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Poésie

Posts Tagged ‘palper’

Le Chat (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Le Chat

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de ton corps brun.

(Charles Baudelaire)

Illustration: ArbreaPhotos

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Il faut parler avec clarté des pierres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Il faut parler avec clarté des pierres claires,
des pierres sombres,
de la roche ancestrale, du rayon bleu
resté prisonnier au coeur du saphir,
et du rocher statuaire en sa grandeur
irrégulière, du vol sous-marin,
de l’émeraude et de son brasier vert.

Parfait, mais le caillou
ou la marchandise qui scintille de feux,
oui, l’éclair vierge du rubis
ou la vague congelée de la côte,
le jais secret qui a choisi
de l’ombre l’éclat négatif,
répondez-moi, répondez au pauvre mortel:
de quelle mère sont-ils venus, du sperme
de quel volcan, de quel océan, de quel fleuve,
de quelle flore antérieure, de quel parfum,
interrompu par la clarté glaciale?
J’appartiens à ces hommes transitoires
qui fuyant l’amour dans l’amour
sont restés brûlés, partagés
en chair et en baisers, en propos noirs
mangés par l’ombre :
je ne suis pas fait pour tant de mystères :
j’ouvre les yeux et ne vois rien :
je palpe la terre et je poursuis mon voyage
tandis que le brasier ou la fleur, la fragrance ou l’eau
se muent en races de cristal,
oeuvres de la lumière se font éternité.

(Pablo Neruda)

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Le saule royal (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



Avant d’avoir palpé le tronc du saule royal
plutôt que des cent autres arbres alentour,
le jeune homme ne savait pas
que son cœur était pourri !

(Tshanyang Gyatsho)


Illustration

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HYMENES (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

Renata Ratajczyk_Celestial_Ecstasy___1-cr

HYMENES

Dense, inévitable, parfaite destinée de l’amour
Et de la mort : conquête au début et puis abandon
Montée au début, descente après
Chute du corps et tristesse de l’âme,
Lorsque la solitude s’ouvre et qu’elle avale
Des os humiliés, entassés,

L’amour vient et se joue de nous,
Comme un dieu ou un démon.
ll nous déshabille sans honte et sans peur,
Il nous laisse nus pour que nous ayons froid
A jeune pour que nous ayons faim,
Comme au jugement dernier.

Nous avons faim de sa faim, froid de sa nudité.

L’amour arrive et nous transforme.

Ombre dans l’ombre
Silence dans un autre silence.

Nos lèvres sentent le printemps
Une odeur de terre, nos poitrines la pomme mûre.

L’amour émerge des jardins des morts.

Nos membres tremblent comme nos entrailles
Ils ont une fièvre d’incendie.
Celle des vols effrayés, des animaux qui courent,
Et la palpitation d’une mer agitée
Des vagues de fond remodelées
Et la nage nocturne du poisson dans les abîmes.

Les cheveux resplendissent sur les oreillers,
Les mains brillent dans l’ivresse de l’amour,
Des doigts palpent aveuglement la chair.

L’amour s’élève jusqu’au niveau des âmes
De poitrine en poitrine, comme sur une échelle
Les âmes ne peuvent point parler,
Elles n’ont pas de langage, mais du silence,
Etonnement secret et tristesse,
Souvenir et terreur du vide.

Elles ne peuvent que refléter,
Mouvoir les doigts,
Entr’ouvrir les yeux et les lèvres.

Se contempler l’une l’autre,comme dans un miroir.

(Georges Themelis)

Illustration: Renata Ratajczyk

 

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Je me fête et me hais moi-même (Leopoldo María Panero)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Je me fête et me hais moi-même
je palpe le mur où il faudra graver mon absence
tandis que le poème s’écrit contre moi,
contre mon nom
contre une malédiction du temps.

Je crache ces vers dans le refuge de Dieu
où rien n’existe
sinon le poème contre moi.

***

Me celebro y me odio a mí mismo
palpo el muro en que habrà de grabarse mi ausencia
mientras el poema se escribe contra mí,
contra mi nombre
como una maldición del tiempo.

Escupo estos versos en la guarida de Dios
donde nada existe
sino el poema contra mí.

(Leopoldo María Panero)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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ÉNIGME II (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018




    
ÉNIGME II

L’oreille a beau capter
le moindre son
L’oeil se saisir
de chaque parcelle du jour
Les mains ont beau palper
les choses de la terre
La bouche goûter
aux saveurs et au fiel
Les narines respirer
l’air qui anime nos corps

L’univers s’esquive
Masquant ses réponses.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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Le seuil (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
Le seuil

J’ai palpé bien souvent quelqu’invisible porte,
Aprement tourmenté la clé entre mes doigts;
J’ai guetté des lueurs à travers les parois
Sans qu’un rayon jamais révélateur en sorte.

Vainement j’ai frôlé, parmi les vignes tortes,
L’impénétrable mur fait de nuit et d’effroi,
La fenêtre était close en l’or des feuilles mortes
Et l’étrange logis restait muet et froid.

Depuis j’ai déserté le seuil inaccessible;
Au mystère des bois noirs que le brouillard crible,
Je cherche le palais d’éclatante splendeur
Où des dieux inconnus se lassent de m’attendre,

Le parvis lumineux où je puisse suspendre,
Bouquet ensanglanté, l’offrande de mon coeur.

(Marie Dauguet)

 

 

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La langue dit (Amir Or)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



 

Carl Warner bodyscapes-carl-warner-3

La langue dit :
avant la langue
se place une langue. La langue est trace
traquée de là-bas.
La langue dit : écoute à présent.
Tu prêtes l’oreille : c’était l’écho.

Prends le silence et tâche de le garder.
Prends les mots et tâche de parler ;
au-delà de la langue la langue est plaie
d’où coule et coule l’univers.
La langue dit : il y a. Il n’y a pas. Présence.

Absence. La langue dit : je.
La langue dit : viens on va t’articuler,
te palper, viens dire
que tu as dit.

***

LANGUAGE SAYS

Language says: before Language
there stands a language. Language is tainted traces
from over there.
Language says: Listen, now.
You listen: There has been
an echo.

Take silence and try to be silent.
Take words and try to speak.
Byond language, Language is a wound
from which the world flows and flows.
Language says: Is, Is not, Is,
Is not. Language says: I.
Language says: Let’s speak you,
let’s feel you, come say
you have said.

(Amir Or)

Illustration: Carl Warner

 

 

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Sur chaque objet docile qui l’ignore (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017




    
Sur chaque objet docile
qui l’ignore
pèse le poids indécidable
de la perte
Quels mots pour eux
une fois aveuglé le regard
qui doucement les palpe
Quelle amitié
pour couvrir de son aile
ces figures muettes

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Ouvre le livre de l’horizon, ô main de la poésie! (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



 

   
Ouvre le livre de l’horizon,
ô main de la poésie!

Dans l’air, dans le nulle part,
le poète a construit son foyer.
Il a pris pour amis l’obsession,
l’insomnie, le silence.

Réincarnez-vous
afin de savoir comment visiter les corps des plantes
dans leurs demeures.
Fraternisez à nouveau
dans les lits des branches et dans le sein de l’herbe,
afin de guérir les blessures entre vous
et le reste des créatures.
Et toi, chasseur,
je t’en prie, n’égorge pas cette tourterelle.
Peut-être est-elle la femme que tu as aimée
ou que ton ami le poète a aimée,
pour la première fois.

Il est dans l’amour-poésie
une autre lumière pour que nous transformions la raison
en un sixième sens pour palper l’inconnu,
pour que nous la changions de cage en oiseau,
pour que nous fassions couler son eau dans le coeur,
et en elle le vin du coeur.

Et voilà qu’ils sondent la matière,
transpercent le mur du son,
descendent sur la lune,
dialoguent avec les constellations.
Mais c’est toi seule, poésie,
résidant dans l’intériorité de la création,
qui connais le secret.

(Adonis)

 

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