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Poésie

Posts Tagged ‘palper’

COMMENT (Amir Or)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2019




    
COMMENT

Comment puis-je te le dire? Tu es proche irrésistiblement,
Tu es tel un fruit qui éclate dans le cœur,
Tu es le nom que porte la bouche muette
Semblable à une mer dans la paume de la terre.
Je palpe, et envie ma main qui palpe;
Palper, j’aspire à palper.
L’angoisse face à ce moment immobile ne passe pas:
Tu es ici à l’intérieur, ici est ici à l’intérieur.
Ici brûle le feu de l’âme,
Mais ne consume pas le feu du cœur.

***

¿Cómo decirte? Estás insoportablemente cerca,
Eres fruta que estalla en el corazón,
Eres el nombre que lleva la boca muda
Como un mar en la palma de la tierra.
Toco y envidio mi mano que toca;
Y tocando, anhelo tocar.
No cesa el miedo en este instante inmóvil:
Estás aquí dentro, aquí es dentro de aquí.
Donde arde el fuego del alma,
Donde sin calcinarse arde el corazón.

***

爱的魔法
如 何

如何说呢?你靠得太近让人难以承受,
你是心中爆裂的果实,
你是喑哑的口中含着的名字
就像地球掌心里的海。
我触摸,并羡慕我触摸的手;
触摸着,我渴望去触摸。

这静止的时刻让人恐惧:
你被层层包裹在这里的最深处。
灵魂之火在这里燃烧,燃烧。
这颗心燃烧不尽。

***

HOW

How can I tell you? You are unbearable close,
You are fruit bursting in the heart,
You are the name the mute mouth bears
Like a sea in the palm of the earth.
I touch, and envy my touching hand;
Touching, I yearn to touch.
The fear at this motionless moment doesn’t pass by:
You are here inside, here is inside here.
Here burns the fire of the soul,
Not consuming the fire of the heart.

***

HOE

Hoe kan ik het je zeggen? Je bent ondraaglijk dichtbij,
Je bent als fruit dat openbarst in het hart,
Je bent de naam die de mond sprakeloos draagt
Zoals een zee in de palm van de aarde.
Ik raak je aan en ben jaloers op mijn aanrakende hand;
Aanraken, ik verlang om aan te raken.
De angst op dit roerloze moment gaat niet voorbij:
Je bent hier binnenin, hier is hier binnen.
Hier brandt het vuur van de ziel,
Maar verbrandt het vuur niet van het hart.

***

WIE

Wie soll ich es dir sagen? – Du bist unerträglich nah.
Du bist die aufplatzende Frucht im Herzen.
Du bist der Name, der vom stummen Mund getragen wird
Wie ein Meer in der Handfläche der Erde.
Ich berühre und beneide meine berührende Hand,
Berührend und sehne mich danach zu berühren.
Der Schreck dieses unbeweglichen Augenblicks vergeht nicht:
Du bist hier drinnen, hier ist hier drinnen.
Hier brennt das Feuer der Seele,
Aber es löscht das Feuer des Herzens nicht.

(Amir Or)

 

Recueil: ITHACA 583
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Amir Or – Fiona Sampson / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Allemand Wolfgang Klinck
Editions: POINTS

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De façon inespérée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
De façon inespérée
survient quelquefois une musique
qui palpe notre parole la plus cachée.

Il peut arriver alors
que cette musique la mette en lumière
ou reste avec elle
dans le candélabre le plus secret.

Dans tous les cas
notre solitude a rencontré
une présence indéfectible.

***

Inesperadamente
llega a veces una música
que palpa nuestra palabra más oculta.

Puede ocurrir entonces
que esa música la saque a la luz
o se quede con ella
en el tenebrario más secreto.

En cualquier caso,
nuestra soledad ha encontrado
la compañía que no abandona.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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TON IMAGE TE MONTRE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019


 


 

Zdzislaw Beksinski_075

TON IMAGE TE MONTRE

Où que tu t’en ailles, ton image te montre.
Nous paraissons, la honte paraît,
La déformation terrible apparaît au-dedans.
Tu n’es pas ce que tu es, ni ce que tu parais être
Aux yeux nus, a la lumière nue.

On fait semblant de nous dévêtir, on nous couvre de honte,
Une main implacable fait semblant de nous dénuder
Elle palpe la chair, elle touche la conscience,
Elle gratte la conscience qui souffre.

Les plaies s’ouvrent, nos os peuvent être comptés.

(Tant de côtes, tant d’articulations,
Tant de cordes dans la peau.)

Ainsi qu’on sépare la chair de l’os,
Ainsi sépare-t-on
L’âme du corps, la chair de l’esprit.

Le diable en prendra, l’Ange en prendra.

(Georges Themelis)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Le Chat (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Le Chat

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de ton corps brun.

(Charles Baudelaire)

Illustration: ArbreaPhotos

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Il faut parler avec clarté des pierres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Il faut parler avec clarté des pierres claires,
des pierres sombres,
de la roche ancestrale, du rayon bleu
resté prisonnier au coeur du saphir,
et du rocher statuaire en sa grandeur
irrégulière, du vol sous-marin,
de l’émeraude et de son brasier vert.

Parfait, mais le caillou
ou la marchandise qui scintille de feux,
oui, l’éclair vierge du rubis
ou la vague congelée de la côte,
le jais secret qui a choisi
de l’ombre l’éclat négatif,
répondez-moi, répondez au pauvre mortel:
de quelle mère sont-ils venus, du sperme
de quel volcan, de quel océan, de quel fleuve,
de quelle flore antérieure, de quel parfum,
interrompu par la clarté glaciale?
J’appartiens à ces hommes transitoires
qui fuyant l’amour dans l’amour
sont restés brûlés, partagés
en chair et en baisers, en propos noirs
mangés par l’ombre :
je ne suis pas fait pour tant de mystères :
j’ouvre les yeux et ne vois rien :
je palpe la terre et je poursuis mon voyage
tandis que le brasier ou la fleur, la fragrance ou l’eau
se muent en races de cristal,
oeuvres de la lumière se font éternité.

(Pablo Neruda)

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Le saule royal (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



Avant d’avoir palpé le tronc du saule royal
plutôt que des cent autres arbres alentour,
le jeune homme ne savait pas
que son cœur était pourri !

(Tshanyang Gyatsho)


Illustration

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HYMENES (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

Renata Ratajczyk_Celestial_Ecstasy___1-cr

HYMENES

Dense, inévitable, parfaite destinée de l’amour
Et de la mort : conquête au début et puis abandon
Montée au début, descente après
Chute du corps et tristesse de l’âme,
Lorsque la solitude s’ouvre et qu’elle avale
Des os humiliés, entassés,

L’amour vient et se joue de nous,
Comme un dieu ou un démon.
ll nous déshabille sans honte et sans peur,
Il nous laisse nus pour que nous ayons froid
A jeune pour que nous ayons faim,
Comme au jugement dernier.

Nous avons faim de sa faim, froid de sa nudité.

L’amour arrive et nous transforme.

Ombre dans l’ombre
Silence dans un autre silence.

Nos lèvres sentent le printemps
Une odeur de terre, nos poitrines la pomme mûre.

L’amour émerge des jardins des morts.

Nos membres tremblent comme nos entrailles
Ils ont une fièvre d’incendie.
Celle des vols effrayés, des animaux qui courent,
Et la palpitation d’une mer agitée
Des vagues de fond remodelées
Et la nage nocturne du poisson dans les abîmes.

Les cheveux resplendissent sur les oreillers,
Les mains brillent dans l’ivresse de l’amour,
Des doigts palpent aveuglement la chair.

L’amour s’élève jusqu’au niveau des âmes
De poitrine en poitrine, comme sur une échelle
Les âmes ne peuvent point parler,
Elles n’ont pas de langage, mais du silence,
Etonnement secret et tristesse,
Souvenir et terreur du vide.

Elles ne peuvent que refléter,
Mouvoir les doigts,
Entr’ouvrir les yeux et les lèvres.

Se contempler l’une l’autre,comme dans un miroir.

(Georges Themelis)

Illustration: Renata Ratajczyk

 

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Je me fête et me hais moi-même (Leopoldo María Panero)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Je me fête et me hais moi-même
je palpe le mur où il faudra graver mon absence
tandis que le poème s’écrit contre moi,
contre mon nom
contre une malédiction du temps.

Je crache ces vers dans le refuge de Dieu
où rien n’existe
sinon le poème contre moi.

***

Me celebro y me odio a mí mismo
palpo el muro en que habrà de grabarse mi ausencia
mientras el poema se escribe contra mí,
contra mi nombre
como una maldición del tiempo.

Escupo estos versos en la guarida de Dios
donde nada existe
sino el poema contra mí.

(Leopoldo María Panero)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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ÉNIGME II (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018




    
ÉNIGME II

L’oreille a beau capter
le moindre son
L’oeil se saisir
de chaque parcelle du jour
Les mains ont beau palper
les choses de la terre
La bouche goûter
aux saveurs et au fiel
Les narines respirer
l’air qui anime nos corps

L’univers s’esquive
Masquant ses réponses.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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Le seuil (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
Le seuil

J’ai palpé bien souvent quelqu’invisible porte,
Aprement tourmenté la clé entre mes doigts;
J’ai guetté des lueurs à travers les parois
Sans qu’un rayon jamais révélateur en sorte.

Vainement j’ai frôlé, parmi les vignes tortes,
L’impénétrable mur fait de nuit et d’effroi,
La fenêtre était close en l’or des feuilles mortes
Et l’étrange logis restait muet et froid.

Depuis j’ai déserté le seuil inaccessible;
Au mystère des bois noirs que le brouillard crible,
Je cherche le palais d’éclatante splendeur
Où des dieux inconnus se lassent de m’attendre,

Le parvis lumineux où je puisse suspendre,
Bouquet ensanglanté, l’offrande de mon coeur.

(Marie Dauguet)

 

 

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