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Poésie

Posts Tagged ‘parquet’

Des chaussons de feutre (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



Illustration: Karen Lamonte
    
Des chaussons de feutre
et des voix étouffées,
une odeur de cire dans l’escalier.

Des bruits de pas dans le couloir,
une robe qui traîne sur le parquet.

La table qu’on met en silence
et les instruments qu’on accorde avant le concert.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps
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LA FEMME DE MENAGE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



LA FEMME DE MENAGE

le seul plaisir que ma mère,
a dû avoir dans sa vie de misère
c’est quand elle faisait
le ménage dons les maisons
des quartiers riches

pendant les longues heures
qu’elle passait à genoux
à cirer les parquets
des maisons riches
elle se disait c’est beau ici
je me sens un peu comme chez moi
chaque fois que je fais le ménage ici

et pendant qu’elle astiquait
les meubles dernier cri des riches
époussetait leurs bibelots
faisait leurs lits
lavait leur vaisselle
repassait leurs cols de chemises
en prenant bien soin
de ne pas faire de faux-plis
elle se disait qu’est-ce qu’ils ont
comme belles choses ces gens-là
tout en contemplant d’un air absent
ses mains gercées

***

THE CLEANING WOMAN

the only pleasure my mother
must have had
in her miserable life
was when she cleaned
the houses of the rich

during the long hours she spent
on her knees scrubbing floors
she would say to herself
it’s so beautiful here
I always feel like I am at home
whenever I come here

and while she polished
the fancy furniture
dusted the bibelots
made the beds
washed the dishes
pressed the shirts of monsieur
being very careful not to make
a double crease in the collar
she would say absently
while contemplating
her bruised hands
what beautiful things
these people have

(Raymond Federman)

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Habiter un lieu (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Habiter un lieu

Habiter une chambre, qu’est-ce que c’est?
Habiter un lieu, est-ce se l’approprier?
Qu’est-ce que s’approprier un lieu?
A partir de quand un lieu devient-il vraiment vôtre?

Est-ce quand on a mis à tremper ses trois paires de chaussettes
dans une bassine de matière plastique rose?
Est-ce quand on s’est fait réchauffer des spaghettis
au-dessus d’un camping-gaz?

Est-ce quand on a utilisé tous les cintres dépareillés de l’armoire-penderie?
Est-ce quand on a punaisé au mur une vieille carte postale
représentant le Songe de sainte Ursule de Carpaccio?

Est-ce quand on y a éprouvé les affres de l’attente,
ou les exaltations de la passion,
ou les tourments de la rage de dents?
Est-ce quand on tendu les fenêtres de rideaux à sa convenance,
et posé les papiers peints, et poncé les parquets?

(Georges Perec)

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A L’AUBERGE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Illustration: Fan Tseng
    
A L’AUBERGE
Li-Taï-Pé

Je me suis couché dans ce lit d’auberge ;
la lune, sur le parquet, jetait une lueur blanche.

Et j’ai d’abord cru qu’il avait neigé sur le parquet.
J’ai levé la tête vers la lune claire,

et j’ai songé aux pays que je vais parcourir
et aux étrangers qu’il me faudra voir.

Puis j’ai baissé la tête vers le parquet,
et j’ai songé à mon pays et aux amis que je ne verrai plus.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Simplement, sur le parquet (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



Illustration: Adolph de Meyer
    
Simplement,
sur le parquet,
l’ombre d’un chrysanthème
calligraphie le soleil.

Cela suffit
à ouvrir l’espace du poème.
Soleil minuscule
dans l’exubérante floraison de l’univers.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

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Un halo vaporeux (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration: Waldyslaw Slewinski
    
Un halo vaporeux trouble
le corps de la femme assoupie
et de la granulation de la pénombre
paraît émaner le grain de sa peau
sur le parquet flotte la lueur
de ses souliers vernis

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Je suis arrivé le matin c’était trop tard (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




Je suis arrivé le matin c’était trop tard
il y avait de la rouille autour de l’évier
le poids du poêle pesait sur le parquet
ça se gondolait même les tuiles il était trop tard
je n’aurais pu redresser tout ça même avec
des cabestans des poulies des objets dont je ne connais
pas le mot qui les désigne et que je ne saurais
utiliser efficacement
les champignons poussaient sur la faïence de la vaisselle
la vaisselle croupissait dans la paille des fauteuils
les fauteuils s’endormaient sur le poil des ténèbres
les ténèbres mâchaient le chouigne gueumme des morts
je suis arrivé trop tard c’était le lendemain

(Raymond Queneau)

Illustration: Geneviève Borschneck

 

 

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2ème retouche au musée (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
2ème retouche au musée

le vrai chef-d’oeuvre est sa fenêtre

le ciel y marche entre les toits

le parquet craque
sous la lumière aux larges hanches
venue de l’ombre des rues simples

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie
Editions: Gallimard

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Il y avait dans leur intimité secrète (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017


 



    
Il y avait dans leur intimité secrète
une infinie douceur.

L’aimer, songea-t-il, c’était pour lui
comme se laver le visage et les mains
ou comme plonger dans une rivière claire et au débit régulier
dont l’eau se renouvelait sans cesse,
et il était juste que son chemin vers la rivière
et l’endroit même de son bain fussent dérobés au monde entier.

A l’intérieur de la maison, dans la longue bibliothèque,
la lumière du crépuscule filtrait à travers les fenêtres
comme la lumière de l’après-midi avait filtré à travers la cime des arbres
pour atteindre l’endroit où ils s’étaient assis ensemble.

Les vieux parquets de chêne brillaient dans cette lumière
comme de sombres troncs dans la forêt,
les cadres dorés des portraits, les couleurs de la soie et du velours
devenaient vivants et lumineux
comme des branches d’arbres, des feuillages et des mousses.

Ce profond éclat du jour finissant,
c’était son sourire tremblant au moment de leur séparation,
sa compassion et la promesse d’une nouvelle rencontre.

(Karen Blixen)

 

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SOLIPSISME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
SOLIPSISME

(Accent parigot. Véhémence et certitude
agressive. Avec gestes.)

Qui c’est qu’est là
quand j’y suis pas?

C’est-i l’bureau?
C’est-i la porte?
C’est-i l’parquet?
C’est-i l’plafond?
C’est-i la rue?
C’est-i la terre?
C’est-i le ciel?
Ah, nom de nom!

Quand j’y suis pus
Y-a pus personne.
A preuve? C’est que quand j’reviens
je ramèn’ tout à la maison :
et v’là la terre
et v’là le ciel
et v’là la rue
et ma maison
et v’là la porte
et v’là l’parquet
et v’1à l’plafond!

(Jean Tardieu)

 

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