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Posts Tagged ‘panne’

Adolescence (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



 

Rockwell Kent  23 [1280x768]

Adolescence

Je me souviens du temps où j´étais un poète
Je filais dans le vent sur ma motocyclette
Ma guitare sur le dos
Et la tête pleine de mots
Je m´arrêtais parfois pour cueillir une fleur
Pour cueillir une fille sur le bord d´un chemin
Ou bien lorsqu´il y avait une panne à mon moteur
Et puis je repartais un peu plus loin
Soleil ou mauvais temps c´était toujours la fête
Je dormais dans les champs parmi les pâquerettes
Me lavais dans le ruisseau
En écoutant les oiseaux
Je volais quelques fruits et c´était un festin
Le vin rouge était rare mais l´ivresse était là
Je ne mourais jamais ni de soif ni de faim
Et je ne faisais rien de mes dix doigts

Et puis de temps en temps je chantais à tue-tête
Quand ça plaisait aux gens je leur faisais la quête
Ça ne rapportait pas lourd
Mais c´était bien assez pour
Pour aller boire un verre avec tous les copains
Les amis de toujours de tous les continents
Tous les gitans tous les nomades musiciens
Et tous ceux qui vivaient de l´air du temps

Je me rappelle ce temps où j´étais un poète
J´étais adolescent ni ange ni trop bête
Ce temps-là est révolu
Je ne le reverrai plus
Et s´il m´arrive de croiser sur mon chemin
Un de ceux qui ressemblent à celui que je fus
Je lui fais un salut un signe de la main
C´est mon adolescence que je salue

Je lui fais un salut un signe de la main
Ou bien je fais semblant de ne l´avoir pas vu

(Georges Moustaki)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Il n’y a pas d’explication pour l’ombre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
Il n’y a pas d’explication pour l’ombre.
Il n’y en a pas non plus pour la lumière.

Seules certaines choses intermédiaires s’expliquent :
les poisons déversés ou avalés,
l’entre-deux avec lequel nous lions les choses,
la panne soudaine d’un visage,
le pouls sec du passé,
l’asymétrie de se penser.

La vitesse ne donne pas un sens,
la lenteur non plus.

Chaque monde est une image,
bloqué par son idée.

***

No hay explicacion para la sombra.
Tampoco la hay para la luz.

Solo se explican algunas cosas intermedias,
los venenos, derramados o bebidos,
el entredós con que unimos las cosas,
el apagón repentino de un rostro,
el pulso seco del pasado,
la asimetria de pensarse.

La rapidez no da sentido,
la lentitud tampoco.

Todo mundo es una imagen,
bloqueado por su idea.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Les cailloux font ce qu’ils peuvent… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Les cailloux font ce qu’ils peuvent…

Si tu vois un escargot en panne, n’interviens pas.
Il s’en tirera tout seul.
Tu pourrais le vexer.
Ou bien – qui sait? –
le rendre malade.
Même conseil en ce qui concerne les étoiles.
Si tu vois une étoile qui n’est pas à sa place sur les étagères du ciel,
dis-toi qu’elle doit avoir ses raisons.
Il n’est pas recommandé non plus de pousser la rivière dans le dos
pour qu’elle aille plus vite : elle fait son possible.
Ah, j’oubliais : les cailloux font ce qu’ils peuvent,
eux aussi, en attendant d’aller dans la bétonneuse.
Evite donc de leur donner des coups de pieds, même en douce.

(Jean Rousselot)

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Il y a tant de tic-tac horloge partout (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration:  Zinovy Shersher

    
il y a tant de tic-tac
horloge partout disant aux gens
quelle tac-tic heure il est par
tic-tic exemple six tac heures
tac cinq tic

le printemps n’est pas réglé ni
ne tombe en panne et
ses doigts ne font de petits sauts
lentement sur des nombres

il ne
se remonte pas n’a de poids
ressorts ni rouages à l’intérieur
de sa sveltesse non chérie
rien de la sorte.

(Alors,quand le printemps viendra nous
nous embras nous serons nous embrasserons
sur la bouche car les tac horloges tic
ne tic-tac changent rien
à je t’embrassebrasse et tu
m’embrasses)

***

there are so many tictoc
clocks everywhere telling people
what toctic time it is for
tictic instance five toe minutes toe
past six tic

Spring is not regulated and does
not get out of order nor do
its hands a little jerking move
over numbers slowly

we do not
wind it up it has no weights
springs wheels inside of
its slender self no indeed dear
nothing of the kind.

(So,when kiss Spring comes
we’ll kiss each kiss other on kiss the kiss
lips because tic clocks toe don’t make
a toctic difference
to kisskiss you and to
kiss me)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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L’AVENTURE N’ATTEND PAS LE DESTIN (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



 

Illustration: Jacek Malczewski
    
L’AVENTURE N’ATTEND PAS LE DESTIN

Peut-être bien
Que tout au bout de cette vie il n’y a rien
Que c’est comme le dos du mur de l’hospice
Des détritus
Ou trois cents mètres de précipice
Dans la glaise du temps difficile à manier
L’Aine fait un tout petit peu de fumée
Il y a l’herbe l’os blanchi et le vieux casque
La cinquième roue d’une destinée restée en panne

Dressé sur le hors-bord qui fourrage la nuit
Il reste malgré tout l’espoir d’une aventure
Le goût sur et salé d’un matin de printemps
Quand dans le soubresaut félin de la voilure
S’insinue la caresse immédiate du vent

On est porté plus loin que son épaule même
Immergé comme un boeuf au beau milieu des eaux
On a soudain du caractère et l’on s’élève
Miraculeusement à son propre niveau.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! (Antoine de Saint-Exupéry)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2017



J’ai vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement,
jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans.

Quelque chose s’était cassé dans mon moteur.
Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers,
je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile.
C’était pour moi une question de vie ou de mort.
J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours.

Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée.
J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan.
Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé.

– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !

(Antoine de Saint-Exupéry)

 

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Le corps rapiécé (Adonis Brunet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2016



Le corps rapiécé
brûlure aquarelle
âme libertine
gestes improvisés
l’heure se perd
silence en perdition
on fait l’amour
l’ascenseur est en panne
à demain…

(Adonis Brunet)

 

 

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