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Poésie

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Une fois plus tard je parlerai de quelque chose de beau (Agota Kristof)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration: Agota Kristof
    
Une fois plus tard je parlerai
de quelque chose de beau
de douces choses tendres
avec une imperceptible tristesse
un soir quand le ciel se remplira de beauté
quand les maisons se feront grises
et tout sera brouillard

Là sous la pluie
parmi les maisons monochromes
je parlerai de l’empire
des feuilles d’automne
car il sera octobre

Derrière le brouillard
vous vous taisez
le col relevé
les mains frileuses dans les poches
sans lumière comme l’ombre

Et la pluie glisse sur nos têtes nues
sous nos cols
douce tendre pluie
tombe sur les maisons sur les arbres
et le ciel devient toujours plus beau

Et la beauté descendra sur vous
avec une imperceptible tristesse
et vous comprendrez que dorénavant
ce sera toujours l’automne

(Agota Kristof)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Clous : Poèmes hongrois et français
Traduction: Maria Maïlat
Editions: Zoé

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Les mots bleus (Daniel Bevilacqua)(Christophe)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



mots_bleus-jpg

Les mots bleus

Il est six heures au clocher de l’église
Dans le square les fleurs poétisent
Une fille va sortir de la mairie
Comme chaque soir je l’attends
Elle me sourit
Il faudrait que je lui parle
A tout prix

Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu’on dit avec les yeux
Parler me semble ridicule
Je m’élance et puis je recule
Devant une phrase inutile
Qui briserait l’instant fragile
D’une rencontre
D’une rencontre

Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Je l’appellerai sans la nommer

Je suis peut-être démodé
Le vent d’hiver souffle en avril
J’aime le silence immobile
D’une rencontre
D’une rencontre

Il n’y a plus d’horloge, plus de clocher
Dans le square les arbres sont couchés
Je reviens par le train de nuit
Sur le quai je la vois
Qui me sourit
Il faudra bien qu’elle comprenne
A tout prix

Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu’on dit avec les yeux
Toutes les excuses que l’on donne
Sont comme les baisers que l’on vole
Il reste une rancœur subtile
Qui gâcherait l’instant fragile
De nos retrouvailles
De nos retrouvailles

Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Une histoire d’amour sans paroles
N’a plus besoin du protocole
Et tous les longs discours futiles
Terniraient quelque peu le style
De nos retrouvailles
De nos retrouvailles

Je lui dirai les mots bleus
les mots qu’on dit avec les yeux
Je lui dirai tous les mots bleus
Tous ceux qui rendent les gens heureux
Tous les mots bleus

(Daniel Bevilacqua)(Christophe)

 

 

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Regarde comme le vent parle aux arbres (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

regarde comme le vent parle aux arbres
la main prie-t-elle ainsi la peau
entends nos voix sur le point de se rompre
la mer prie-t-elle ainsi la grève
la nuit fidèle traduit le sel en sel

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Après les remparts dans le quartier de l’Océan (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Après les remparts
dans le quartier de l’Océan
vivait Khalti Samar

À son grand désespoir
son mari ce mécréant
ne buvait que du café noir

«Pourquoi boire du thé?
disait-il d’un air critique
Son goût est beaucoup trop sucré
et il amollit la logique

Prenez n’importe quelle démente
donnez-lui un thé à la menthe
et elle vous contera des histoires
que vous écouterez jusqu’au soir!

Qu’Allah me protège du merveilleux
qui s’insinue même dans les coeurs
des plus malingres et des plus vieux
pour leur faire croire au bonheur!

Faut-il que je cède au rêve
de mon épouse Samar la douce
et que pour son tajine aux fèves
le savoir je repousse ?

Faut-il que je rie ?
Faut-il que je pleure?
Faut-il que j’aille voir le cadi
pour lui parler sans candeur ?

Ah! Samar la grâce de tes yeux
est un tel baume une telle richesse
Tu ne sais pas ma sécheresse
quand tu allumes tes feux

Je suis chandelle entre tes mains
assoiffé de ta lumière
Je veux vivre entre tes seins
jusqu’à ma larme dernière»

Ainsi parlait le mari de Khalti Samar
quand elle lui versait du café noir

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans un pré (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Dans un pré à Hammam Lif
un âne parlait à un chardon

Les automobilistes pensifs
n’y prêtaient pas attention

Un coquelicot tardif
brillait au bord d’un sillon

Un engoulevent plaintif
appelait son oisillon

Dans un pré à Hammam Lif
sur la route du Cap Bon

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si mes mots naissent de mon manque (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



si mes mots naissent
de mon manque
peut-être saurai-je
parler à ta faim

(Charles Juliet)


Illustration: Odilon Redon

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MALGRÉ TOUT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    

MALGRÉ TOUT

Traîne-moi avec des chaînes sur les pierres
Enfonce les torrents et les mers dans ma gorge
Comme un coquelicot mets ton fer sur ma gorge
Fais chanter mes genoux dans l’étau des murailles
Blanchis mes os comme un chien du désert
Porte mon crâne à deux mains lampe brisée
Allume-moi torche vivante aux carrefours
Crucifie-moi à la voilure des navires
Aux fenêtres des maisons en partance
O flamme lèche-moi comme une poutre basse
Ecrase-moi de tout ton poids triste saison
Recouvre-moi de feuilles mortes
Je ne parlerai pas
Je ne sais pas ce que tu veux me faire dire
Je suis innocent de tous mes crimes
Je suis fermé à la parole
Je suis un grand silence qui bouge
Je n’ai pas à te rendre compte de mon amour.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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AIR TRISTE ET CONNU (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
AIR TRISTE ET CONNU

Un caillou lancé
Une vitre saute
Un homme qui tombe
Le coeur fracassé

Celui-ci chantait
Pour ne pas entendre
Le pas de la mort
Dans son escalier

Celui-là mourait
De ne pas comprendre
Les ordres brutaux
Dits en étranger

Celui-ci vivait
Mais de son mensonge
Celui-là est mort
Au lieu de parler

De tous les vivants
Pas deux ne s’accordent
Sur le nom secret
De la liberté

Un caillou lancé
Une vitre saute
Un autre homme tombe
Ah c’en est assez.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Ne parle plus (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




    

— Ne parle plus de l’ombre, parle-moi de la nuit,
Ne parle plus de lumière, parle-moi du soleil,
Ne parle plus d’amour, parle-moi de caresse,
Ne parle plus de haine, parle-moi d’injure,
Ne parle plus de bonté, parle-moi du don,
Ne parle plus de beauté, parle-moi du regard,
Ne parle plus de paix, parle-moi du sourire,
Ne parle plus de tragédie, parle-moi d’enfants morts,
Ne parle plus de comédie, parle-moi du rire,
Ne parle plus de douleur, parle-moi des larmes,
Ne parle plus du désir, parle-moi des yeux,
Ne parle plus de famine, parle-moi du ventre,
Ne parle plus de moi, parle-moi de toi ;
Ne parle plus de la nuit, parle-moi de l’aube,
Ne parle plus du soleil, parle-moi de lumière,
Ne parle plus de caresse, parle-moi d’amour,
Ne parle plus d’injure, parle-moi de haine,
Ne parle plus du don, parle-moi de bonté,
Ne parle plus du regard, parle-moi de beauté,
Ne parle plus du sourire, parle-moi de paix,
Ne parle plus d’enfants morts, parle-moi de tragédie,
Ne parle plus du rire, parle-moi de comédie,
Ne parle plus des larmes, parle-moi de douleur,
Ne parle plus des yeux, parle-moi du désir
Ne parle plus du ventre, parle-moi de famine,
Ne parle plus de moi, parle-moi de toi ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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J’entends les mots (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



Illustration: Florence Coquais Foucault
    
J’entends les mots

J’entends les mots. Ma voix se fait plus grave.
J’entends ma voix, je n’entends plus les mots.
Alors j’écris. Quel est le mot qui parle
quand je construis ma voix, mon autre voix ?

Je dis la mer et je reçois la vague.
L’écume pose un baiser sur ma joue.
Une mouette invente le navire.
Lorsque la nuit m’offrira le silence,
je serai nu comme un vocable à naître.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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