak nemen,
na het verschroeien van de aarde
zal het een getemde, gekooide tijger worden
om het half vervallen krot aan te steken,
een eenzame kaars,
om brood te bakken in een metalen pan
geplaatst op twee stenen
de eerste herbruikte buitenoven
door zweet doordrenkte liefdeskledij
die op de wasdraad te drogen hangt

Het vuur zal wraak nemen
na het verschroeien van de aarde
om de redder te worden,
een oude mythologische heilige,
afgebeeld in iconen
een statische rots, als standbeeld bewaard
in de eindeloosheid van de tijd.

Manolis, Griekenland (1947)
Vertaling Germain Droogenbroodt

***

حريق

ستنتقم النار بعد جفاف الأرض
ستصبح نمرًا مروضًا،
محبوسًا لإشعال النار في كوخ مخرو.
شمعة معزولة
لخبز الخبز في مقلاة معدنية موضوعة على حجرين
أول فرن خارجي يعاد استخدامه
لباس حب مبلل بالعرق
معلق على حبل تجفيف الملابس
ستنتقم النار بعد جفاف الأرض
…. لتصبح المنقذ ،
قديسًا أسطوريًا قديمًا ….
يرسم صخرة ثابتة على أيقونات
محفوظة كتمثال في ما لا نهاية من الزمن

مانوليس، اليونان (1947)
ترجمة للعربية : عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***
অগ্নি

অগ্নি নিবে তার
প্রতিশোধ
পৃথিবীকে দুঃসহ তাপে বিদীর্ণ করার
পর
এটি পরিণত হবে একটি
আয়ত্তাধীন, খাঁচার বাঘ
আলোকিত করতে অধঃ-পতিত
গর্ত,
একটি একাকী মোমবাতি,
লোহার তাওয়াতে রুটি
সেকার জন্য
বসানো হয়েছে দুটি পাথরের
উপর
প্রথম পুনর্ব্যবহৃত
বাহ্যিক তাওয়া
ভালোবাসে ঘামে
সিক্ত কাপড়গুলি কে
শুকিয়ে যায় জামা কাপড় শুকাতে দেওয়ার
দড়িতে

অগ্নি নিবে তার
প্রতিশোধ
পৃথিবীকে দুঃসহ তাপে বিদীর্ণ করার
পর
ত্রাণকর্তা রূপে আবির্ভূত হওয়ার জন্য
একজন প্রাচীন
পৌরাণিক সাধু
বর্ণিত হয়েছেন অঙ্কিত প্রতিমূর্তি গুলিতে
একটি স্থির পাথর
দাঁড়িয়ে আছে, ভাস্কর্য রূপে
সংরক্ষিত হয়ে আছে
সময়ের সীমা হীনতায়।

মানোলিস, গ্রীস (১৯৪৭)
লেখক এবং জার্মেইন ড্রুজেনব্রুডট দ্বারা অনুবাদ
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

FOC

El foc es venjarà
després de cremar la terra
es convertirà en un tigre domesticat i engabiat
per encendre la barraca mig caiguda,
una espelma solitària,
per coure pa a la paella de ferro
col·locada sobre dues pedres
el primer forn exterior reutilitzat
roba estimada humitejada per la suor
assecant-se a la línia de draps

El foc es venjarà
després de cremar la terra
per convertir-se en el salvador
un sant mitològic antic
representat en icones
una roca estàtica dempeus, com una estàtua
conservada en la infinitud del temps.

MANOLIS, GRÈCIA (1947)
Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

火在烧焦大地之后
它将报仇雪恨
将变成一只驯服的、笼里的老虎
变成一支孤独的蜡烛
照亮那间半塌的茅屋,
变成首个可重复用的外烤炉
在放在两块石头上
的铁锅里烘烤面包
变成汗湿的爱的衣服
正在晾衣绳上晾干

火在烧焦大地之后
它将报仇雪恨
将变成救世主
变成一位神像描绘的古代
神话中的圣人
变成矗立静止的岩石,如雕像
保存在时间的永恒里。

原 作:希 腊 马诺利斯(1947年)
英 译:作者和杰曼·卓根布鲁特
汉 译:中 国 周道模 2021-11-27
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

آتش

آتش انتقامش را می‌گیرد
پی از سوزاندن زمین
تبدیل به ببری رام شده در قفس خواهد شد
برای روشن کردن نیمه‌ی چاله‌ی تاریک
یک شمع تنها،
برای پختن نان در تابه‌ی آهنی
گذاشته شده روی دو سنگ
اولین اجاق قابل مصرف دوباره
لباس‌هایی که از عرق عشق‌بازی مرطوبند
روی بند رخت خشک می‌شوند

آتش انتقامش را می‌گیرد
پس از سوزاندن زمین
تا نجات دهنده‌یی شود
چون قدیسی اساطیری باستانی
نشان داده شده در نماد
یک سنگ ثابت ایستاده به عنوان مجسمه
حفظ شده در بی‌پایان زمان
مانولیس، یونان

١٩٤٧
ترجمه: سپیده زمانی
Translated into Farsi by Sepedih Zamani

***

FEUER

Das Feuer wird sich rächen
nachdem es die Erde verbrannt hat
es wird ein gezähmter, gefangener Tiger werden
es wird eine verfallene Hütte entzünden,
eine einsame Kerze,
es wird Brot in einer Metallpfanne backen
auf zwei Steine gestellt
der wiedergebrauchte erste Außenofen
mit Schweiß befeuchteten Tüchern
trocknend am Waschdraht

Das Feuer wird sich rächen
nachdem es die Erde verbrannt hat
es wird der Retter sein
ein uralter mythologischer Heiliger
abgebildet auf Ikonen
ein unbewegter Felsen wie eine Statue
bewahrt in der Unendlichkeit der Zeit.

MANOLIS, GRIECHENLAND (1947)
Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

FΦΛΟΓΑ

Η φλόγα θα πάρει την εκδίκηση της
κι αφού κατακάψει τη γη
θα γίνει ήμερη, σε κλουβί τίγρη
να φωτίσει το μισογκρεμισμένο χαμώϊ,
καντήλι ορφανό,
που θα ψήσει ψωμί στο τηγάνι
πάνω σε δυο πέτρες
πρωτόγονος, υπαίθριος φούρνος
του έρωτα ρούχα νωπά
απ’ τον ιδρώτα στεγνώνουν στο σχοινί

η φλόγα θα πάρει την εκδίκηση της
κι αφού κατακάψει τη γη
σωτήρας για να γίνει
πανάρχαιος μυθολογικός άγιος
ζωγραφισμένος σε εικόνα
στατικός βράχος ορθός, άγαλμα
να παραμείνει στον αιώνα

MANOLIS, Greece

***

אש / מנוליס
Manolis, Greece (1947)

הָאֵשׁ תִּנְקֹם אֶת נִקְמָתָהּ
אַחֲרֵי שֶׁתַּחְרֹךְ אֶת הָאֲדָמָה
הִיא תַּהֲפֹךְ לְנָמֵר מְאֻלָּף, כָּלוּא בִּכְלוּב
לְהָאִיר אֶת הַסְּכָכָה הַנְפוּלָה-לְמֶחֱצָה,
נֵר בּוֹדֵד,
לֶאֱפוֹת לֶחֶם בְּמַחֲבַת בַּרְזֶל
מֻנַּחַת עַל שְׁתֵּי אֲבָנִים
הַתַּנּוּר הַחִיצוֹנִי הָרִאשׁוֹן בְּשִׁמּוּשׁ חוֹזֵר
בִּגְדֵי אַהֲבָה לַחִים מִזֵּעָה
מִתְיַבְּשִׁים עַל חֶבֶל כְּבִיסָה

הָאֵשׁ תִּנְקֹם אֶת נִקְמָתָהּ
אַחֲרֵי שֶׁתַּחְרֹךְ אֶת הָאֲדָמָה
הִיא תַּהֲפֹךְ לְמוֹשִׁיעַ
לְקָדוֹשׁ מִיתוֹלוֹגִי קָדוּם
מְתֹאָר בְּצַלְמִיּוֹת
סֶלַע יַצִּיב עוֹמֵד, כְּפֶסֶל
שָׁמוּר בְּאֵינְסוֹפִיּוֹת הַזְּמַן.

תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

आग

आग ले लेगी अपना बदला
धरती को झुलसाने के बाद
यह एक पालतू, पिंजरे में बंद बाघ बन जाएगा
आधे गिरे फावड़े को रोशन करने के लिए,
एक अकेली मोमबत्ती,
लोहे की कड़ाही में रोटी सेंकने के लिए
दो पत्थरों पर रखा
पहला पुन: उपयोग किया गया बाहरी ओवन
पसीने से भीगे प्यार के कपड़े
कपड़े की लाइन पर सूख रहा है l
आग ले लेगी अपना बदला
धरती को झुलसाने के बाद
उद्धारकर्ता बनने के लिए
एक प्राचीन पौराणिक संत
चिह्नों में दर्शाया गया है
एक स्थिर चट्टान खड़ी है, एक मूर्ति के रूप में
अनंत काल में संरक्षित।

मानोलिस, ग्रीस (1947)
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

ELDUR

Eldurinn mun hefna sín
eftir að brenna jörðina
verður hann gæfur tígur í búri
og lýsir upp hálfhrunið hreysi,
einmana kerti
og bakar brauð í járnformi
yfir hlóðum
fyrsta endurnýtta útiofninum
svitablaut ástarföt
til þerris uppi á snúru

Eldurinn mun hefna sín
eftir að brenna jörðina
verður hann frelsari
forn ævintýradýrlingur
sem er lýst í helgimyndum
stífur klettur eins og myndastytta
varðveittur endalausan tíma.

MANOLIS, Grikklandi (1947)
Þór Stefánsson þýddi samkvæmt enskri þýðingu höfundar & Germains Droogenbroodt
Translated into Icelandic by Thor Stefansson

***

API

Api akan membalas dendam
setelah membakar bumi
akan menjadi harimau jinak yang terkurung
untuk menyalakan gubuk yang doyong,
lilin yang kesepian,
untuk memanggang roti di wajan besi
ditempatkan di atas dua batu
yang pertama didaur bagian luar tanur
kain cinta yang dibasahi oleh peluh
mengering di jemuran

Api akan membalas dendam
setelah membakar bumi
menjadi penyelamat
santo mitologi kuno
digambarkan dalam ikon
batu statis yang tegak, seperti patung
diawetkan dalam keabadian waktu.

MANOLIS, Greece (1947)
Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

***

TINE

Bainfidh an tine díoltas amach,
loiscfidh sí an talamh,
déanfaidh sí tíogar fíochmhar di féin.
Soilseoidh sí na botháin bheaga ainnise,
Ina coinneal aonair.
Bácálfaidh sí an t-arán ar an ngrideall
Triomóidh sí na héadaigh ar an líne
Atá báite le hallas.

Bainfidh an tine díoltas amach
Loiscfidh sí an talamh,
Déanfaidh sí slánaitheoir di féin,
Naomh ársa drithleach,
Iocón sa chúinne,
Carraig stuama nach féidir a chorraí.
Seasfaidh sí linn go síoraí.
MANOLIS, An Ghréig (1947)
Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

FUOCO

Il fuoco avrà la sua vendetta
dopo aver bruciato la terra
diventerà un tigre in gabbia, addomesticata
per illuminare un baracca mezza diroccata,
una candela solitaria,
per cuocere il pane su una padella di metallo
appoggiata su due pietre
il primo forno da esterno usato di nuovo
vestiti d’amore zuppi di sudore
si asciugano sul filo dei panni

Il fuoco avrà la sua vendetta
dopo aver bruciato la terra
per diventare il salvatore
di un antico santo mitologico
dipinto in icone
un pietra ferma, in piedi, come una statua
conservata nell’infinità del tempo.

MANOLIS, Greece (1947)
Traduzione dell’autore – Germain Droogenbroodt – Luca Benassi

***

火は大地を焼き焦がした後に
復讐をする
飼い慣らされた檻の虎となり
半分崩れ落ちたあばら家を照らす
一本のろうそくは
ふたつの石の上におかれた
鉄のフライパンでパンを焼き
はじめて使われる天火は
物干しの上の
汗で愛で濡れた衣服を乾かす

火は大地を焼き焦がした後
復讐をする
救世主となるために
イコンに描かれた
古代の神話の聖人
動かない岩は彫像となって立ち
永遠の時間の中に保たれる

マノリス(ギリシア,1947)
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

MOTO

Moto utalipiza kisasi,
baada ya kuunguza ardhi,
utakuwa simbamarara aliyefugwa,
kuwasha makao duni iliyoanguka nusu,
mshumaa wa upweke,
kuoka mkate katika sufuria ya chuma,
kuwekwa juu ya mawe mawili,
tanuri ya kwanza ya nje iliyotumika tena,
vitambaa vya mapenzi vilivyolowa maji kwa jasho
kukauka kwenye waya ya kuanika nguo.

Moto utalipiza kisasi,
baada ya kuunguza ardhi,
ukuwe mwokozi mtakatifu wa kale wa ngano
aliyeonyeshwa kwa
ishara,
mwamba mtulivu uliosimama, kama sanamu
kuhifadhiwa katika wakati usio na mwisho.

MANOLIS, GREECE (1947)
Mtafsiri: Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

***

AGIR

Agir wê tola xwe vedê
piştî şewitandina erdê
wê bibê pilingekî girtî, lîwankirî
wê bibê gomeke kavilbûyî, şewitandî,
erê, findeke tenyayî,
wê nan di tewkeke kanî de li ser
du kuçikan bê birajtin
li ser agirdanka yekê li derva
desmalkên terbûyî
bi xwîhdanê bêne ziyakirin

Agir wê tola xwe vedê
piştî şewitandina erdê
rizgarkar wê bê
ewê pîroz ji mejvemeya kevnar
li ser îkonan hatiye neqişkirin
ew peykerê li ser zinêr
wê berdewamiya demê biparêze.

MANOLIS, 1947, Yonanistan
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

ОГАН

Огнот ќе ни се одмазди
откако ќе ја пеплоса земјата
ќе стане скротен тигар затворен во кафез
за да ја запали полураспаднатата колипка,
осамената свеќа,
за да испече леб во железната тава
поставена на два камења
првата повторно употребена надворешна печка
љубовна ткаенина натопена од пот
се суши на жицата за алишта

Огнот ќе ни се одмазди
откако ќе ја пеплоса земјата
за да стане спасител
стар митолошки светец
прикажан на иконите
неподвижна карпа што стои како статуа
зачувана во бескрајноста на времето.

Манолис, Грција (1947)
Manolis, Greece (1947)
Превод од англиски на македонски: Даниела Андоновска-Трајковска
Translation into Macedonian: Daniela Andonovska Trajkovska

***

AGIR

Agir wê tola xwe vedê
piştî şewitandina erdê
wê bibê pilingekî girtî, lîwankirî
wê bibê gomeke kavilbûyî, şewitandî,
erê, findeke tenyayî,
wê nan di tewkeke kanî de li ser
du kuçikan bê birajtin
li ser agirdanka yekê li derva
desmalkên terbûyî
bi xwîhdanê bêne ziyakirin

Agir wê tola xwe vedê
piştî şewitandina erdê
rizgarkar wê bê
ewê pîroz ji mejvemeya kevnar
li ser îkonan hatiye neqişkirin
ew peykerê li ser zinêr
wê berdewamiya demê biparêze.

MANOLIS, 1947, Yonanistan
Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

***

OGIEŃ

Ogień weźmie odwet,
kiedy wypali ziemię
zamieni się w poskromionego tygrysa w klatce,
by rozjaśnić na pół upadłą ruderę
świecą-sierotką,
wypiecze chleb w żelaznej formie
ustawionej na dwóch kamieniach
w tak prymitywnym piecu pod gołym niebem,
a tkanina miłości, przesiąkła potem
będzie schła na sznurze.

Ogień weźmie odwet,
kiedy wypali ziemię
by stać się wybawcą,
pradawnym legendarnym świętym
ukazanym na ikonach
stojącą bez ruchu skałą stromą jak posąg
zachowany w nieskończoności czasu.

MANOLIS, Grecja- Kanada (1947)
przekład na polski: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień
Translated to Polish: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***

O FOGO

O fogo vingar-se-á
depois de queimar a terra
transformar-se-á num tigre amansado, enjaulado
para iluminar o casebre semi-destruído,
uma vela solitária
para cozer pão na panela de ferro
colocada sobre duas pedras,
o primeiro forno exterior usado de novo
roupas do amor humedecidas pelo suor
secando nos fios do estendal

O fogo vingar-se-á
depois de queimar a terra
para se tornar o Salvador,
um santo, um mito antigo
representado em ícones,
uma rosa estática levantada, como uma estátua
preservada na infinitude do tempo.

MANOLIS, Grécia (1947)
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

FOC

Focul se va răzbuna
pârjolind pământul,
mai apoi, dresat, tigrul încarcerat
va aprinde șura gata să se surpe
candela stingheră
pâinea o va coace în tava de oțel
sprijinită pe doi bolovani
sub cer liber fi-va el întâiul cuptor reciclat
hainele îmbibate de sudori de amor
vor sta atârnate pe frânghie, la uscat.

Focul se va răzbuna
pârjolind pământul
transformat în antic sfânt mântuitor
personaj de mit
zugrăvit de icoane
stâncă neclintită, stană și statuie,
ferecat în veșnicia timpului.

MANOLIS, Grecia(1947)
Traducere: Germain Droogenbroodt și Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

ОГОНЬ

Огонь будет мстить
он сожжет землю и
станет прирученным пойманным в клетку тигром
подожжет заброшенную лачугу
одинокую свечу
поджарит хлеб на железном листе
на двух камнях
на вновь первобытной печи
одежды любви, пропитанные потом,
высушит на бельевой веревке.

Огонь будет мстить
он сожжет землю, но
ее и спасет
станет святым из мифов,
написанным на иконах,
безжизненный камень, памятник
в бесконечности времени.

Манолис, Греция (1947)
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

VATRA

Osvetiće se vatra
kad sagori zemlju.
Postaće pitomi tigar
u kavezu
koji osvetljuje polusrušenu kolibu.
Biće ona usamljena sveća.
Opet će se peći hleb
u gvozdenom tiganju
postavljenom preko dva kamena-
spoljašna peć.
Ljubavne tkanine ovlažene znojem
sušiće se na kanapima.

Osvetiće se vatra
posle spaljivanja zemlje
da bi postala spasitelj,
drevni mitološki svetac
opisan u ikonama,
nepokretan kamen, uspravljen kao kip
sačuvan u beskraju vremena.

MANOLIS, Greece (1947)
Sa engleskog prevela S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

FOCU

Lu focu si vinnica
doppu ca bruciau la terra
diventa na tigri manza nta na gaggia
pi lluminari na casuzza menza sdirrupata
na canniredda sulitaria
pi cociri lu pani nta na padedda di ferru
supra a du petri
lu primu furnu a l’apertu riusabbili
robbi d’amuri vagnati di suduri
ca s’asciucanu stinnuti supra a corda

Lu focu si vinnica
Doppu ca bruciau lu munnu
Pi divintari lu sarvaturi
un anticu santu miltologicu,
pittatu nta iconi
na petra statica addritta, comu na statua
prisirvata nta lu tempu senza fini.

MANOLIS, Greece (1947)
Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

நெருப்பு

நெருப்பு
பூமியை கொளுத்திவிட்டு தனது
பழிவாங்கும் படலத்தை
முடித்துக் கொள்ளும்
அது முரட்டுத்தன்மையற்ற,
கூண்டில் இடப்பட்ட புலியைப்போல
இரண்டு கற்களின் மேல் வைக்கப்பட்ட
அடுப்பில் ரொட்டித்துண்டை சுடுவதற்காக
ஒரு மெழுகுவர்தியை ஏற்றி
முதல் திரும்ப பயன்படுத்தும் சூட்டடுப்பு
வியர்வையினால் ஈரமான துணிகளை
காயவைக்க விரும்பி காயவைத்து!

நெருப்பு
பூமியை கொளுத்திவிட்டு தனது
பழிவாங்கும் படலத்தை
முடித்துக் கொள்ளும்
ஒரு மீட்பராக
பண்டைய புராணத் துறவி
புனித தெய்வச்சிலையாக
அசையாத குன்றின்மேல் வைக்கப்பட்டு
முடியாத காலத்திற்காக
பாதுகாக்கப்பட்டு!
ஆக்கம் Great.

MANOLIS, Greece (1947)
Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

Recueil: ITHACA 708
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
Romania: http://www.logossiagape.ro; http://la-gamba.net/ro; http://climate.literare.ro; http://www.curteadelaarges.ro.; https://cetatealuibucur.wordpress.com
Spain: https://www.point-editions.com; https://www.luzcultural.com
India: https://nvsr.wordpress.com; https://ourpoetryarchive.blogspot.com>
USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Le jardin extraordinaire (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

Le jardin extraordinaire

C´est un jardin extraordinaire
Il y a des canards qui parlent anglais
Je leur donne du pain ils remuent leur derrière
En m´disant  » Thank you very much Monsieur Trenet  »
On y voit aussi des statues
Qui se tiennent tranquilles tout le jour dit-on
Mais moi je sais que dès la nuit venue
Elles s´en vont danser sur le gazon
Papa, c´est un jardin extraordinaire
Il y a des oiseaux qui tiennent un buffet
Ils vendent du grain des petits morceaux de gruyère
Comme clients ils ont Monsieur le maire et le Sous-Préfet

Il fallait bien trouver, dans cette grande ville maussade
Où les touristes s´ennuient au fond de leurs autocars
Il fallait bien trouver un lieu pour la promenade
J´avoue que ce samedi-là je suis entré par hasard
Dans dans dans

Un jardin extraordinaire
Loin des noirs buildings et des passages cloutés
Y avait un bal qu´donnaient des primevères
Dans un coin d´verdure deux petites grenouilles chantaient

Une chanson pour saluer la lune
Dès que celle-ci parut toute rose d´émotion
Elles entonnèrent je crois la valse brune
Une vieille chouette me dit:  » Quelle distinction!  »
Maman dans ce jardin extraordinaire
Je vis soudain passer la plus belle des filles
Elle vint près de moi et là me dit sans manières
Vous me plaisez beaucoup j´aime les hommes dont les yeux brillent!

Il fallait bien trouver dans cette grande ville perverse
Une gentille amourette un petit flirt de vingt ans
Qui me fasse oublier que l´amour est un commerce
Dans les bars de la cité :
Oui mais oui mais pas dans…
Dans dans dans

Mon jardin extraordinaire
Un ange du Bizarre un agent nous dit
Etendez-vous sur la verte bruyère
Je vous jouerai du luth pendant que vous serez réunis
Cet agent était un grand poète
Mais nous préférions Artémise et moi
La douceur d´une couchette secrète
Qu´elle me fit découvrir au fond du bois
Pour ceux qui veulent savoir où ce jardin se trouve
Il est vous le voyez au cœur de ma chanson
J´y vol´ parfois quand un chagrin m´éprouve
Il suffit pour ça d´un peu d´imagination
Il suffit pour ça d´un peu d´imagination
Il suffit pour ça d´un peu d´imagination!

(Charles Trenet)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

JE CHANTE (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

Charles Trenet

JE CHANTE

Je chante !
Je chante soir et matin,
Je chante sur mon chemin
Je chante, je vais de ferme en château
Je chante pour du pain je chante pour de l’eau
Je couche
Sur l’herbe tendre des bois
Les mouches
Ne me piquent pas
Je suis heureux, j’ai tout et j’ai rien
Je chante sur mon chemin
Je suis heureux et libre enfin.

Les elfes
Divinités de la nuit,
Les elfes
Couchent dans mon lit.
La lune se faufile à pas de loup
Dans le bois, pour danser, pour danser avec nous.
Je sonne
Chez la comtesse à midi :
Personne,
Elle est partie,
Elle n’a laissé qu’un peu d’riz pour moi
Me dit un laquais chinois

Je chante
Mais la faim qui m’affaiblit
Tourmente
Mon appétit.
Je tombe soudain au creux d’un sentier,
Je défaille en chantant et je meurs à moitié
« Gendarmes,
Qui passez sur le chemin
Gendarmes,
Je tends la main.
Pitié, j’ai faim, je voudrais manger,
Je suis léger… léger… »

Au poste,
D’autres moustaches m’ont dit,
Au poste,
« Ah ! mon ami,
C’est vous le chanteur vagabond ?
On va vous enfermer… oui, votre compte est bon. »
Ficelle,
Tu m’as sauvé de la vie,
Ficelle,
Sois donc bénie
Car, grâce à toi j’ai rendu l’esprit,
Je me suis pendu cette nuit… et depuis…

Je chante !
Je chante soir et matin,
Je chante
Sur les chemins,
Je hante les fermes et les châteaux,
Un fantôme qui chante, on trouve ça rigolo
Je couche,
Parmi les fleurs des talus,
Les mouches
Ne me piquent plus
Je suis heureux, ça va, j’ai plus faim,
Heureux, et libre enfin !

(Charles Trenet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Les blés (Malcolm de Chazal)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2021



Les blés
Dans le four
Du soleil
Cuisaient
Leur propre pain

(Malcolm de Chazal)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :