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C’était un homme d’une grande bonté (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Gaspard

La floraison du bâton

[39]
C’était un homme d’une grande bonté
et il avait d’innombrables enfants,

mais il n’était pas Abraham revenu ;
il était Kaspar le Magian ;

il dit je suis Kaspar,
car il lui fallait se tenir à quelque chose ;

je suis Kaspar, dit-il quand une mince jeune fille
qui portait une jarre, lui demanda avec déférence

si elle pouvait la faire descendre dans son puits ;
je suis Kaspar ; si sa tête était voilée

et voilée elle l’était presque toujours,
il se souviendrait, bien que jamais

un instant il n’eût vraiment oublié
la torsion d’un poignet qui nouait un foulard,

la forme safran de la sandale,
les plis de la robe, le drapé du vêtement

quand Marie souleva le loquet et la porte s’entrouvrit,
et la porte se ferma, et il y avait la porte plate

qu’il fixait encore et encore,
comme si la ligne du bois, le bord rugueux

de la surface polie ou brute,
avaient chacun un sens, comme si chaque trace et marque

était un hiéroglyphe, un parchemin d’incroyable valeur
ou une carte de marin.

***

Fie was a very kind man
and he had numberless children,

but he was not Abraham come again;
he was the Magian Kaspar;

he said I am Kaspar,
for he had to hold on to something;

I am Kaspar, he said when a slender girl
holding a jar, asked deferentially

if she might lower it into his well;
I am Kaspar; if her head were veiled

and veiled it almost always would be,
he would remember, though never

for a moment did he quite forget
the turn of a wrist as it fastened a scarf,

the saffron-shape of the sandal,
the pleat of the robe, the fold of the garment

as Mary lifted the latch and the door half-parted,
and the door shut, and there was the flat door

at which he stared and stared,
asif the line of wood, the rough edge

or the polished surface or plain,
were each significant, as if each scratch and mark

were hieroglyph, a parchment of incredible worth
or a mariner’s map.

(Hilda Doolittle)

 

 

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La colonne-de-nuée (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



nuee

Les murs ne tombent pas
[36]

D’aucune façon n’est la colonne-de-nuée
qui allait devant

différente de la colonne-de-nuée
qui vient après ;

le chasme, schisme en conscience,
doit être comblé ;

nous sommes chacun, propriétaire,
chacun avec un trésor ;

il est temps de réévaluer
notre butin secret

à la lumière du passé comme de l’avenir,
car, qu’il s’agisse de

pièces, pierres, or
gobelets, plats

ou simplement
de talismans, archives ou parchemins,

explicitement, il en ressort
qu’il contient,

pour tout scribe
ayant été instruit,

des choses nouvelles
et anciennes.

***

In no wise is the pillar-of-fire
that went before

different from the pillar-of-fire
that comes after;

chasm, schism in consciousness
must be bridged over;

we are each, householder,
each with a treasure;

now is the time to re-value
our secret hoard

in the light of both past and future,
for whether

coins, gems, gold
beakers, platters,

or merely
talismans, records or parchments

explicitly, we are told,
it contains

for every scribe
which is instructed,

things new
and old.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Non pas une peau de chagrin (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Non pas une peau de chagrin mais plutôt un parchemin.
Lettre après lettre, à mesure qu’il se déroule, un index
long et délié y trace un mot aux filigranes de féerie,
aux contours de tristesse — et me voilà cherchant
à quelle destinée il se rapporte.

« Quitte ton lit… », me dit une voix, et elle poursuit :
« … abandonne la tapisserie du songe, épouse le réel. »

Le vocable intelligible tout à coup s’anime, fuse dans
l’espace, l’oeil bleu-vert, l’aile amarante.

Ce soir j’ai rencontré l’oiseau du temps. J’ai vu son essor
comme je verrai sa chute. N’est-il plus d’autre secret ?

(Jules Tordjman)

Illustration: Chantal Dufour

 

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J’irai plus loin (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
J’irai plus loin

—Je ne sens rien de moi crever votre écriture
Je suis la page blanche et l’encre reste en vous.

—J’écris pourtant sur vous Votre corps est ma table
Les mots me sont dictés par votre parchemin.

— Je ne suis pas l’objet que vous croyez décrire
De chair de sang vous évidez ce que je suis.

—Penser à vous s’infuse en mes veines
Que vous n’ayez qu’un sens m’est inadmissible.

—Vous faites bifurquer ce sens imaginaire
De mon fleuve secret vous ignorez le cours.

—Je ne vous quitte plus La nuit je suis la barque
Qui ne pourrait sans vous rompre ses amarres.

—Vous mentez par ma personne interposée
Mais j’habite un miroir où vous êtes éteint.

—J’irai plus loin plus loin pour accoster votre rivage
Ce rivage du corps qui déserta sa peau.

— Vous cherchez un rivage et je ne suis qu’une île
Au grand large du corps que vous ne pouvez voir.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

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Hatchepsout (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Hatchepsout,

Les murs ne tombent pas
[9]

Thot, Hermès, le stylus,
la palette, le stylo, la plume endurent :

même si nos livres sont un plancher
de cendres fumantes sous nos pieds ;

même si brûler des livres demeure
le plus pervers des gestes comme

le plus vicieux
de la nature vicieuse de l’homme,

pourtant donnez-nous, crient-ils encore,
donnez-nous des livres,

folio, manuscrit, vieux parchemin
font de bonnes douilles de cartouches ;

l’ironie est une vérité amère
enveloppée dans une petite plaisanterie,

et le nom d’Hatchepsout est toujours encerclé
de ce que l’on appelle une cartouche.

***

Thoth, Hermes, the stylus,
the palette, the pen, the quill endure,

though our books are a floor
of smouldering ash under our feet;

though the burning of the books remains
the most perverse gesture

and the meanest
of man’s mean nature,

yet give us, they still cry,
give us books,

folio, manuscript, old parchment
will do for cartridge cases;

irony is bitter truth
wrapped up in a little joke,

and Hatshepsut’s name is still circled
with what they call the cartouche.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Substituons donc l’enchantement au sentiment (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



thot

Les murs ne tombent pas
[35]

Substituons donc
l’enchantement au sentiment,

re-consacrons nos dons
au réalisme spirituel,

raclons une palette,
épointons crayon ou pinceau,

préparons papyrus ou parchemin,
offrons de l’encens à Thot,

l’original Ancien-des jours,
Hermès-trois-fois-grand,

supplions-le donc
afin que, par sa croix de tau,

il invoque la magie-vraie,
nous reconduise vers l’unique-vérité,

que lui (Sagesse),
à la lumière de ce qui vint auparavant,

illumine ce qui vint après,
revivifie la vérité éternelle,

soyez donc fins
comme aspics, scorpions, comme serpents.

***

Let us substitute
enchantment for sentiment,

re-dedicate our gifts
to spiritual realism,

scrape a palette,
point pen or brush,

prepare papyrus or parchment,
offer incense to Thoth,

the original Ancient-of-days,
Hermes-thrice-great,

let us entreat
that he, by his tau-cross,

invoke the true-magic,
lead us back to the one-truth,

let him (Wisdom),
in the light of what went before,

illuminate what came after,
re-vivify the eternal verity,

be ye wise
as asps, scorpions, as serpents.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Je porte en moi (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Dédicace
Pour Henri

Je porte en moi, parmi des clartés de vitrail,
Des fleuves étalés, des cités fulgurantes,
Des bouleaux d’argent pur, des prés de frais émail,
Des jardins constellés de lys et d’amaranthes.

Je nourris des dragons en de lointains bercails;
Mais rien ne transparaît du rêve qui me hante;
Je suis ce manuscrit fleuri d’absurdes plantes
Qui recèle à l’abri de mon double fermail,

– Magique parchemin et dont la garde est vierge,
Que nul doigt n’effleura sous sa gaine de serge, –
Des psaumes exaltés et d’amoureux cantiques.

A toi, j’offre aujourd’hui les cités, les chimères,
Le vitrail d’or liquide et le livre mystique
Où repose mon coeur comme en un reliquaire.

(Marie Dauguet)

Illustration: Guy Baron

 

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L’aveugle au visage de grêle (Jamel Eddine Bencheikh)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



L’aveugle au visage de grêle

Il choisit le parchemin et
laissa glisser le roseau
pour suivre le cours de ses veines
jusqu’au sel vif des rivages

Il fit cette femme poème dans un point
livre dans une lettre
univers dans la marge étroite

(Jamel Eddine Bencheikh)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Pablo Picasso

 

 

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COMBE NOCTURNE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2016



COMBE NOCTURNE

La face
de cette nuit
est desséchée
comme un
parchemin

Ce nomade
crochu
soyeux de neige
se laisse aller
comme une feuille
roulée

L’interminable
temps
se sert de moi
comme d’un
bruissement

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration

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CHANSON (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2016




CHANSON

J’ai cherché dans l’ombre
l’herbe du chemin
et la pierre lisse
comme un parchemin ;

j’ai trouvé la lune ;
donnait à danser
à la sauvagine
au milieu d’un pré.

J’ai cherché dans l’eau
ton pâle reflet,
un rayon de lune
s’y était noyé.

Moi, dans la prime aube
me suis en allé
larmes ou rosée
le coeur tout mouillé.

***

CALABRUN

De palombas espaurugadas
dins la délícia de son cant
lo vòu vira sus vinha e camp,
fins als oras apasimadas

que son planhum se’n vai sonant.
La patz, lusor d’esper lonhtàn
gandirà l’ombra celestiala
mola de luna e de clarum

mesclada al rebat del folhum
l’ombra farà de farfantelas
e lo sabaud, per las estelas,
son cant se banharà de lum.

(Max Rouquette)

Illustration

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