Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘paroi’

L’unité ou la déchirure (Françoise Hàn)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



L’unité ou la déchirure

Depuis qu’ils ne comprennent
plus le langage des bêtes
il leur faut articuler
des mots sur la pierre
taillée
sur la cassure
d’avec les éléments
sur la blessure

des mots qui contiennent
assez de terre et d’eau
d’air et de feu
interstitiels
pour refaire un monde

articulé sur la faille
que ne combleront jamais
les sédiments
les forêts ensevelies
les civilisations

un monde seulement humain
exclu de la résonance
première
mais rempli d’images de lueurs
qui bougent sur la paroi

parfois elle vacille

(Françoise Hàn)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Franck Gervaise

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sans gourde ni bâton (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Sans gourde ni bâton
sans prêche ni cantique
nous demeurons pèlerins

Sans autel au bout de la route
sans luminaire liturgique
des clartés en nous cheminent
qui nous font acheminer
vers nos secrètes dévotions

N’est pas de nous l’itinéraire
le noir nous l’a donné
nous marchons sans nommer
ces gouttes de lumière
qui perlent
sur les parois de l’angoisse
pour nous mener en pèlerinage
aux lieux saints
de nous-mêmes

En nous
prend racine une pensée
que nous n’avons pas semée
Nous la voyons grandir
malgré nous
Qui donc l’a jetée
clandestine
en l’un de nos sillons
pour qu’elle se nourrisse
de nous?

Et qui la déracinera
puisqu’elle s’est faite
par nous?
Un jour elle jaillira
nous
serons ce qu’elle sera

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Paroi (Gabrielle Althen)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



Paroi

Nulle brèche sur la paroi du jour.
Nulle fenêtre d’osmose où commencer l’amour…
Dehors est un ovale intact,
impérissable œuf de plomb décomposé sur nos sols.
Et il y a la surface intérieure,
paysage rentré sous nos arches de sang.

La mer et la montagne s’évaporaient
lentement dans la brume.
Devant pesait le vase
sans périple du temps.

Si la jeunesse était le chemin
sous la peau de cette veine qui revient,
évasifs, d’un doigt parmi nos spirales sanguines,
nous réinventerions le jour,
et ses fêtes rétractiles sous l’arbre du dedans.

(Gabrielle Althen)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE PAYS FROID (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

LE PAYS FROID

Parlez plus haut l’hiver nous assourdit
Les bruits des pas que l’on entendait hier
Au bord du lac gelé
Ne sonnent plus que dans le souvenir
Et notre vie devient une habitude triste
Derrière la paroi des vitres blanches.

La neige tombe depuis bien des semaines
Le charbon le café diminuent tous les jours
Chaque jour s’amoindrit
Le lendemain toujours est pire que la veille.

Notre mémoire même égare les réponses.

La faim le froid chassent les cerfs hors des bois
Jusque dans les rues du village
L’un s’est couché devant la croix
Bouche bée la tête à la renverse
Fauve image de notre amour.

Avez-vous entendu crier les loups le soir
Quand ils viennent rôder autour des étables ?
Sous la haute cheminée le feu languit
Le chien nous regarde avec tant d’indulgence
Avec tant de pitié
Que notre coeur se serre.

Nul ne balayera les marches de l’entrée.

L’hiver s’accroît comme un jeune géant
La neige tombe le givre s’épaissit
Et nous vieillissons à mesure.

Parlez bas il n’est plus besoin de nous entendre
Bientôt l’homme de pierre ouvrira le chemin.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LA PAROI DE PLOMB (Kazue Shinkawa)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Zdzislaw Beksinski_250

LA PAROI DE PLOMB
NAMARI NO HEI

les mots
s’ils n’étaient pas venus naître dans des mots
c’eût été préférable
pensent-ils avec des mots
ils auraient voulu naître dans une haute paroi de plomb
pensent-ils
alors
après cela
un profond soupir s’échappe qui n’est pas mot

(Kazue Shinkawa)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le magnolia (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Le magnolia

La fleur du magnolia éclate au ralenti
comme une bulle fermée lentement dans un sirop à la paroi épaisse qui tourne au caramel.
(A remarquer d’ailleurs la couleur caramélisée des feuilles de cet arbre)
A son épanouissement total, c’est un comble de satisfaction
proportionnée à l’importante masse végétale qui s’y exprime.
Mais elle n’est pas poisseuse :
fraîche et satinée au contraire,
d’autant que la feuille paraît luisante, cuivrée, sèche, cassante.

(Francis Ponge)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Puissance des nostalgies (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
Puissance des nostalgies

L’octobre comme un navire
va vers les derniers rivages.
Je me penche au bastingage
avec un coeur qui chavire.

Ah ne venez pas, cyclones,
secouer les parois du monde,
l’âme oscille assez déjà.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les parvis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’esprit lui-même est une prison (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2018



J’ai cru par l’esprit
me libérer de mes prisons
Mais l’esprit lui-même
est une prison
J’ai essayé d’en repousser les parois
J’essaie toujours

(Abdellatif Laâbi)


Illustration: Pascal Renoux

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je m’aperçois que je me suis laissé partout (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018




    
Je m’aperçois que je me suis laissé
Partout où je suis passé depuis que je suis né
Et je traîne derrière moi un film déjà bien long
Alors si nous achetions une ombrelle japonaise
Nous venons de l’ouvrir en arrivant
La joie qui a jailli de ses violets
A repoussé les six parois de la chambre
Comprenez-vous maintenant pourquoi le monde est plus grand l’été

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Claquemurée (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Juju Alishina

    
Claquemurée derrière une paroi de verre
et comme foudroyée
par une infiniment lente commotion
qui la dépouille de son tégument de larve
la danseuse buto
oppose à nos regards la pâleur de nacre
de ses yeux révulsés

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

  

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :