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L’APOCALYPSE (Kôichi Kihara)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

L’APOCALYPSE
MOKUJI

(En 1945, en même temps que beaucoup
de gens une jeune fille a été tuée par la
bombe atomique larguée sur Hiroshima.
Une partie de son corps est restée sur la
Terre, reflet fidèle du visage de la victime.)

Je ne suis pas un visage humain
épinglé à un morceau de gaze à pansement
nul n’a besoin de me faire taire

l’uranium m’est resté entre les dents
le plutonium grouille au bout de mes narines
l’hélium brille dans les orbites de mes yeux invisibles
des pluies de poison ont inondé
le monde d’aujourd’hui
à peine un petit écueil

je ne suis qu’une cendre d’un bout d’homme
dormant sur un morceau de gaze à pansement
mes autres parties perdues m’appellent par-delà l’horizon

regarde les nuages d’uranium
qui transpercent la terre et la mer de ténèbres
écoute la pluie d’hélium
qui tombe sur les toits et les fenêtres de silence

enfant d’homme
ne péris pas de ta propre main

les êtres vivants d’aujourd’hui
sauterelles qui s’avancent dans les champs dévastés

(Kôichi Kihara)

 

 

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Une autre circonstance (Marc Dugardin)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Illustration
    
une autre circonstance

couché là et provisoire
comme un pansement

on sent
une haleine qui réchauffe

pas le temps
pour la moindre question

on est revenu
tout près de sa naissance

(Marc Dugardin)

 

Recueil: Quelqu’un a déjà creusé le puits
Traduction:
Editions: Rougerie

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CHAMBRE ARDENTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



Illustration: Annie Predal
    
CHAMBRE ARDENTE

Reste la chambre noire où l’âme se développe
Autour de mon front le pansement frais de tes mains
Derrière le mur cet homme qui parle de voyages
Qui n’a jamais sondé l’abîme de la rue
Et surveille la vie au bord de ses poignets

Voici la meule trop verte où rebondit l’angoisse
Le moyeu fragile de la poitrine
Les coulées de chaleur sous le tanin des doigts
La place toujours neuve pour le premier venu.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Diapasons Tordus (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Diapasons Tordus

Si ma tête était un bocal mes yeux déploieraient leurs nageoires.
Si l’amour n’était pas le pansement il serait la plaie ouverte à la belle étoile et nous pourrions dormir dessus.
Si j’étais double je serais l’amie de l’autre mais je suis une et méfiante à mon égard.
Si la réalité perdait son âme nous ferions des cauchemars moins troglodytes.
S’il n’y avait pas d’oasis cachés dans les sabliers on verrait le temps se promener à dos de chameau.
Si les mots contenaient le réel je tatouerais ton nom sur chaque personne que je rencontre.
Si je pouvais dire la vérité elle me raconterait des mensonges.
Si le hasard ne jouait pas les bouffons à la cour de la mort nous ne serions que fées d’hiver.
S’il n’y avait pas la menace d’un supplice sous la moindre goutte d’eau je craindrais moins de disparaître.
Si le rêve devenait absurde et sournois il s’appellerait la vie et nous aussi.
Si je savais de quoi j’espère être sauvée je cesserais toute résistance.
Si j’attendais l’avenir il viendrait certainement en armure brinquebalante me demander l’aumône.
Si l’oubli ne dirigeait pas l’esprit je serais un livre fermé sans voie aux chapitres.
Si j’étais dupe du malheur je chercherais le bonheur.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

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Quand elle est partie sous les nuages (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015


 


Konstantin Kacev (71)

Quand elle est partie sous les nuages

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Je faisais tout tomber par terre
Touches la main avec la main – bravo
Mais dix doigts c’est trop peu
Mes dix doigts n’existent plus

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Je m’appuyais contre le mur
Elles ne voulaient pas me porter
Elles étaient fragiles comme deux fleurs
Elles rêvaient, pauvres, la force disparue

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans la bouche j’étais avec la bouche
Elle était comme immobilisée par un pansement
Elle était comme engloutie dans le plâtre
Je me noyais dans l’air
Je pensais que j’étais fini, fini

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche
Comme un cadavre j’étais devant vous

Quand elle est partie sous les nuages

(Edward Stachura)

Illustration: Konstantin Kacev

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