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LE PETIT GARÇON PERDU (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




LE PETIT GARÇON PERDU

« Père, père, où vas-tu ?
Ne marche pas si vite !
Oh, père, parle, parle à ton petit garçon,
Autrement je serai perdu. »

La nuit est noire, et pas de père,
Le garçon était mouillé de rosée,
Et le bourbier profond, et le garçon en pleurs,
S’envolait la vapeur.

***

THE LITTLE BOY LOST

`Father, father, where are you going?
Oh, do not walk so fast!
Speak, father, speak to your little boy,
Or else I shall be lost.’

The night was dark, no father was there,
The child was wet with dew;
The mire was deep, and the child did weep,
And away the vapour flew.

(William Blake)

 

 

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L’ami d’enfance (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Chantal Dufour  r-Portrait [1280x768]

L’ami d’enfance

Un ami me parlait et me regardait vivre :
Alors, c’était mourir… mon jeune âge était ivre
De l’orage enfermé dont la foudre est au coeur ;
Et cet ami riait, car il était moqueur.
Il n’avait pas d’aimer la funeste science.
Son seul orage à lui, c’était l’impatience.
Léger comme l’oiseau qui siffle avant d’aimer,
Disant :  » Tout feu s’éteint, puisqu’il peut s’allumer ;  »
Plein de chants, plein d’audace et d’orgueil sans alarme,
Il eût mis tout un jour à comprendre une larme.

De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs ;
J’étais déjà l’aînée, hélas ! Par bien des pleurs.
Décorant sa pitié d’une grâce insolente,
Il disputait, joyeux, avec ma voix tremblante.
À ses doutes railleurs, je répondais trop bas…
Prouve-t-on que l’on souffre à qui ne souffre pas ?
Soudain, presque en colère, il m’appela méchante
De tromper la saison où l’on joue, où l’on chante :
 » Venez, sortez, courez où sonne le plaisir !
Pourquoi restez-vous là navrant votre loisir ?
Pourquoi défier vos immobiles peines ?
Venez, la vie est belle, et ses coupes sont pleines ! …
Non ? Vous voulez pleurer ? Soit ! J’ai fait mon devoir :
Adieu ! – quand vous rirez, je reviendrai vous voir.  »
Et je le vis s’enfuir comme l’oiseau s’envole ;
Et je pleurai longtemps au bruit de sa parole.

Mais quoi ? La fête en lui chantait si haut alors
Qu’il n’entendait que ceux qui dansent au dehors.
Tout change. Un an s’écoule, il revient… qu’il est pâle !
Sur son front quelle flamme a soufflé tant de hâle ?
Comme il accourt tremblant ! Comme il serre ma main !
Comme ses yeux sont noirs ! Quel démon en chemin
L’a saisi ? – c’est qu’il aime ! Il a trouvé son âme.
Il ne me dira plus :  » Que c’est lâche ! Une femme.  »
Triste, il m’a demandé :  » C’est donc là votre enfer ?
Et je riais… grand dieu ! Vous avez bien souffert !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Chantal Dufour

 

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Le sentiment d’une solitude déchirante (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017


Le sentiment d’une solitude déchirante
et d’une certaine incommunicabilité du monde
était parfois donné par la vue d’une brouette vide
vide encore chaude de la fumure transportée.
Le jardinier s’en était allé boire:
il se pouvait qu’il ne revînt jamais.
Je me disais que je lui avais quelques fois parlé.
A bien réfléchir, il se pouvait que je lui aie dit cent mots.

Les oiseaux passaient à tire-d’aile, les horloges sonnaient
et les ombres s’allongeaient sur le sol blanc.

Le jardinier n’était pas mort, il n’avait eu qu’une attaque.
Il ne parlerait plus et resterait sur un banc
devant sa porte et des mouches en pleine vie
marcheraient dans ses mains sur lesquelles tremblerait
l’ombre dentelée des feuilles pacifiques.

(Jean Follain)

Illustration

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Mon Dieu (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



 

Mon Dieu, mais à quel Dieu parlé-je au plus profond
De ce coeur, agité comme une vieille terre
Qu’un fer de jardinier, secondé par le soc
De l’orage, laboure pour quelles saisons ?

[…]

Mais si vague, lointain, invisible, impensable,
Quel autre nom trouver pour atteindre si haut
Que ce grand D, qui ne connaît aucun écho,
Sans la rumeur d’un son ni l’ombre d’un visage?

(Franz Hellens)

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UNE PETITE FILLE PERDUE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




UNE PETITE FILLE PERDUE

Enfants de l’âge futur,
Lisant ces vers indignés,
Apprenez que, fut un temps,
Amour, le doux amour, fut tenu pour un crime.

Dans le temps de l’Âge d’Or,
Du froid de l’hiver exempts,
Gars et filles, rayonnant
Á la lumière sacrée,
S’ébattent nus aux rayons du soleil.

Un jour un couple de jeunes,
Empli du plus doux souci,
Se rencontre au beau jardin
Où la lumière sacrée
Venait d’ouvrir les rideaux de la nuit.

Là, dans le jour qui se lève,
Ils jouent tous les deux dans l’herbe ;
Les parents étaient au loin,
Aucun étranger ne vint,
Et la vierge eut tôt fait d’oublier ses frayeurs.

Puis, repus de doux baisers,
Ils se donnent rendez-vous
A l’heure où, au ciel profond,
Le sommeil sans bruit déferle,
Où pleure le voyageur épuisé.

Et la fille, radieuse,
Vint à son père tout blanc,
Mais l’amour lu dans ses yeux
Fit, comme le Livre Saint,
Trembler d’effroi ses membres délicats.

« Ona, faible et pâle,
A ton père parle.
Quelle peur tremblante,
Quel affreux souci
Secouent les fleurs de ma tête blanchie. »

***

A LITTLE GIRL LOST

Children of the future age,
Reading this indignant page,
Know that in a former time
Love, sweet love, was thought a crime.

In the Age of Gold,
Free from winter’s cold,
Youth and maiden bright
To the holy light,
Naked in the sunny beams delight.

Once a youthful pair,
Filled with softest care,
Met in garden bright,
Where the holy light
Had just removed the curtains of the night.

There in rising day
On the grass they play;
Parents were afar,
Strangers came not near,
And the maiden soon forgot her fear.

Tired with kisses sweet,
They agree to meet
When the silent sleep
Waves o’er heaven’s deep,
And the weary tired wanderers weep.

To her father white
Came the maiden bright,
But his loving look,
Like the Holy Book,
All her tender limbs with terror shook.

`Ona, pale and weak,
To thy father speak.
Oh, the trembling fear,
Oh, the dismal care,
That shakes the blossoms of my hoary hair.’

(William Blake)

Illustration: Raphaëlle Zecchiero

 

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Soixante-six fois (Ryo-Nan)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Soixante-six fois mes yeux
ont contemplé les scènes changeantes de l’automne,
J’ai assez parlé du clair de lune
Ne me demandez plus rien,

Mais prêtez l’oreille
aux voix des pins et des cèdres
quand le vent se tait.

(Ryo-Nan)

 

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LE PETIT GARÇON PERDU (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017




    
LE PETIT GARÇON PERDU

Père, père, où vas-tu ?
Pas si vite, pas si vite.
Parle, père, à ton petit garçon,
Ou bien je me perdrai.

La nuit était noire et le père absent
Le petit garçon était trempé de rosée
La lune était épaisse et l’enfant pleurait.
Alors le brouillard s’en alla.

***

THE LITTLE BOY LOST

`Father, father, where are you going?
O do not walk so fast.
Speak, father, speak to your little boy,
Or else I shall be lost.’

The night was dark, no father was there;
The ohild was wet with dew;
The mire was deep, & the child did weep,
And away the vapour flew.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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A présent (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: Nupur Choudhary 
    
A présent le souci de parler
sur tant d’évidences
pèse lourd
Le livre est à sa fin
sans plus de forces
Les formes aimables
le débordent

Et donc regarde-moi
C’est ma supplique
A la dérobée regarde-moi
Puis viens vers tous ces signes
noircis en juste perte
Accorde-leur l’amitié
d’un long regard

Que ta noblesse les anime

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Ecrire (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Ecrire :

faire s’étoiler le désir de dire,
tracer des routes inverses,
s’ouvrir au multiple,
pour chasser ce qui, de nature, se dérobe,
et, le temps d’une éclaircie,
saisir un peu de la mesure juste,
la maîtriser pour une joie pleine mais crispée;
puis la voir s’émietter en embruns
dont le livre recueille les mouillures.

Le temps tourne la page.

Lecteur, tu habites ces blancs comme tu les entends.
Pour moi, ils sont ma faim, mon devenir, ma liberté libre.

Où, le poème que je veux faire ?
Plus avant ?
Tapi peut-être dans la fourmilière de mes brouillons ?

Où le poème qui me fera ?
C’est toujours de plus loin que je parle.
Dans le défaut.

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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Que manque-t-il donc à ta voix (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: Ráed Al-Rawi
    
Que manque-t-il donc à ta voix
Quelle pudeur et quelle prudence
Pour parler à voix de pierres
Et d’arbres
A voix de ciel et d’eau

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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