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Poésie

Posts Tagged ‘parquet’

Je suis arrivé le matin c’était trop tard (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




Je suis arrivé le matin c’était trop tard
il y avait de la rouille autour de l’évier
le poids du poêle pesait sur le parquet
ça se gondolait même les tuiles il était trop tard
je n’aurais pu redresser tout ça même avec
des cabestans des poulies des objets dont je ne connais
pas le mot qui les désigne et que je ne saurais
utiliser efficacement
les champignons poussaient sur la faïence de la vaisselle
la vaisselle croupissait dans la paille des fauteuils
les fauteuils s’endormaient sur le poil des ténèbres
les ténèbres mâchaient le chouigne gueumme des morts
je suis arrivé trop tard c’était le lendemain

(Raymond Queneau)

Illustration: Geneviève Borschneck

 

 

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2ème retouche au musée (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
2ème retouche au musée

le vrai chef-d’oeuvre est sa fenêtre

le ciel y marche entre les toits

le parquet craque
sous la lumière aux larges hanches
venue de l’ombre des rues simples

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie
Editions: Gallimard

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Il y avait dans leur intimité secrète (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017


 



    
Il y avait dans leur intimité secrète
une infinie douceur.

L’aimer, songea-t-il, c’était pour lui
comme se laver le visage et les mains
ou comme plonger dans une rivière claire et au débit régulier
dont l’eau se renouvelait sans cesse,
et il était juste que son chemin vers la rivière
et l’endroit même de son bain fussent dérobés au monde entier.

A l’intérieur de la maison, dans la longue bibliothèque,
la lumière du crépuscule filtrait à travers les fenêtres
comme la lumière de l’après-midi avait filtré à travers la cime des arbres
pour atteindre l’endroit où ils s’étaient assis ensemble.

Les vieux parquets de chêne brillaient dans cette lumière
comme de sombres troncs dans la forêt,
les cadres dorés des portraits, les couleurs de la soie et du velours
devenaient vivants et lumineux
comme des branches d’arbres, des feuillages et des mousses.

Ce profond éclat du jour finissant,
c’était son sourire tremblant au moment de leur séparation,
sa compassion et la promesse d’une nouvelle rencontre.

(Karen Blixen)

 

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SOLIPSISME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
SOLIPSISME

(Accent parigot. Véhémence et certitude
agressive. Avec gestes.)

Qui c’est qu’est là
quand j’y suis pas?

C’est-i l’bureau?
C’est-i la porte?
C’est-i l’parquet?
C’est-i l’plafond?
C’est-i la rue?
C’est-i la terre?
C’est-i le ciel?
Ah, nom de nom!

Quand j’y suis pus
Y-a pus personne.
A preuve? C’est que quand j’reviens
je ramèn’ tout à la maison :
et v’là la terre
et v’là le ciel
et v’là la rue
et ma maison
et v’là la porte
et v’là l’parquet
et v’1à l’plafond!

(Jean Tardieu)

 

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Le cœur hanté (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



Illustration: Mark Kostabi
    
Le cœur hanté

La plus grande tragédie de la vie
est le cœur hanté. Là où
préside un amour immense. Un amour
qui ne peut être résolu,
qui ne peut trouver la signification d’un baiser,
la paix d’une étreinte.

Toujours il y a un homme qui aime une femme
qui ne l’aime pas.

Les volets du cœur hanté claquent, le parquet
grince, des pleurs proviennent d’une chambre noire.

(Richard Brautigan)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus
Traduction: Thierry Beauchamp et Romain Rabier
Editions: Le Castor Astral

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Au cou un mince chapelet (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



 

Au cou un mince chapelet,
Je cache mes mains dans un large manchon.
Mes yeux ont un regard distrait;
Ils ne pleureront plus jamais.

Mon visage a l’air plus pâle
À cause de la soie mauve,
Les cheveux raides de ma frange
Descendent jusqu’aux sourcils.

Et cette démarche lente
Ne ressemble à aucun envol,
Comme si mes pieds se posaient
Sur un radeau et non sur un parquet.

Ma bouche pâle est entrouverte,
Ma respiration, pénible, inégale;
Et sur ma poitrine tremblent
Les fleurs d’un rendez-vous manqué.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Koloman Moser

 

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Sous ma sonnette (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016



Sous ma sonnette

Nettoyez vos semelles
Usez mon paillasson
Plus vous les faites belles
Plus joyeux parquets sont

Mais ils pleurent sous pied maçon

(Pierre Albert-Birot)

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La plus grande tragédie de la vie (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



La plus grande tragédie de la vie
est le coeur hanté. Là où
préside un amour immense. Un amour
qui ne peut être résolu,
qui ne peut trouver la signification d’un baiser,
la paix d’une étreinte.

Toujours il y a un homme qui aime une femme
qui ne l’aime pas.

Les volets du coeur hanté claquent, le parquet
grince, des pleurs proviennent d’une chambre noire.

***

Life’s greatest tragedy
is the haunted heart. In which
a huge love presides. A love
that cannot be resolved,
that cannot find the meaning of a kiss,
the peace of an embrace.

Always there is a man who loves a woman
that does not love him.

The shutters of the haunted heart bang, the floors
creak, and the sound of crying comes from a dark room.

(Richard Brautigan)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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LA FEMME DE MENAGE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2015



LA FEMME DE MENAGE

le seul plaisir que ma mère,
a dû avoir dans sa vie de misère
c’est quand elle faisait
le ménage dons les maisons
des quartiers riches

pendant les longues heures
qu’elle passait à genoux
à cirer les parquets
des maisons riches
elle se disait c’est beau ici
je me sens un peu comme chez moi
chaque fois que je fais le ménage ici

et pendant qu’elle astiquait
les meubles dernier cri des riches
époussetait leurs bibelots
faisait leurs lits
lavait leur vaisselle
repassait leurs cols de chemises
en prenant bien soin
de ne pas faire de faux-plis
elle se disait qu’est-ce qu’ils ont
comme belles choses ces gens-là
tout en contemplant d’un air absent
ses mains gercées

***

THE CLEANING WOMAN

the only pleasure my mother
must have had
in her miserable life
was when she cleaned
the houses of the rich

during the long hours she spent
on her knees scrubbing floors
she would say to herself
it’s so beautiful here
I always feel like I am at home
whenever I come here

and while she polished
the fancy furniture
dusted the bibelots
made the beds
washed the dishes
pressed the shirts of monsieur
being very careful not to make
a double crease in the collar
she would say absently
while contemplating
her bruised hands
what beautiful things
these people have

(Raymond Federman)

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Habiter un lieu (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2015



Habiter un lieu

Habiter une chambre, qu’est-ce que c’est?
Habiter un lieu, est-ce se l’approprier?
Qu’est-ce que s’approprier un lieu?
A partir de quand un lieu devient-il vraiment vôtre?

Est-ce quand on a mis à tremper ses trois paires de chaussettes
dans une bassine de matière plastique rose?
Est-ce quand on s’est fait réchauffer des spaghettis
au-dessus d’un camping-gaz?

Est-ce quand on a utilisé tous les cintres dépareillés de l’armoire-penderie?
Est-ce quand on a punaisé au mur une vieille carte postale
représentant le Songe de sainte Ursule de Carpaccio?

Est-ce quand on y a éprouvé les affres de l’attente,
ou les exaltations de la passion,
ou les tourments de la rage de dents?
Est-ce quand on tendu les fenêtres de rideaux à sa convenance,
et posé les papiers peints, et poncé les parquets?

(Georges Perec)

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