Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘parfum’

TEMPS (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




TEMPS

Je ne sais de l’enfance
qu’une peur lumineuse
et une main qui me tire
vers mon autre rive.

Mon enfance et son parfum
d’oiseau caressé.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Dave McKean

 

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SENS DE SON ABSENCE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




SENS DE SON ABSENCE

si moi j’ose
regarder et dire
c’est par son ombre
unie si douce
à mon nom
là-bas loin
dans la pluie
dans ma mémoire
par son visage
qui brûle dans mon poème
et répand magiquement
un parfum
de visage aimé disparu

(Alejandra Pizarnik)


Illustration: Leonid Afremov

 

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Un bâton d’encens (Amma)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018



consumer

    

Je souhaite être
un bâton d’encens,
qui se consume et offre
son parfum au monde.

***

Je ne vois ni le passé,
ni les erreurs des gens qui viennent.
Le passé est comme un chèque annulé,
il n’a plus de valeur.
Une abeille qui va de fleur en fleur
ne voit que le miel en chaque fleur.

(Amma)

 

A propos de câlins..
Auriez vous le coeur assez grand pour en faire 24 millions??!
cf lien ci-dessous

Amma

 

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Tu ne pourras jamais cueillir (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018



Illustration    
    
Tu ne pourras jamais cueillir à flanc d’abîme
Ces fleurs qui tremblent dans le vent
Qui souffle en bas dans le torrent,
Mais si tu tombes, les frôler,
Savoir un instant leur parfum
Avant le gouffre et les voyages
Sans fleurs, sans ciel, sans paysages.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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Primevère et Perce-neige (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Primevère et Perce-neige

—Primevère! Primevère! réveille-toi!
—Qui m’appelle?
—C’est Perce-Neige, ton ami, qui a froid et qui voudrait se réchauffer à ton haleine!
—Pourquoi ai-je dormi si longtemps! Il fait si bon respirer la brise printanière,
voir l’herbe verte, sentir la tiède odeur des bourgeons,
se mirer dans le clair ruisseau!
—Sans moi tu dormirais encore, c’est à moi que tu dois
les sourires de cette riante matinée d’avril.
Si tu savais comme tu es jolie dans ton petit corsage blanc,
comme tes joues sont fraîches,
comme tu t’inclines gracieusement sous la brise qui t’effleure!
Penche vers moi ta corolle, et laisse-moi te donner un baiser.
—Le printemps n’aime pas l’hiver; la jeunesse n’aime pas la vieillesse.
Tu vas mourir et tu parles d’aimer!
—Mes forces se sont épuisées à percer les dures neiges de l’hiver;
mais ton parfum me ranime, Primevère; l’amour me fera revivre.
—N’entends-tu pas dans l’air comme un battement d’ailes invisibles?
Il arrive le jeune Zéphire;
c’est lui que je veux aimer, c’est lui qui aura mon premier baiser.
—J’ai fleuri jusqu’à ce jour malgré la glace; je sens venir le printemps;
me faudra-t-il mourir sans entendre le doux chant des oiseaux,
sans sentir la chaleur vivifiante du soleil et de l’amour!
—Les vieillards ne sont faits ni pour le soleil ni pour l’amour;
l’air chaud du printemps et des passions brise leur poitrine débile.
Malheur à celui qui aime trop tard!

Pendant qu’elle parlait, Zéphire planait sur la Primevère;
haleine et parfum, tout se confondit.
Le vent, ému de ce baiser, passa sur la tête du Perce-Neige;
il mourut tué par la première brise.

(J.J. Grandville)

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Elle (Xavier Forneret)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



 

Andrius Kovelinas

Elle

Vous ne savez son nom ? – Celle pour qui je chante
La vie d’amour de feu, puis après est mourante :
C’est un arbre en verdeur, un soleil en éclats,
C’est une nuit de rose ou languissants ébats.
C’est un torrent jeté par un trou de nuage ;
C’est le roi des lions dégarni de sa cage :
C’est l’enfant qui se roule et qui est tout en pleurs,
C’est la misère en cris, – c’est la richesse en fleurs.
C’est la terre qui tremble et la foudre qui tonne,
Puis le calme du soir, au doux bruit qui résonne ;
C’est un choc qui renverse en tuant de frayeur,
Puis un pauvre qui donne, – ou le soupir qui meurt.
C’est un maître qui gronde, – un amant qui caresse ;
C’est la mort, désespoir, deuil, bonheur, allégresse.
C’est la brebis qui bêle en léchant son agneau,
Puis la brise aux parfums, ou le vent dans l’ormeau. –
Bien sûr elle a deux coeurs : l’un qui vit et palpite ;
L’autre, frappé, battu, qui dans un coin habite.

On pense que son pied ne la soutiendra pas,
Tant il se perd au sol, ne marquant point de pas.
Ses cheveux sont si beaux qu’on désire se pendre
Avec eux, si épais qu’on ne peut pas les prendre.
Si petite est la place où l’entoure un corset
Qu’on ne sait vraiment pas comment elle le met.
Quelque chose en sa voix arrête, étreint, essouffle.
Des âmes en douceur s’épurent dans son souffle.
Et quand au fond du coeur elle s’en va cherchant,
Ses baisers sont des yeux, sa bouche est leur voyant.

(Xavier Forneret)

Illustration: Andrius Kovelinas

 

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LENTO (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018


 


 

Alex-Alemany-4

Lento

Je veux ensevelir au linceul de la rime
Ce souvenir, malaise immense qui m’opprime.

Quand j’aurai fait ces vers, quand tous les auront lus
Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus.

Car ce mal est trop grand pour que seul je le garde
Aussi, j’ouvre mon âme à la foule criarde.

Assiégez le réduit de mes rêves défunts,
Et dispersez ce qu’il y reste de parfums.

Piétinez le doux nid de soie et de fourrures;
Fondez l’or, arrachez les pierres des parures.

Faussez les instruments. Encrassez les lambris;
Et vendez à l’encan ce que vous aurez pris.

Pour que, si quelque soir l’obsession trop forte
M’y ramène, plus rien n’y parle de la morte.

Que pas un coin ne reste intime, indéfloré.
Peut-être, seulement alors je guérirai.

(Avec des rhythmes lents, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Un jour, j’ai mis mon coeur dans sa petite main
Et, tous en fleur, mes chers espoirs du lendemain.

L’amour paye si bien des trésors qu’on lui donne!
Et l’amoureuse était si frêle, si mignonne!

Si mignonne, qu’on l’eût prise pour une enfant
Trop tôt belle et que son innocence défend.

Mais, elle m’a livré sa poitrine de femme,
Dont les soulèvements semblaient trahir une âme.

Elle a baigné mes yeux des lueurs de ses yeux,
Et mes lèvres de ses baisers délicieux.

(Avec des rhythmes doux, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Mais, il ne faut pas croire à l’âme des contours,
A la pensée enclose en deux yeux de velours.

Car un matin, j’ai vu que ma chère amoureuse
Cachait un grand désastre en sa poitrine creuse.

J’ai vu que sa jeunesse était un faux dehors,
Que l’âme était usée et les doux rêves morts.

J’ai senti la stupeur d’un possesseur avide
Qui trouve, en s’éveillant, sa maison nue et vide.

J’ai cherché mes trésors. Tous volés ou brisés!
Tous, jusqu’au souvenir de nos premiers baisers!

Au jardin de l’espoir, l’âpre dévastatrice
N’a rien laissé, voulant que rien n’y refleurisse.

J’ai ramassé mon coeur, mi-rongé dans un coin,
Et je m’en suis allé je ne sais où, bien loin.

(Avec des rhythmes sourds, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

C’est fièrement, d’abord, que je m’en suis allé
Pensant qu’aux premiers froids, je serais consolé.

Simulant l’insouci, je marchais par les rues.
Toutes, nous les avions ensemble parcourues!

je n’ai pas même osé fuir le mal dans les bois.
Nous nous y sommes tant embrassés autrefois!

Fermer les yeux? Rêver? Je n’avais pas dans l’âme
Un coin qui n’eût gardé l’odeur de cette femme.

J’ai donc voulu, sentant s’effondrer ma raison,
La revoir, sans souci de sa défloraison.
Mais, je n’ai plus trouvé personne dans sa forme.
Alors le désespoir m’a pris, lourd, terne, énorme.

Et j’ai subi cela des mois, de bien longs mois,
Si fort, qu’en trop parler me fait trembler la voix.

Maintenant c’est fini. Souvenir qui m’opprimes,
Tu resteras, glacé, sous ton linceul de rimes.

(Charles Cros)

Illustration: Alex Alemany

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PREPARATION A LA MORT (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2018



 

PREPARATION A LA MORT

La vie est un miracle.
Chaque fleur,
Avec sa forme, sa couleur, son parfum,
Chaque fleur est un miracle.
Chaque oiseau,
Avec son plumage, son vol, son chant,
Chaque oiseau est un miracle.
L’espace, infini,
L’espace est un miracle.
Le temps, infini,
Le temps est un miracle.
La mémoire est un miracle.
La conscience est un miracle,
Tout est miracle.
Tout, excepté la mort.
— Bénie soit la mort, qui est la fin de tous les miracles.

(Manuel Bandeira)

 

 

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Durant un voyage (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

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Durant un voyage, je ne me sens généralement pas bien :
il me manque le caractère immédiat de l’expérience;
je me vois vivre et ce que je vis, il me semble que je le lis dans un livre.
C’est le passé qui transfigure les choses et leur donne couleur et parfum.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Tous mes sens sont dardés (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



Illustration: Renaud Baltzinger
    
Tous mes sens
sont dardés
et sonores comme
une lentille de microphone.

Je ressens la pesanteur
graduelle
du crépuscule en dépression.

Je capte les piqûres sucrées
de ces parfums
à la pointe de mes doigts,
au tranchant ouvert de mes nerfs.

Il est vrai aussi que je t’aime.

(Norge)

 

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