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Poésie

Posts Tagged ‘parler’

Il se peut que je sois fou (Serge Sautreau)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



Illustration: Chantal Dufour
    
Il se peut que je sois fou.
Très banal.
Un de plus.

Il se peut que je sois unique.
Très courant.
Un de plus.

Il se peut que je ne sois pas.
Très classique.
Un de moins.

Il se peut que je sois impossible.
Très juste,
Et alors ?

Il est impossible de parler sérieusement ici.
Impossible,
En effet.

(Serge Sautreau)

 

Recueil: L’ANTAGONIE
Editions: Gallimard

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L’espoir (Pierre Gabriel)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’espoir

Je ne dis pas : Il est trop tard,
Nous avons laissé se mourir la terre,
Elle ne portera plus
Les fruits de la lumière
Et ses graines de vie.
Je dis : Le ciel demeure
Ouvert au soleil, aux étoiles,
Tous les arbres n’ont pas péri,
Les feux brûlent aussi de joie.

Je ne dis pas : Il fait si noir
Que les hommes ne peuvent plus voir
Le visage de ceux qu’ils aiment,
Ils ont oublié le silence
Mais ne savent plus se parler.
Je dis : Chaque aube tient promesse,
Elle te rend ce que la nuit
Avait effacé pour toujours,
Les fleurs, l’espoir, le goût du vent
Sur les plages bleues du matin.

Je ne dis pas : Les sources sont taries.
Je dis que rien jamais n’est perdu,
C’est à toi de creuser plus profond
Pour que l’eau pure à nouveau jaillisse.

(Pierre Gabriel)

 

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Comme un jardin à l’abandon (Aurélia Lassaque)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Céline Decubber
    
Comme un jardin à l’abandon

Comme un jardin à l’abandon
Ta peau
Comme un jardin à l’abandon
Avec beaucoup de fleurs dedans.

Tu dis — J’aime tes longs cheveux —

Dans le creux de ta main
La clé d’une maison inconnue;
Celle de tes ancêtres.

Tu dis que les volets ont perdu leur couleur,
Comme les vieilles tortues qui encombrent la mer.
Tu as dénudé tes yeux
Sur mon épaule.

À l’heure de la prière,
Nous avons dessiné des oiseaux
Avec l’ombre de nos mains.

Tu me parlais d’arbres
Qui ouvrent leurs feuilles
Au clair de lune.

Et je ne t’écoutais pas.
Je ne voyais déjà plus tes mains
Qui ouvriraient
Bientôt loin de moi
Les volets ternes d’une maison
Au bord d’une rivière
Dont tu ne m’as jamais donné le nom.

(Aurélia Lassaque)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Ossia, mon ami lointain (Nadejda Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



    

Ossia, mon ami lointain, mon amour,

[…]

Qu’il est long et difficile
de mourir seul — seule.

Est-il pour nous, inséparables,
ce sort-là?

L’avons-nous mérité, nous,
chiots, enfants, et toi, ange?

Et tout poursuit son cours.
Et je ne sais rien.

Mais je sais tout,
et chacun de tes jours,
et chacune de tes heures
me sont clairs et visibles,
je les vois comme dans un délire.

Tu venais me visiter chaque nuit dans mes songes,
et moi je te demandais sans cesse
ce qui t’était arrivé,
et toi tu ne me répondais pas.

[…]

J’ignore si tu es vivant ou non,
mais à partir de ce jour-là, j’ai perdu ta trace.
Je ne sais pas où tu es.
M’entendras-tu?

Sais-tu combien je t’aime?
Je n’ai pas eu le temps de te dire
combien je t’aimais.

Ni ne sais le dire à présent non plus.
Je ne parle qu’à toi, qu’à toi.

Tu es toujours à mes côtés et moi,
sauvage et mauvaise,
qui n’ai jamais su simplement pleurer,
je pleure, je pleure, je pleure.

C’est moi, Nadejda.
Où es-tu?
Adieu.

Nadejda

Dernière lettre de Nadejda Mandelstam à son mari Ossip.
(Extrait de la lettre du 22 octobre 1938, traduit du russe par Sophie Momzikoff)

(Nadejda Mandelstam)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Ho ! J’cours tout seul (William Sheller)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



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Ho ! J’cours tout seul

La vie c’est comme une image
Tu t’imagines dans une cage
Ou ailleurs
Tu dis « C’est pas mon destin »
Ou bien tu dis « C’est dommage »
Et tu pleures
On m’a tout mis dans les mains
J’ai pas choisi mes bagages
En couleur
Je cours à côté d’un train
Qu’on m’a donné au passage
De bonheur
Et je regarde ceux
Qui se penchent aux fenêtres
J’me dis qu’il y en a parmi eux
Qui me parlent peut-être
Oh j’cours tout seul
Je cours et j’me sens toujours tout seul

Et si j’te comprends pas
Apprends-moi ton langage
Dis-moi les choses qui m’font du bien
Qui m’remettent à la page
Oh j’cours tout seul
Je cours et j’me sens toujours tout seul

Pour des histoires que j’aime bien
J’ai parfois pris du retard
Mais c’est rien
J’irai jusqu’au bout du chemin
Et quand ce s’ra la nuit noire
Je s’rais bien
Faut pas qu’tu penses à demain
Faut pas dormir au hasard
Et tu tiens
Je cours à côté d’un train
Qu’on m’a donné au passage
Un matin
Et je regarde ceux
Qui s’allument aux fenêtres
J’me dis qu’il y en a parmi eux
Qui m’aimeraient peut-être
Oh j’cours tout seul
Je cours et j’me sens toujours tout seul

Et si j’te comprends pas
Apprends-moi ton langage
Dis-moi les choses qui m’font du bien
Qui m’remettent à la page
Oh j’cours tout seul
Je cours et j’me sens toujours tout seul

Et je regarde ceux
Qui s’endorment aux fenêtres
J’me dit qu’il y en a parmi eux
Qui m’oublient peut-être
Oh j’cours tout seul
Je cours et j’me sens toujours tout seul

On vous dira sans doute
Que mon histoire est bizarre
Je sais mais j’peux pas m’arrêter
Vu qu’y a plus d’noms sur les gares
Oh j’cours tout seul
Je cours et j’me sens toujours tout seul

(William Sheller)

Illustration

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Rien ne t’a promis à moi (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



 

 

Rien ne t’a promis à moi : ni la vie, ni Dieu,
Ni un mien pressentiment secret.
Pourquoi, le nuit, devant le sombre seuil,
Hésites-tu ? le bonheur fait-il mal ?

Je ne vais pas sortir, te crier : « Sois l’unique,
Reste avec moi jusqu’à l’heure de la mort ! »
Je ne fais que parler, de ma voix de cygne,
Avec la lune injuste.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Il est, chaque jour, une heure trouble et lourde (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017




Il est, chaque jour,
Une heure trouble et lourde.
Je parle, sans ouvrir mes yeux ensommeillés,
À voix haute avec mon angoisse.
Elle a un battement comme le sang.
Elle est tiède comme une haleine.
Comme un amour heureux
Elle est raisonnable et méchante.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Benoit Colsenet

 

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La musique (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017


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Il est en elle une flamme miraculeuse,
En sa présence le reste s’estompe.
Elle seule parle avec moi
Quand les autres ont peur de m’approcher.
Quand le dernier ami a détourné ses yeux,
Elle a été avec moi dans ma tombe
Et elle a chanté comme le premier orage
Ou comme si toutes les fleurs se mettaient à parler.

(Anna Akhmatova)

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Partout où il n’y aura rien (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Louis Roland Trinquesse
    
Lettres à Sophie Volland

J’écris sans voir. Je suis venu;
je voulais vous baiser la main et m’en retourner.

Je m’en retournerai sans cette récompense;
mais ne serai-je pas assez récompensé
si je vous ai montré combien je vous aime?

Il est neuf heures,
je vous écris que je vous aime.
Je veux du moins vous l’écrire;
mais je ne sais si la plume se prête à mon désir.

Ne viendrez-vous point
pour que je vous le dise
et que je m’enfuie?

Adieu, ma Sophie, bonsoir;
votre coeur ne vous dit donc pas
que je suis ici?

Voilà la première fois
que j’écris dans les ténèbres:
cette situation devrait m’inspirer
des choses bien tendres.

Je n’en éprouve qu’une:
je ne saurais sortir d’ici.

L’espoir de vous voir un moment m’y retient,
et j’y continue de vous parler,
sans savoir si j’y forme des caractères.

Partout où il n’y aura rien,
lisez que je vous aime.

Paris, le 10 juillet 1759

(Denis Diderot)

 

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Viens lentement t’asseoir (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Jeanie Tomanek
    
Viens lentement t’asseoir

Viens lentement t’asseoir
Près du parterre dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière,
Laisse filtrer la grande nuit en toi :
Nous sommes trop heureux pour que sa mer d’effroi
Trouble notre prière.

Là-haut, le pur cristal des étoiles s’éclaire :
Voici le firmament plus net et translucide
Qu’un étang bleu ou qu’un vitrail d’abside ;
Et puis voici le ciel qui regarde à travers.

Les mille voix de l’énorme mystère
Parlent autour de toi,
Les mille lois de la nature entière
Bougent autour de toi,
Les arcs d’argent de l’invisible
Prennent ton âme et sa ferveur pour cible.
Mais tu n’as peur, oh ! simple cœur,
Mais tu n’as peur, puisque ta foi
Est que toute la terre collabore
A cet amour que fit éclore
La vie et son mystère en toi.

Joins donc les mains tranquillement
Et doucement adore ;
Un grand conseil de pureté
Flotte, comme une étrange aurore,
Sous les minuits du firmament.

(Émile Verhaeren)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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