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Poésie

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Je l’ai écrit sur une ardoise (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



 Illustration: Marc Chagall
    
Je l’ai écrit sur une ardoise,
Sur les papiers des éventails
Et sur les rives, et sur les berges,
Patins sur glace, anneau sur verre,

Sur des troncs d’arbres centenaires,
Afin que sache le monde entier,
Je l’ai signé en arc-en-ciel,
Oui, que je t’aime, je t’aime, je t’aime !

Comme j’ai voulu que tous fleurissent
Des siècles, en moi et sous mes doigts.
Puis j’ai barré, biffé, rayé,
Front dans les mains — des noms — combien ?

Gravé dans l’or de mon alliance,
Serré au coeur, brûlant le sein :
Ton nom, toi seul, à l’intérieur,
— Table de Moïse — tu demeures.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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LA LETTRE (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2019



Illustration: Andrzej Malinowski

    

LA LETTRE

Les lettres — on ne les attend pas
Ainsi. C’est ainsi qu’on attend —
Une lettre. Un lambeau de papier,
Un peu de colle autour.
Et dedans un seul mot. Le bonheur
Et c’est tout —

Le bonheur — on ne l’attend pas
Ainsi. C’est ainsi qu’on attend…
La fin : Ordre aux soldats !
Feu ! Rouge aux yeux.
Trois balles au coeur
Et c’est tout !

Le bonheur ? Non ! Trop vieille,
La beauté dans le vent — partie,
On attend le carré de la cour
Les bouches noires des fusils.

(Le carré d’une lettre
Encre noire et magie)
Pour la mort — jamais vieille
Personne n’est trop vieux !
Le carré d’une lettre…

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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A Marcelle – La cigale et le poète (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

George Frederic Watts -

A Marcelle – La cigale et le poète

Le poète ayant chanté,
Déchanté,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d’oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D’avoir fait – Oh : pas exprès ! –
Son honteux monstre de livre !…
–  » Mais : vous étiez donc bien ivre ?
– Ivre de vous !… Est-ce mal ?
– Écrivain public banal !
Qui pouvait si bien le dire…
Et, si bien ne pas l’écrire !
– J’y pensais, en revenant…
On n’est pas parfait, Marcelle…
– Oh ! c’est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant !  »

(Tristan Corbière)

Illustration: George Frederic Watts

 

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Un arbre dans le matin (Marc Baron)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



Un arbre dans le matin
Et trois nuages pour la beauté

L’herbe tremble, presque rien,
Je vais peindre sur du papier de soie

Le vent, quelle couleur ?
Et la pluie, si elle vient ?

La terre tourne lentement
On voit juste bouger les feuilles

Les secondes vont au rythme du coeur

Je suis au monde
J’ai le temps

(Marc Baron)

Illustration: Dominique Masson-Flandrin

 

 

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AUTOMNE (Marie-Claire d’Orbaix)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



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AUTOMNE

Nul soleil
au jardin,
sauf dans l’arbre
et sa fanfare de feuilles.

Nul mouvement
au jardin,
sauf les gestes légers du vent
dans l’accomplissement de la lumière.

Nulle parole
au jardin,
sauf un murmure de papier,
et, goutte à goutte,
l’aumône des feuilles
vers le sol pauvre

(Marie-Claire d’Orbaix)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Nuit d’automne (Issa)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2019



nuit d’automne
le papier troué d’une cloison
joue de la flûte

(Issa)

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Jusqu’à l’aube (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek -escapevelocity

Jusqu’à l’aube j’irai pour mordre chaque atome de mes minutes.
Chaque mot que je jette sur le papier, c’est un mot en moins dans mon crâne.
Nous et toi. Moi et nous.
On a beau tourner les boutons… Il y a moi, toi — toi, moi…
Si on mélangeait, mais bien au chaud — toi et moi — moi en toi.
Mais les mots s’insinueront dans ton crâne et tout ce qu’ils feront
c’est de lutter avec tes mots sédentaires ou de coucher avec.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Des étoiles vides (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



    

Des étoiles vides
L’horizon à portée de main

Une brume d’argent s’interpose

Sous mon drap léger
Comme un papier à cigarette
J’écoute

Les battements du coeur sec
D’une pendule

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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VENTE (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Germain Droogenbroodt
(Grand Merci Germain pour tout ce que tu me donnes à partager: :-))
    
VENTE

Au printemps
je vends
des violettes de jardins perdus
en été
des roses de papier
des asters de mots
en automne
en hiver
des fleurs de glace de la fenêtre
de ma mère morte.
Ainsi je vis
du jour
à la nuit.
La nuit
je chante les louanges
de la lune et des étoiles
jusqu’à ce qu’apparaisse le soleil
et qu’il me vende
au jour.

***

VERKAUFEN

Im Frühling
verkaufe ich
Veilchen aus verlorenen Gärten
im Sommer
Papierrosen
Astern aus Worten
im Herbst
im Winter
Eisblumen vom Fenster
meiner toten Mutter
So lebe ich
in den Tag hinein
in die Nacht
Nachts
rühme ich
Mond und Sterne
bis die Sonne erscheint
und mich verkauft
an den Tag

***

VENDA

Na Primavera,
vendo
violetas de jardins perdidos
no Verão
rosas de papel
sécias de palavras
no Outono
no Inverno
cristais de gelo da janela
da minha mãe morta
Assim vivo
todo o dia
até à noite
À noite
exalto
a lua e as estrelas
até que apareça o sol
e me venda
ao día

***

VENDERE

A primavera
vendo
violette di giardini perduti
in estate
rose di carta
astri di parole
in autunno
in inverno
fiori ghiacciati dalla finestra
della mia madre morta
così io vivo
dal giorno
alla notte.
Di notte
lodo
la luna e le stelle
finché non appare il sole
e vende me
al giorno.

***

VENDER

En primavera
vendo
violetas de jardines perdidos
en verano
rosas de papel
porciones de palabras
en otoño
en invierno
escarchadas flores en la ventana
de mi madre muerta
Así vivo
del día
hasta la noche
Por la noche
alabo
a la luna y las estrellas
hasta que el sol aparece
y me vende
el día

***

TO SELL

In spring,
I sell
violets from lost gardens.
In summer,
paper roses
asters of words.
In autumn in the winter,
frost flowers from the window
of my deceased mother.
So I live
from day
to night.
At night,
I praise
moon and stars
till the sun appears
and sells me
to the day.

***

VERKOPEN

In de lente
verkoop ik
viooltjes uit verloren tuinen
in de zomer
rozen van papier
asters uit woorden
in de herfst
‘s winters
ijsbloemen van het venster
van mijn dode moeder
Zo leef ik
van de dag
naar de nacht
’s Nachts
roem ik
maan en sterren
tot de zon verschijnt
en mij verkoopt
aan de dag

(Rose Ausländer)

 

Recueil: ITHACA 580
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand original / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt
Editions: POINT

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Je suis passé chez toi (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019



Illustration 
    
Je suis passé chez
toi. Personne. J’ai
embrassé ton absence,

puis griffonné, sur
un papier froissé,
que j’avais cueilli

une primevère, dans
un de tes jardinets,
j’ai noté aussi
qu’un chat blanc

et noir était venu
se blottir contre
mes jambes. Ces

mots, je les ai glissés
sous ta porte — sans
ajouter que je t’aimais.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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