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Poésie

Posts Tagged ‘panser’

LES SOINS JALOUX (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Marie Laurencin 

    

LES SOINS JALOUX

Il ne faut pas que tu te coiffes, de peur que le fer trop chaud ne brûle ta nuque ou tes cheveux.
Tu les laisseras sur tes épaules et répandus le long de tes bras.

Il ne faut pas que tu t’habilles, de peur qu’une ceinture ne rougisse les plis effilés de ta hanche.
Tu resteras nue comme une petite fille.

Même il ne faut pas que tu te lèves, de peur que tes pieds fragiles ne s’endolorissent en marchant.
Tu reposeras au lit, ô victime d’Érôs, et je panserai ta pauvre plaie.

Car je ne veux voir sur ton corps d’autres marques, Mnasidika,
que la tache d’un baiser trop long,
l’égratignure d’un ongle aigu, ou la barre pourprée de mon étreinte.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’est ton corps que j’honore (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration: Alex Alemany
    
— C’est ton corps que j’honore,
ton corps que je chante,
ton corps que j’écris,
ton corps que je regarde,
ton corps que je touche,
ton corps que je caresse,
ton corps que je lèche,
ton corps que je lave,
ton corps que je farde,
ton corps que j’habille,
ton corps que je soigne,
ton corps que je nourris,
ton corps que je panse,
ton corps queje parfume,

C’est ton corps que j’embrasse,
ton corps que je protège,
ton corps que je défends,
ton corps que je secours,
ton corps que je sauve,
ton corps queje fleuris,
ton corps que je supplie,
ton corps que je prie,
ton corps que j’admire,
ton corps que je pleure,
ton corps que je veille,
ton corps que j’embaume,
ton corps que j’enterre,
ton corps que j’éternise ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Je t’aime (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration: Oleg Zhivetin
    
Je t’aime
il n’y a rien pour mieux le dire
tout est infirme
le mot le baiser l’étreinte.

Que nous cherchions un seul cours
à nos deux sangs
que nous rêvions
que nous dormions
l’un dans l’autre
tout est infirme
il n’y a rien.

Pourtant je t’aime
je veux dire que je brûle
et seulement de toi
je veux dire qu’il faudrait
que la mort nous devienne ensemble.

Pourtant je t’aime
je veux dire que seule ta chair
fait un corps de mon corps
je veux dire que toi seule panse
la blessure de vivre.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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LA BEAUTÉ (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



lllustration: Andrzej Malinowski

    

LA BEAUTÉ

Suis-je belle, ô mortels,
Comme un rêve de pierre ? Non, ce n’est pas
Ce triste assentiment que j’attends de vous.
L’enfant pleure sur le chemin et je l’oublie,

Ne suis-je la beauté
Que parce que je flatte votre rêve?
Non, j’ai au fond de moi des yeux grand ouverts,
Je suis tapie, effrayée, je suis prête

À me jeter en avant, à griffer,
Ou à faire la morte si je sens
Que ma cause est perdue dans vos regards.

Demandez-moi d’être plus que le monde.
Souffrez que je ne sois que ce corps inerte,
Pansez-moi de vos voeux, de vos souvenirs.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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Parfois (Echrefoghlou Roumi)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
Parfois je tombe dans les mers, vague furieuse je déborde
Je tombe aux mains des ignorants qui m’achètent à bas prix

Parfois je monte vers les cieux et je vire avec le destin
Parfois je m’enfle avec la lune, parfois je tourne avec le soleil

Parfois je monte à l’Arafat, je dis «Me voici», je me découvre
Parfois je remplace la victime et, bélier, je me laisse immoler

Parfois je suis soufi au couvent, parfois pécheur à la taverne
Parfois dans la ronde je tourne, parfois je suis le saz dont on joue

Parfois prudent, parfois impétueux je me mêle à la foule
Parfois seigneur, parfois faucon royal je chasse et me fais chasser

Parfois océan, parfois lac, parfois Sultan, parfois esclave,
Parfois printemps, parfois rose de main en main je m’effeuille

Il n’y a ni relais ni arrêt, ni corps ni être humain
A part Dieu en somme il n’y a rien, alors où donc est-ce que je tourne ?

Ceux qui ont le mal d’amour, qu’ils viennent, je les panserai
Ils boiront le breuvage d’amour, ils auront nouvelle de l’ami

Ils ouvriront leur oeil caché et verront leur moi véritable
Je tournerai leur face vers l’ami, je leur rendrai le monde importun

J’éteindrai le feu de leur être, je romprai le talisman de leurs digues
J’enlèverai les barrières de leur moi, pour cet ami je les harnacherai

Ces coeurs devenus de pierre je les casserai avec la masse d’amour
Je ferai couler l’eau de la vie qui sera source dans leur coeur

J’ai vu l’ami et suis venu, mon tour accompli je suis venu
L’ami aux amis a dit de venir, je suis venu apporter la nouvelle.

(Echrefoghlou Roumi)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Sur vos prunelles au goût de vent (Claudine Bertrand)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2017


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La langue amoureuse panse
se déplace se dépense
et s’affaisse dans le réel
avant de se dénouer

Sur vos prunelles
au goût de vent
et de fruits
elle se referme

La chevelure grand jeu
s’étale à l’air grand soir

Des minutes les plus exaltées
la femme échappe aux limites

Une chair en extase
comble une main tendue

(Claudine Bertrand)

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Elle qui n’a pas les mots (Joël Vernet)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2016



Elle qui n’a pas les mots

Elle marchait dans le silence comme une reine sur les eaux.
Les sages sont ainsi : souvent, ils n’ont plus les mots,
plus aucun mot dans la bouche pour dire la démesure du monde.

La réponse est parfois sous la moindre touffe d’herbe.
Mis elle n’est pas plus dans la lumière que font les arbres
que dans le silence de Dieu, le vol des oiseaux.

Même les ciels d’exception ne nous délivrent pas les mots
en mesure de nous sauver, de panser notre âme blessée.

Vivre, c’est creuser en vain la terre d’attente
dont le lit serait l’espérance invisible.

Vivre, c’est voir,
c’est éprouver chaque instant de pulsation terrestre.

La fenêtre basse de la ferme sur laquelle elle posait le journal, ses lunettes,
par laquelle scrutait son beau visage recouvert de cheveux longs d’indienne.
Je l’apercevais souvent de profil dans un étroit miroir crocheté au mur.
La cour, la prairie et le ciel venaient s’asseoir sur la vitre.

[…]

Tout est silencieux dans le paysage.
Sauf mon cœur.

Notre cœur est une petite machine bruissante qui chante ou murmure.
Notre vie est accrochée à lui comme le lierre au muret.
Si une seule pierre se détache, tout l’ensemble s’effondre.

Notre cœur chantonne toujours un souvenir, un espoir une aventure.
Notre cœur est le cœur du poème qui s’en va, là-bas, dans la forêt
où elle dût si souvent courir, enfant,
après les bêtes rendues folles par le printemps qui ouvrait en grand les étables.

(Joël Vernet)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

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Sables (Paul Laborde)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2016



Sables

il n’osait pas marcher pieds nus et son visage le brûlait
il voulait se panser de mots mais
ils sont comme le sel sur
la plaie
aucun mot ne saurait calmer le visage qui brûle

(Paul Laborde)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

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Les bonnes souvenances (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Les bonnes souvenances

Irisant le ciel gris de nos mornes pensées,
Ravivant les soleils éteints des renouveaux,
Elles passent toujours au fond de nos cerveaux,
Un bon souris sur des lèvres jamais plissées.
Leur prunelle est l’aurore, et leur natte tressée
Est fulgurante ainsi que l’éclat des flambeaux.
Leur prunelle est la nuit, et, sur le cou massée,
Leur chevelure est bleue ainsi que les corbeaux.

Aux accords pénétrants d’anciennes ritournelles,
Elles bercent nos coeurs pleins d’ennui; ce sont elles
Qui pansent doucement nos blessures mortelles,
Elles qui, sur nos cils, viendront sécher nos pleurs.
Et le temps, émondeur de beautés et de fleurs,
Met sur leur front vieilli de plus fraîches couleurs.

(Jean Moréas)

Illustration: Malinowsky

 

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