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Poésie

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Tournez, tournez, chevaux de bois (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Alain Le Nost
    
Tournez, tournez, chevaux de bois.
Verlaine.

Pégases, jolis pégases,
petits chevaux de bois.

Enfant, j’ai connu
la joie de tourner
sur un rouge coursier
en une nuit de fête.

Dans l’air poussiéreux
brillaient les lampions,
et la nuit bleue étincelait,
parsemée d’étoiles.

Joies enfantines,
pour un sou seulement,
jolis pégases,
petits chevaux de bois!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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SIMPLICITÉ DE LA PERCEPTION (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018




    
SIMPLICITÉ DE LA PERCEPTION

La blessure est la porte d’entrée
pour te trouver,
le seul organe sensible
à n’êtrе pas leurré.

Ma peau est parsemée de toi,
d’expérience : elle a échappé
à la ruse des autres sens,
à leurs seuils usés par les sensations.

Cette blessure ne doit pas se refermer,
neuve toute pensée dans la chair,
prête à tressaillir, sans mémoire,
irréconciliable, la blessure
te mêlе au monde.

On ne peut rien aplanir,
aucun reste fût-il précieux, la rédemption
est une parcelle de ce mensonge :
un message serait le salut.

Le mouvement n’avance pas
de degré en degré, il n’élève rien,
il tourne autour des lèvres de la plaie,
s’y incruste. Là où il s’arrête,
tu fus dans la sensation la durée même.

***

EINFACHHEIT DER WAHRNEHMUNG

Die Wunde ist das Tor
dich zu finden,
das Sinnessorgan,
das nicht getäuscht wird.

Übersät ist die Haut mit dir,
mit Erfahrung: sie ist der List
der alten Organe entkommen,
ihren abempfundenen Schwellen.

Die Wunde, die sich nicht schliessen soll,
neu jeder Gedanke im Fleisch,
bereit zu zucken, ohne Erinnerung,
unversöhnt, die Wunde
mischt dich und die Welt.

Es ist nicht zu glätten,
kein höherer Rest, der Erlösung
ist der Bruchteil der Lüge :
dass eine Botschaft das Heil ist.

Die Bewegung geht nicht
von Stufe zu Stufe, setzt nichts höher,
sie kreist um den Wundrand,
sie nistet sich ein. Wo sie anhält,
warst du in der Empfindung die Dauer.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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Naufrage (Fernand Ouellette)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2017



Naufrage

Immobile mais balisée par des odeurs,
cherchant la proie jusqu’à l’ange :
elle s’étendit sur le drap froid
parfaitement fleuve parsemé de joncs fauves.

Dans un éclair ma vie s’y déposa,
vif corbeau dans la moisson dolente.

Ainsi se laissa-t-elle assaillir et dévaster
sous les cris des mains
et polir par la langue dans les ombrages.

Quand sur le flanc elle revint,
comme une amphore de la flamme,
sa peau était ici et là moirée et mauve
de pensées en naufrage.

(Fernand Ouellette)

Illustration: Maria Cristina Baracchi

 

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Douleur (Jacqueline Risset)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2016



D’où vient la mystérieuse la folle
douleur d’amour?
Je me réveille ce matin
tout entourée de la douleur de toi

– de toi: comme une irritation
dans la peau du monde où tu es
et si je me demande:
comment la faire cesser

je sais:
il faut que s’éteigne ce point
qu’il cesse de battre comme une dent
quand le reste se tait

Tissu du monde en un point transparent
tout souffre ici
tout regarde ce point
que la douleur éclaire

je rêve l’oubli complet
paroi sourde mur blanc
mais tout est écrit par ici dessiné
tout parsemé de signes

de toi – par moi –
faits pour te voir partout
et maintenant j’étouffe
j’ai mal je voudrais dormir

(Jacqueline Risset)

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