Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘paroissien’

LE CURÉ ET LE MORT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE CURÉ ET LE MORT

Un mort s’en allait tristement
S’emparer de son dernier gîte ;
Un Curé s’en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d’une robe, hélas ! qu’on nomme bière,
Robe d’hiver, robe d’été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le Pasteur était à côté,
Et récitait à l’ordinaire
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons :
« Monsieur le Mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s’agit que du salaire. »
Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort,
Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor,
Et des regards semblait lui dire :
« Monsieur le Mort, j’aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts. »
Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette
Du meilleur vin des environs ;
Certaine nièce assez propette
Et sa chambrière Pâquette
Devaient voir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient, adieu le char.
Voilà Messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ;
Notre Curé suit son Seigneur ;
Tous deux s’en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie ;
Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait,
Et la fable du Pot au lait.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

RENCONTRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




RENCONTRE

(Gentil. S’amuse d’un rien. Modeste,
mais espè‚re monter en grade.)

Je vois un homme qui vient
son chapeau sur la tête.
Quel est donc ce paroissien ?
Qui ça peut-il être?
Par ma foi c’est moi peut-être ?

Oui, c’est moi je le crois bien :
j’avance dans aujourd’hui
mais l’autre sur le chemin
comme un reflet vers moi vient
de demain et d’après-demain.

Demain demain je SERAI
car je ne suis pas encore
Dieu que de choses j’ignore!
Je ne sais rien, rien de rien.

Je ne sais pas pourquoi les mouches
ont six pattes et non pas trois
pourquoi l’hiver il fait froid
pourquoi les dents sont dans la bouche
pourquoi le soleil paraît
pourquoi on meurt pourquoi on naît
pourquoi les chats pourquoi les rats
et caetera et caetera.

Non non je ne sais pas encore
lorsque je saurai je serai
je ne sais pas pourquoi moi
pourquoi moi plutôt que toi
pourquoi aujourd’hui et demain
et finalement quel est
cet homme qui vient vers moi
sur ce drôle de chemin.

(Jean Tardieu)

Illustration: René Magritte

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :