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Poésie

Posts Tagged ‘panique’

La forêt a peur (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



 

La forêt a peur
Une forêt peureuse
panique à la vue du soir
Tout l’angoisse
les cris des chouettes
leur silence
Le regard froid de la Lune
et l’ombre de son sourcil sur le lac
Le bouleau claque des dents
en se cachant derrière le garde-champêtre
Le frêne s’emmitoufle dans son écorce
et retient sa respiration jusqu’au matin
Le pin essuie sa sueur
et appelle son père le pin parasol
La tête entre les jambes
le saule pleure à chaudes feuilles
et fait déborder le ruisseau
Le roseau qui ne le quitte pas des yeux
L’entend supplier le ver luisant
d’éclairer les ténèbres
Seul le chêne garde sa dignité
à genoux dans son tronc
il prie le dieu de la forêt
de hâter l’arrivée du jour ..

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

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LES MOUSTIQUES (Pierre Coran)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



LES MOUSTIQUES

Piquent, piquent
Les gens qui
Pique-niquent.

Ils attaquent
En oblique
Les hamacs
Elastiques.

Et bivouaquent
Sans panique
Dans les sacs
En plastique.

Les moustiques
Font la nique
Aux gens qui
Pique-niquent

Et qu’ils piquent
Et repiquent
En musique
C’est comique.

(Pierre Coran)

 

 

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Tu te penches à la fenêtre pour regarder passer les nuages (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Tu te penches à la fenêtre
pour regarder passer les nuages
la panique d’un troupeau de bisons
te réjouit
seul un sillon de silence
pourrait inventer un chemin nouveau
dans le bleu

comme un cheval de lumière qui saute
de poème en poème
tu trébuches entre le miroir et le lit
j’attends que tu tombes
pour prendre ton regard entre mes mains

(Luis Mizón)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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Dans la nuit (conte)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    

Dans la nuit, un homme s’éveille
pour découvrir qu’un serpent se trouve dans sa chambre.
La présence de ce reptile le fige sur place.

Mais pour le mental, il en va tout autrement:
frappé de panique, il s’agite, se démène, s’affole.

Le serpent va-t-il s’approcher et bondir?
Ne vient-il pas de bouger?…

Plus le temps passe,
plus le mental de cet homme s’échauffe.

La nuit lui paraît interminable.
Mais au petit matin,
il découvre qu’il s’agissait…

d’une corde.

(conte)

 

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NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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PITIÉ DE FLEUR (Léonce Depont)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



 

PITIÉ DE FLEUR

La fleur a voulu croître, en sa grâce divine,
Dans l’aride chaos de cette âpre ravine.
Pitoyable, elle épand son âme tendre au fond
D’un gouffre où le vertige en la terreur se fond.
Elle reste la joie et la parure uniques
Du lieu farouche où, pris de soudaines paniques,
Comme un funeste vol passent les aquilons ;
Car ni l’éblouissante aurore aux reflets blonds,
Ni les éclairs pourprés que le soir ressuscite,
N’osent descendre au cœur de l’effroyable site.
Et le pâtre qui loin du foyer s’exila,
Et que sa troupe agreste a conduit jusque-là,
Avec les durs béliers errant de roche en roche,
S’il aperçoit la fleur sauvage, s’en approche,
Et, tandis que l’écho vibre au bruit de ses pas,
La contemple, songeur, et ne la cueille pas.

(Léonce Depont)

Illustration

 

 

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Epouvantable clarté (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



Eparpille, cherchant le lieu d’asile,
L’ordre fermé, le centre où se dissout
la meute de poussière – tu tournoies.

Quel messager? Le feu, la nuit, la pierre,
l’arbre fige ou bien l’oiseau fuyant
son propre cri dans le déluge de lumière?

– alors insaisissable, qui lacère
le visage mêlé au froid de sa dérive.

Dans le grand jour panique se dispersent
l’arbre, le feu, la terre délitée…

Saison d’appel, homme sans ombre,
glorieuse, épouvantable clarté.

(Jean Joubert)

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ASSIÉGÉ (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Philippe Cognée
    

ASSIÉGÉ

Je construis un pilier titubant de mon sang
pour qu’il se tienne droit quand je descends la rue.
La chose est liquide, elle s’écoulera d’autant
plus rapidement si la colline est pentue.

Combien font des bonds périlleux ces fontaines
près desquelles je suis un voyageur téméraire !
Dans de maternelles ténèbres, Seigneur, je Te prie
garde ces sources qu’un doigt de soleil tarirait.

Est-ce l’écume subite qui fait du monde un globe,
une image jaillissant d’un ruisseau pourpré.
Mais que le cristal se brise, elle aurait alors
une qualité intemporelle, mais pas le rêve.

Il arrive que je sente l’île de moi-même
un mercure argenté qui glisse et court,
tournant en lui des miroirs qui se démènent
sous la pression d’un million de pouces.

Puis il faut cette nuit que je parte en quête d’un
inconnu hier que le voyant je reconnais,
dont le contact, expédient ou miracle,
me met la panique et coupe mon envolée.

Avant que le jour se lève je remonte la rue,
accompagné, jusqu’à un lieu berceur au-dessus.
Voilà que mes veines dans des cabanes pourpres
gardent les sauvages et sots passagers de l’amour.

Tout n’est pas perdu, disent-ils, tout n’est pas perdu,
mais avec le surprenant savoir des aveugles
leurs doigts flanchent de sentir un si fragile mur
supporter le siège de tout ce qui n’est pas moi !

***

THE SIEGE

I build a tottering pillar of my blood
to walk it upright on the tilting street.
The stuff is liquid, it would flow downhill
so very quickly if the hill were steep.

How perilously do these fountains leap
whose reckless voyager along am I!
In mothering darkness, Lord, I pray Thee keep
these springs a single touch of sun could dry.

It is the instant froth that globes the world,
an image gushing in a crimson stream.
But let the crystal break and there would be
the timeless quality but not the dream.

Sometimes I feel the island of my self
a silver mercury that slips and runs,
revolving frantic mirrors in itself
beneath the pressure of a million thumbs.

Then I must that night go in search of one
unknown before but recognized on sight
whose touch, expedient or miracle,
stays panic in me and arrests my flight.

Before day breaks I follow back the street,
companioned, to a rocking space above.
Now do my veins in crimson cabins keep
the wild and witless passengers of love.

All is not lost, they say, all is not lost,
but with the startling knowledge of the blind
their fingers flinch to feel such flimsy walls
against the siege of all that is not I!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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LE NOM (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2017



    

LE NOM

L’océan s’est enflé, en entendant un nom.
Les fauves ont fait silence. Du haut des monts,
une rumeur rouge et panique a dévalé
sur la ville, telle une araignée assommée,

apportant la poussière du temps écoulé
et des choses mourantes, en un si profond
désarroi, que tandis que tout il consumait,
allait croissant la force étrange de ce nom.

Quelle puissance si terrible est recueillie
dans ses syllabes cruelles et musicales,
pour ainsi ranimer tout ce qu’oublie l’esprit?

Et restent-elles à voltiger, à vibrer,
dans l’univers révulsé, entre les spirales
convulsées d’un amour qui ne peut plus aimer?

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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LE MIROIR (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2017



LE MIROIR

Dans le miroir où l’on voit l’avenir je me suis vue
Vers la grotte violette avançant lentement
Sous la robe bleue à l’ombre verte

Chant aigu — crotales et cithares
Voici le pays de la panique et de la distance.

***

O ESPELHO

No espelho onde se vi o futuro vi-me
Devagar avançando para a gruta roxa
Sob o vestido azul de verde sombra

Agudo canto — crótalos e cítaras
Eis o país de pánico e distância

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Daniel Jègoû

 

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