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La belle vieille (François Maynard)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2022



Illustration: Christelle Fontenoy 
    

La belle vieille

Cloris, que dans mon temps j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des yeux qui m’ont brûlé.

Où s’enfuit ta prudence acquise et naturelle ?
Qu’est-ce que ton esprit a fait de sa vigueur ?
La folle vanité de paraître fidèle
Aux cendres d’un jaloux, m’expose à ta rigueur.

Eusses-tu fait le voeu d’un éternel veuvage
Pour l’honneur du mari que ton lit a perdu
Et trouvé des Césars dans ton haut parentage,
Ton amour est un bien qui m’est justement dû.

Qu’on a vu revenir de malheurs et de joies,
Qu’on a vu trébucher de peuples et de rois,
Qu’on a pleuré d’Hectors, qu’on a brûlé de Troies
Depuis que mon courage a fléchi sous tes lois !

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta conquête,
Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris,
Et j’ai fidèlement aimé ta belle tête
Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris.

C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu ;
Mais tant que tu brûlas du flambeau d’hyménée,
Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t’honore
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des confidents qui n’ont jamais parlé.

Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure
Je me plains aux rochers et demande conseil
A ces vieilles forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du soleil.

L’âme pleine d’amour et de mélancolie
Et couché sur des fleurs et sous des orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux mers d’Italie
Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

Ce fleuve impérieux à qui tout fit hommage
Et dont Neptune même endure le mépris,
A su qu’en mon esprit j’adorais ton image
Au lieu de chercher Rome en ses vastes débris.

Cloris, la passion que mon coeur t’a jurée
Ne trouve point d’exemple aux siècles les plus vieux.
Amour et la nature admirent la durée
Du feu de mes désirs et du feu de tes yeux.

La beauté qui te suit depuis ton premier âge
Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser,
Et le temps, orgueilleux d’avoir fait ton visage,
En conserve l’éclat et craint de l’effacer.

Regarde sans frayeur la fin de toutes choses,
Consulte le miroir avec des yeux contents.
On ne voit point tomber ni tes lys, ni tes roses,
Et l’hiver de ta vie est ton second printemps.

Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit ; ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans amour.

C’est dans peu de matins que je croîtrai le nombre
De ceux à qui la Parque a ravi la clarté !
Oh ! qu’on oira souvent les plaintes de mon ombre
Accuser tes mépris de m’avoir maltraité !

Que feras-tu, Cloris, pour honorer ma cendre ?
Pourras-tu sans regret ouïr parler de moi ?
Et le mort que tu plains te pourra-t-il défendre
De blâmer ta rigueur et de louer ma foi ?

Si je voyais la fin de l’âge qui te reste,
Ma raison tomberait sous l’excès de mon deuil ;
Je pleurerais sans cesse un malheur si funeste
Et ferais jour et nuit l’amour à ton cercueil !

(François Maynard)

 

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ON SE DIT ADIEU EN AUTOMNE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022



Illustration: Zhao Ji
    
ON SE DIT ADIEU EN AUTOMNE
Sur l’air de  » La Cloche tintant dans la pluie  »
—Liu Yong

Le cri des cigales paraît douloureux
hors d’un pavillon où l’on se dit adieu.
L’averse a cessé,
Je ne veux plus boire,
mon coeur est brisé.

Aux portes de la ville, nous nous attardons
bien que le bateau me hâte au départ,
nous nous regardons les larmes aux yeux,
la main dans la main,
les mots se figent sur nos lèvres,
entrecoupés de brefs sanglots.

Dans ma pensée se déroule le voyage
sur la vaste étendue des flots brumeux.
Là-bas le ciel du Sud est chargé de nuages.
Ceux qui s’aiment s’affligent de se séparer,
Surtout quand vient le froid de la fête automnale.

Où serai-je quand je serai dégrisé ?
Sur une rive de saules bordée,
Avec un lambeau de lune et la brise matinale.
Je t’aurai quittée pour toute une année.

Pour qui tous ces beaux paysages et ces belles journées ?
De quelque ardeur je puisse m’enflammer,
à qui désormais me confier ?

(Anonyme)

***

 

Recueil: Choix de Poèmes et de Tableaux des Song
Traduction:
Editions: China Intercontinental Press

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C’est un aimant qui vous attire (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2022




    
C’est un aimant qui vous attire
Et qui vous fait perdre le nord,
Un amant venu vous séduire
Qui fait mouche au premier abord,

Aussi brillant que feux de rampe,
Impétueux comme un ressort,
L’espiègle génie de la lampe
Paru pour vous jeter un sort.

C’est alors un feu de broussaille
Que le mistral vient attiser,
Un incendie qui vous assaille
Que vous ne pouvez maîtriser.

C’en est fait ! C’est le coup de foudre !
Ici ! Maintenant ! Pas demain !
Vous devez tous deux vous résoudre…
Le désir exulte soudain.

Vous vous embrasez corps et âme,
Dualité faite unité,
Simplement un homme, une femme
Qui goûtez à l’éternité…

(Béatrice Bastiani-Helbig)

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Il paraît… (David Dumortier)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Il paraît…

Il paraît que les poètes
Sont des paresseux
Et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas.
Parfois c’est bien pire !
Quand la neige tombe sur la terre
Quand le soleil chante le soir
Quand un oiseau se couche sous son aile
Les poètes n’ont rien à faire
Et rien à dire
Le poème s’écrit tout seul.

(David Dumortier)

Recueil: Pff! ça sert à quoi la poésie ?!
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Mère oubliée (Tricia Benoit)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022



Illustration: Giovanni Giacometti
    
Mère oubliée

Il paraît que mes enfants sont grands
Moi je dirai qu’ils sont indifférents
Il paraît qu’on ne doit pas se voir souvent
Et c’est là mon principal tourment.
Chacun suit son chemin
Moi je suis au bout du mien
Chacun va vers son destin
Et notre famille, qu’est-ce qu’elle devient ?
Moi je ne suis plus que chagrin.
Il paraît que ce n’est pas normal
D’avoir au coeur aussi mal
Mais il n’y a pas de médicament
Pour cesser d’être maman.
Il paraît que mes petits enfants
N’ont pas besoin de grande maman.
On ne les berce plus, il y a la télé
On ne leur lit plus, il y a les dessins animés
D’ailleurs lire des livres en papier
Il paraît que c’est démodé.

(Tricia Benoit)

 

Recueil: L’égotiste romantique
Traduction:
Editions: du Lys Bleu

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La Porte (Simone Weil)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2022



    

La Porte

Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers,
Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.
La longue route brûle ennemie aux étrangers.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.

Nous voulons voir des fleurs.
Ici la soif est sur nous.
Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.

Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
Il faut languir, attendre et regarder vainement.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;

Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance.
Nous n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir…

La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence
Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière
Fut soudain présent de part en part, combla le coeur,
Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu

(Simone Weil)

Recueil: Les poètes de Dieu (Pierre Haïat)
Editions: Philippe Lebaud

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Le Pays (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Le Pays

C’est un petit pays qui se cache parmi
ses bois et ses collines;
il est paisible, il va sa vie
sans se presser sous ses noyers;
il a de beaux vergers et de beaux champs de blé
des champs de trèfle et de luzerne,
roses et jaunes dans les prés,
par grands carrés mal arrangés;
il monte vers les bois, il s’abandonne aux pentes
vers les vallons étroits où coulent des ruisseaux
et, la nuit, leurs musiques d’eau
sont là comme un autre silence.

Son ciel est dans les yeux de ses femmes,
la voix des fontaines dans leur voix;
on garde de sa terre aux gros souliers qu’on a
pour s’en aller dans la campagne;
on s’égare aux sentiers qui ne vont nulle part
et d’où le lac paraît, la montagne, les neiges
et le miroitement des vagues;
et, quand on s’en revient, le village est blotti,
autour de son église,
parmi l’espace d’ombre où hésite et retombe
la cloche inquiète du couvre-feu.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Si tu le veux bien (Léon Randin)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2021




    
Si tu le veux bien

Si tu le veux bien, enfant aux yeux bleus,
Au front doux et pur, au sourire heureux,
Nous irons aux champs dans les grandes herbes,
Si tu le veux bien, enfant aux yeux bleus,
De mille bluets composer nos gerbes.

L’aurore paraît, la nuit fuit le jour,
Pour toi l’oiseau dit ses chansons d’amour,
Et la fleur s’éveille, ô ma douce amie.
L’aurore parait, la nuit fuit le jour,
Et toi seule encor restes endormie.

Je connais au bois de vrais coins charmants,
Tout frais… et cachés, faits pour les amants,
Comme le bon Dieu rarement parsème.
Je connais au bois de vrais coins charmants
Où l’on est heureux, où toujours l’on s’aime.

Et là nous irons la main dans la main,
Sans s’inquièter ni du lendemain,
Ni du monde vain qui jamais ne rêve.
Viens, là, nons irons la main dans la main,
Enivrés et seuls, et rêvant sans trêve.

Viens, car le soleil monte dans le ciel
Plus étincelant et plus solennel,
Jetant sur les prés ses rayons de flammes.
Viens, car le soleil monte dans le ciel :
C’est l’heure d’aller où chantent les âmes.

De rêve et d’amour ce n’est point assez,
Dirons-nous tous deux mollement bercés
Par le chaud zéphir ou la folle brise.
De rêve et d’amour ce n’est point assez
Dira notre coeur qui, je crois, se grise.

Notre oeil se noiera dans l’azur serein,
Recherchant avide un regard divin
Et les habits blancs d’adorables anges.
Notre oeil se noiera dans l’azur serein,
Et nous chanterons de pures louanges.

Si tu le veux bien, enfant aux yeux bleus,
Au front doux et pur, au sourire heureux,
Nous irons aux champs dans les grandes herbes,
Si tu le veux bien enfant aux yeux bleus,
De mille bluets composer nos gerbes.

(Léon Randin)

 

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LA FLÛTE SUR LES REMPARTS (Li Yi)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2021




    
LA FLÛTE SUR LES REMPARTS

Le sable blanc,
au pied de la montagne,
ressemble à de la neige.
La clarté de la lune,
sur les remparts de la ville livrée par l’ennemi,
paraît comme du givre.
Quelqu’un, quelque part,
jouant de la flûte,
a rendu les soldats nostalgiques,
toute la nuit.

(Li Yi)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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Le 17 avril est la journée mondiale de l’haïku (Buson),(Kyoroku),(Issa),(Bashô),(Moritake)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2021




    
Le 17 avril est la journée mondiale de l’haïku

Poem of the Week Ithaca 679 “International Haiku Poetry Day”

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

From: “De mooiste Japanse haiku”, I & II
POINT Editions

Une corolle
qui retourne à sa tige
papillon pourpré
Moritake

Senteur de prunier
soudain paraît le soleil
traçant le sentier
Bashô

Coups de hache secs
au milieu des broussailles
frappement d’un pic
Issa

Charmer le Fuji seul
ne peuvent y réussir
les herbes vertes
Buson

Dans les champs de riz
elles flottent flétries
les fleurs du cerisier
Kyoroku

Adaptations Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

Een bloesemblad
dat terugkeert naar zijn twijg
een purpervlinder
Moritake

Geur van pruimenbloei
plotseling verschijnt de zon
een bergpad trekkend
Bashô

Droge bijlslagen
te midden het kreupelbos
geklop van een specht
Issa

Alleen de Fuji
in te palmen lukt hen niet
de groene grassen
Buson

In de rijstvelden
drijven ze nu reeds verwelkt
de kersenbloesems
Kyoroku

Herdichting Germain Droogenbroodt

***

La flor caída
regresando a su rama
una mariposa
Moritake

Olor de la flor
de repente el sol
traza una senda
Bashô

Golpes de hacha
dentro de la maleza
pájaro carpintero
Issa

Sólo al Fuji
no alcanzan a copar
las hierbas verdes
Buson

Flotan marchitas
en los campos de arroz
flores del cerezo
Kyoroku

Adaptación: Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

The leaf of a rose
returning to its long stem,
purple butterfly.
Moritake

Smell of plum blossom—
suddenly the sun appears
brighting a pathway.
Bashô

Dry axes chopping
amid the distant thicket—
woodpeckers knocking.
Issa

Only the Fuji
do not succeed to capture
the tall green grasses
Buson

In the fall rice fields
already withered, floating,
the cherry blossoms
Kyoroku

English versions by Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan

***

Un petalo
ritorna al suo ramo –
farfalla violetta
Moritake

Profumo di fiori di prugno
all’improvviso il sole
traccia un sentiero di montagna
Bashô

Secca batte l’ascia
in mezzo alla ceppaia
colpi d’un picchio
Issa

Solo il Fuji
non riescono a cogliere
la verde erba
Buson

Nei campi dei riso
galleggiano già vizzi
fiori di ciliegio
Kyoroku

A cura di Germain Droogenbroodt e Luca Benassi

***

Ein Blütenblatt
das zu seinem Zweig zurückkehrt
ein Purpurschmetterling
Moritake

Duft von Pflaumenblüten
plötzlich erscheint die Sonne
einen Bergpfad zeichnen
Bashô

Trockene Axthiebe
inmitten des Unterholzes
Klopfen eines Spechts
Issa

Nur den Fuji
einzunehmen gelingt ihnen nicht
den grünen Gräsern
Buson

In den Reisfeldern
sind sie bereits verwelkt
die Kirschblüten
Kyoroku

Nachdichtung von Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

Perfume de ameixas
de repente surge o sol
desenha o caminho
Bashô

Golpes de machado
no meio de ervas daninhas
vê-se um pica-pau
(era um assovio)
Issa

Somente no Fuji
não se consegue alcançar
as verdes verduras
Buson

Nos campos de arroz
pairam flores fenecidas
dessas cerejeiras
Kyoroku

Uma folha em flor
que se envolve no seu ramo
mariposa purpura
Moritake

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia.

***

Prufumu di ciuri di prugna
Lu suli appari nta na botta
Disignannu nu sinteru ntâ muntagna
Basho

Corpa d’accetta sicchi
Ntô menzu dû boscu
Li botti di lu picchiu.
Issa

Sulu lu Fuji
Non ponnu catturari
Li erbi virdi.
Kyoruku

Li ciuri dî girasi
Bbulanu già sicchi
Nta li riseri.
Buson

Na pampina ciuruta
Ritorna ô so ramu
Un pappagghiuni viola
Moritake

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

Petala florii
se-ntoarce către ramuri
un flutur bălțat
Moritake

Parfum de flori de prun
brusc soarele răsare
trasând cărarea
Bashô

Toporul cade sec
spintecă buturuga
lovind cu ciocul
Issa

Pe Fuji poate
să-l surprindă în asalt
doar iarba verde
Buson

Lanul de orez
deja pălește veșted
cireș în floare
Kyoroku

Traducere și versificație: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

Zapach kwitnącej śliwy
nagle wstaje słońce
ukazując górską ścieżkę
Bashô

Suche uderzenia siekiery
pośrodku zagajnika
pukanie dzięcioła
Issa

Tylko na górze Fudżi
nie udaje się zapanować
zielonym trawom
Buson

Na ryżowe pola
wzlatują zwiędłe już
kwiaty wiśni
Kyoroku

Płatek kwiatu
wracający na swą gałązkę —
purpurowy motyl
Moritake

Przekład pośredni na polski: Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka

***

梅花的气味
突然太阳出现了
在画一山路
巴索

***
干燥的斧头
在灌木丛中猛击
啄木鸟的敲门声
伊萨

***
只有这些紫藤
它们没法成功地捕获
这些茵茵绿草
布森

***
在这些稻田里
它们已经枯萎飘落
这些樱花瓣
九宫

***
片花叶
在返回它的细枝——
只紫蝴蝶
森岳

提 供:比利时 杰曼·卓根布鲁特
汉 译:中 国 周道模 2021-4-13
Translation into Chinese by William Zhou

***

أفريل اليوم العالمي لشعر الهايكو.

تعبق رائحة الخوخ
وتبزغ الشمس على حين غرة
فتشق طريقها عبر الجبال
باشو
يضرب الفأس الجاف
وسط قطعة الخشب
مثل وقع نقار الخشب
عيسى
وحدها شجرة الفوجي
لا تظفر بالإمساك
بالأعشاب الخضراء
بوسون
في حقول الأرز
التي تطفو وهي ذاوية
هناك يزدهر الكرز
كيوروكو
ورقة مزدهرة
تؤوب إلى غصنها
كأنها فراشة أرجوانية
موريتاكي
تقديم:
ترجمته عن الإنجليزية: سارة سليم
Translation into Arab by Sara Slim

***

बेर का फूल
अचानक सूरज दिखाई देता है
एक पहाड़ी रास्ता खींचता है
बाशो

***
सूखी कुल्हाड़ी
नकल के बीच में
एक कठफोड़वा की दस्तक
इसा

***
केवल फुजी पहाड़
वे पकड़ने में सफल नहीं होते हैं
हरी घास
बुसान

***
चावल के खेतों में
वे पहले से ही तैर रहे हैं
मुरझाया हुआ
चेरी खिल जाती है
क्यरोकू

***
एक फूली हुई पत्ती
अपनी टहनी पर लौटते हुए –
एक बैंगनी तितली
मोरिटेक

Translation in Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

花の恵
自由短し
桜散る

まだ乙女の白
巴旦杏の花
春告げる

灰色が
突如あけぼの
ツグミの音

蛍火の
煌めく歓喜
我にありし

ジャーマン・ドローゲンブロート
(訳:上村多恵子+角倉マリ子)
Translation into Japanese by Taeko Uemura & Mariko Kakukura

***

عطر شکوفه‌های آلو
ناگهان خورشید پدیدار می‌شود
در حال کشیدن جاده‌های کوهستانی
باشو
***
چون تبر خشک ضربه میزند
در میان بیشه‌زار
دارکوب
عیسی
***
تنها در فوجی
آنها به موفق به دربند کردن
سبزه‌زارها نمی‌شوند
بوسون
***
در مزارع برنج
شکوفه‌های گیلاس
شناور بر روی آب خشکیده‌اند
کیوروکو
***
برگى از شكوفه
به شاخه‌اش بازمی‌گردد
با پروانه‌ایی بنفش
موریتاکه
ترجمه: سپیده زمانی

Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

Аромат на сливов цвят
внезапно слънцето се появява
рисувайки планинска пътека

Башо
***
Суха брадва свири
в средата на горичката
удар на кълвач

Иса
***

Само на Фуджи
няма да успеят да докоснат
зелените треви

Бусон
***
В оризовите полета
вече плуват изсъхнали
черешовите цветове

Киороку
***
Зелената клонка
отново разцъфтява –
пурпурна пеперуда

Моритаке

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

Blómkrónublaðið
komið aftur á stilkinn –
djúprautt fiðrildi
Moritake

Ilma plómublóm
skyndilega birtist sól
teiknar fjallastíg
Bashô

Heyrast axarhögg
í miðjum kjarrskóginum
spætan að banka
Issa

Bara Fujifjall
alrei ná þeir á sitt vald
grænu grösunum
Buson

Hrisgrjónaakrarnir
í þeim fljóta strax sölnuð
kirsuberjablóm
Kyoroku

Þór Stefánsson þýddi samkvæmt enskri þýðingu Germains Droogenbroodt
Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

Пахнет сливами
вдруг встает солнце
тянет за собой горную дорогу
Мацу Басё

Сухие удары топора
посреди густой чащи
стук дятла
Кобаяси Исса

Только Фудзияму
они не смогли укрыть
зеленые травы
Ёса Бусон

Среди рисовых полей
увядая, они летят
лепестки сакуры
Кюроку

Лепесток
что вернулся на ветку –
алая бабочка
Аракида Моритакэ

Стихотворное изложение Гермайна Дрогенбродта
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

Amoy bulaklak ng mansanitas
biglang sumikat ang araw
gumuhit ng isang daanan sa bundok
Bashô
***

Tuyong hampas ng palakol
sa gitna ng kakahuyan
kumakatok na karpenterong maliit
Issa

***

Tanging ang Fuji,
hindi sila nagtagumpay mahuli
ang berdeng mga damo
Buson

***

Sa palayan
nakalutang na sila
ang bulaklak ng seresa
Kyoroku

***

Bumukadkad na dahon
nagbalik sa kanyang tangkay
kulay lila na paru-paro
Moritake

Rendering Germain Droogenbroodt
Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***
שיר השבוע 679 – שירי הייקו
ה-17 באפריל הוא יום שירת ההייקו הבינלאומי
הנה כמה הייקואים, שבחר המשורר והמתרגם ג’רמיין
דרוגנברודט, יוזם ומוביל הפרוייקט.
רֵ יח ַ פְּ רִ יח תַשָׁ זִ יףַ
פֶּ ת ע מוֹ פִ יעָׁ הַה שֶּ מֶּ שַ
רוֹ שֶּ מֶּ תַ שְּ בִ ילַהָׁ רִ יםַ
באשו
***
מ ּכוֹ תַַג רְּ זֶּןַַיְּ בֵ שוֹ תַ
בְּ מ עֲבֵַהַה סְּ ב ךַ
נְּ קִ ישָׁ הַ שֶּ לַנ קָׁ רַ
איסא
***
ר קַַאֶּ תַַה פּוגִ ‘יַ
אֵ יןַַהֵ םַַמ צְּ לִ יחִ יםַַלִ לְּ ּכֹ דַ
הָׁ עֲשָׁ בִ יםַַה יְּ רֻ קִ יםַ
בוסון
***
בִ שְּ דוֹ תַַהָׁ אֹ רֶּ זַ
ּכְּ בָׁ רַַצָׁ פוֹ תַַקְּ מֵ לוֹ תַ
פְּ רִ יחוֹ תַַה דֻ בְּ דְּ בָׁ ןַ
קיורוקו
***
עָׁ לֶּהַַפוֹ רֵ ח ַ
חוֹ זֵרַַאֶּ לַַהֶּ עָׁ נָׁףַַ-ַַ
פ רְּ פַָׁרַַסָׁ גֹ לַ
מוריטקה

Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***
ப்ளம் கனியின் நறுமணம் வந்துவிட்டது
திடீரென கதிரவன் எழுந்துவிட்டான்
மலைப்பாதையை வரைந்தும்கொண்டே!
Basho

வரண்ட கொடாரி வருகிறது
சிறு காட்டின் நடுவே
மரங்கொத்திப் பறவையின் கைச்சொடுக்கோடு!
Issa

ஃப்யூஜி மாத்திரமே
பிடிப்பதைல் வெற்றி பெறுவதில்லை
பசும் புற்களை!
Buson

அரிசி வயலில்
ஏற்கெனவே உதிரும் நிலை
செர்ரி பழுக்கிறது.
Kyoroku

மலர்ந்த இலை
தனது கிளைக்குத் திரும்புகிறது
ஊதா வண்ணத்துப் பூச்சியாக!
Moritake

Rendering Germain Droogenbroodt
Translation in Tamil by Dr. N V Subbaraman

***

Bîhna kulîken huliyan
ji nişkava roj hiltê
şverêyek dineqşîne
Başô

Lêdana bivir li êzingê hişk
di nîvê binî de
lêdana darkutekê
Issa

Her Fuji
weha bê gotin nikanî
giyayên hişîn bidestxistana
Buson

Li kewşenên birincê
ew êdî çelmisîne
kulîkên dargêlasan
Kyoroku

Peleke hişîn
ku li pîkê xwe vedigere
pêpilwîskeke rengîn
Moritake

Wergera serbest ji aliyê Germain Groogenbroodt ve
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

বরই ফুলের গন্ধ
হঠাৎ উঁকি দেয় সূর্য
এঁকে দেয় পর্বত পথ
Bashô

***
শুকনো কুড়াল দেয় আঘাত
মধ্যখানে ঝোঁপের
কাঠঠোকরা দেয় টোকা
Issa

***
শুধুমাত্র ফুজি
হয়না সফল ধরতে
সবুজ ঘাস গুলিকে
Buson

***
ধানের ক্ষেতে
যায় শুকিয়ে
চেরি ফুলের পুষ্প বিকাশ
Moritake

উপস্থাপনা -জার্মেইন ড্রোজেনব্রুড্ট
Bangla Translation- Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

Boladh bhláth crann plumaí
léiríonn ga gréine cosán
ar bhóthar sléibhe
Bashô

Clabhta toll tua
i lár na roschoille
cnag an cnagaire
Issa

Maidir le Fujiyama
is ann amháin nár éirigh leo
glaise an fhéir a léiriú
Buson

Sna goirt ríse
feictear ar snámh bláthanna feoite
na gcrann silíní
Kyoroku

Peiteal bhláth crann plumaí
ag athfhás ar an gcraobhóg –
féileacán corcra
Moritake

Aistriúchán Rua Breathnach

***

Serbian
Miris šljivinog cveta
Odjednom se pojavi sunce
i slika šumsku putanju
Bashô

Tupi udarci sekire
usred stabla
kucanje detlića
Issa

Samo Fuji
ne uspeva da zarobi
zelene trave
Buson

U pirinčanim poljima
već plivaju uvele
latice trešnjinog cveća
Kyoroku

Cvetna latica
se vraća svojoj grani-
ljubičasti leptir
Moritake

Slobodan prevod Germain Droogenbroodt
Sa engleskog prevelar S. Piksiades
Translation into Serbian by S. Piksiades

***

Мирис на сливов цвет
одеднаш сонцето се јавува
црта планинска патeка
Башо

***
Сува секира свири
среде изданокот
удар на клукајдрвец
Иса

***
Само на Фуџи
нема да ги најдат
зелените тревки
Бусон

***
Во оризовите полиња
веќе пловат исушени
црешовите цветови
Киороку

***
Едно цветно ливче
се враќа на својата гранка –
виолетова пеперутка
Моритаке

Избор: Гермаин Другенбрут
Превод од англиски на македонски јазик: Даниела Андоновска-Трајковска
Translation from English into Macedonian: Daniela Andonovska-Trajkovska

***

Վարդի տերևը
իր երկար ցողունին է վերադարձնում
մանուշակագույն թիթեռին:
Մորիթակե

***

Սալորի ծաղկի բույրը.
հանկարծ հայտնվում է արևը՝
լուսավորելով արահետը:
Բասյո

***
Չոր կացնի հարվածները
հեռավոր թավուտում.
փայտփորիկի թակոցը:
Իսսա

***
Միայն Ֆուջիին
չհաջողվեց գերևարել
բարձր կանաչ խոտերը:
Բուսոն

***
Աշնանը բրնձի դաշտերում
արդեն թառամած լողում են
բալենու ծաղիկները:
Կյորոկու

Հայերեն թարգմանությունը՝ Արմենուհի Սիսյանի
Translation into Armenian by Armenuhi Sisyan

Recueil: Ithaca 679
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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