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Poésie

Posts Tagged ‘palpable’

L’intérieur de la rose (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’intérieur de la rose

Où est, pour cet intérieur,
un palpable contour ? Sur quelle douleur
pose-t-on cette gaze ?
Quels ciels se reflètent
dans le lac intérieur
de ces roses écloses,
insouciantes, vois :
comment elles reposent
dans le délié des choses,
comme si la main qui tremble
ne pouvait les effeuiller.
Elles peuvent à peine
se tenir; beaucoup se laissèrent
combler et débordent
d’espace intérieur
dans les jours qui toujours
plus pleins se closent
jusqu’à ce que l’été devienne chambre,
une chambre dans un rêve.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Les espaces du sommeil (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Les espaces du sommeil

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneur
et celui de l’assassin et celui du sergent de ville
et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux
et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Un horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a vous, vous que j’attends.

Parfois d’étranges figures naissent
à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles
et le chant du coq d’il y a 2000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas,
que je connais au contraire.

Mais qui, présents dans mes rêves,
Obstinés à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable
dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m’appartiens de par ma volonté
de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien
que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.

Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile
où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.

Toi qui es à la base de mes rêves
et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles
et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens
mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi

Dans le jour aussi.
(Robert Desnos)

Illustration: Jean Libon

Découvert ici: http://www.ville-maurecourt.fr/evenement/printemps-des-poetes-2016-a-la-mda

Merci pour la belle soirée du 20/05/2016 : lecture et chants de textes de Robert Desnos par

L’atelier d’écriture Gaz à tous les étages et les jadilleurs 

 


 

 

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Mon malheureux ami (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Mon malheureux ami

Il n’y a pas de sons, pas de senteurs, pas de formes,
De saveurs et d’états, palpables, abornés.
Il n’y a que des illusions conformes
A la quinte des sens humains hallucinés.

Et l’on va s’incliner, les yeux criblés de larmes,
Sur l’atroce néant d’un être qu’on aimait.
Or, cet être néant qui cause nos alarmes
Ne peut pas n’être plus, puisqu’il ne fut jamais.

Naissance, vie et mort sont chimères d’optique,
Claires obscurités, silences phonétiques,
Glaciales chaleurs, raisons d’hurluberlus.

Le monde est impossible et l’homme seul insiste,
Parmi tous les vivants, à croire qu’il existe,
Qu’il existe, qu’un jour il n’existera plus.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Visages (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



 

Visages

Voyageurs de la nuit.
visages.

Visages des
nuits.

Si vaste. Existe-t-il
dans l’univers.

Avec la voix. avec le dessin de la
voix.

Une couleur palpable.

Parcelle de lumière.

Où nous soyons
unis.

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Alberto Donaire

 

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Je vais séparée des choses (Silvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Benoit Colsenet
    
je vais séparée
des choses

seule la mesure
du désir
m’attache
à la lumière
palpable

(Silvia Baron Supervielle)

 

Recueil: Sur le fleuve
Editions: Arfuyen

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DIRE : FAIRE (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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DIRE : FAIRE

1
Parmi ce que je vois et dis,
parmi ce que je dis et tais,
parmi ce que je tais et rêve,
parmi ce que je rêve et oublie,
la poésie.
Se glisse
parmi le oui et le non :
dit
ce que je tais,
tait
ce que je dis,
rêve
ce que j’oublie.
Ce n’est pas un dire :
c’est un faire.
C’est un faire
qui est un dire.
La poésie
se dit et s’entend :
est réelle.
Et à peine dis-je
est réelle
se dissipe.
Est-elle plus réelle ainsi ?

2
Idée palpable,
mot
impalpable :
la poésie
va et vient
parmi ce qui est
et ce qui n’est pas.
Tisse des reflets
et les défisse.
La poésie
semailles yeux sur la page,
semailles mots dans les yeux.
Les yeux parlent,
les mots regardent,
les regards pensent.
Entendre
les pensées,
voir
Ce que nous disons,
toucher
le corps de l’idée.
Les yeux
se ferment,
Les mots s’ouvrent.

(Octavio Paz)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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C’est gai, écrire (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



C’est gai, écrire.
On peut écrire gaiement qu’on va se suicider.
Ecrire ne peut tendre qu’à l’ellipse, au poème ; ou à l’illusion de l’efficacité.
Le langage c’est un océan de mots.

Pour ma part, ou je suis presque noyé dedans ou, quand la mer se retire, je regarde, je marche sur ce qui reste.
Des trous, des flaques. L’écriture fragmentaire, ce sont des flaques, ces restes marins, ces coquillages, ces témoins humides.
Mon attention les sèche. A l’opposé du discours continu, qui est la vie, entre du palpable et du rien.
Un petit Poucet, sauf que j’ai les cailloux devant moi.

Comment lire ces déchets ?
Il y a un temps, un moment, pour lire le journal, pour lire un roman ou un poème.
Mais des notes ?
Au-delà de la note, il y a, il n’y a que l’aphorisme solitaire invétéré.
Mots en froid.

(Georges Perros)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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C’est gai, écrire (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



C’est gai, écrire.
On peut écrire gaiement qu’on va se suicider.

Ecrire ne peut tendre qu’à l’ellipse, au poème ;
ou à l’illusion de l’efficacité.

Le langage c’est un océan de mots.
Pour ma part, ou je suis presque noyé dedans
ou, quand la mer se retire, je regarde, je marche sur ce qui reste.
Des trous, des flaques.

L’écriture fragmentaire, ce sont des flaques,
ces restes marins, ces coquillages, ces témoins humides.
Mon attention les sèche.
A l’opposé du discours continu, qui est la vie,
entre du palpable et du rien.

Un petit Poucet,
sauf que j’ai les cailloux devant moi.
Comment lire ces déchets ?

Il y a un temps, un moment, pour lire le journal,
pour lire un roman ou un poème.
Mais des notes ?

Au-delà de la note,
il y a, il n’y a que l’aphorisme solitaire invétéré.
Mots en froid.

(Georges Perros)

 

 

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M’attendre m’attendre toujours (Maurice Aubert)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2015



m’attendre m’attendre
toujours

marcher
marcher au-dehors de moi

marcher sous moi
alors que l’infini m’absorbe

(piège du sol
de la foule
piège des choses palpables
palpées)

les voix antérieures gisent
englouties de visible

visions éclatées
au bout des sens

(Maurice Aubert)

Illustration: Laurent Gorris

 

 

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