Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘part’

Ô montagnes décrépites (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018




    
Ô montagnes décrépites,
Quel mouvement vous agite
Et quel autre vous arrête
Quand vous sembliez être prêtes
A vous élancer au loin,
Lâches, lâches enjambées
Refusant votre destin.
Ô tristesse en plein soleil,
Même les herbes s’y mettent
Et chacun voudrait sa part,
Voyez, même le lézard.

(Jules Supervielle)

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE COEUR BRISÉ (John Donne)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



    

LE COEUR BRISÉ

Il est fol a lier, qui dit
Être amoureux depuis une heure :
Non que l’amour si tôt se meure,
Mais peut en moins de temps dévorer plus de dix.
Qui me croira quand je proteste
Que depuis un an j’ai la peste?
Qui ne rirait de moi si j’allais déclarer
Que j’ai vu poire à poudre au long d’un jour brûler?

Ah! c’est peu de chose qu’un coeur
Quand aux mains d’Amour il se trouve :
Tout autre mal que l’on éprouve,
Ne prenant que sa part, laisse aux autres la leur.
Lui ne vient point, mais nous arrache,
Nous avale, et jamais ne mâche;
Il fauche rangs entiers, comme un train de boulets,
Et nos coeurs sont fretin pour ce tyran brochet.

Sinon, qu’est mon coeur devenu
Le jour où je t’ai rencontrée?
J’en avais un à mon entrée,
Mais lorsque je sortis je n’en possédais plus.
S’il s’était mis chez toi, je gage
Qu’il eût au tien appris l’usage
D’un peu plus de pitié pour moi; c’est donc, hélas,
Que comme verre Amour d’un seul coup le brisa.

Rien pourtant ne s’anéantit,
Et le vide absolu n’existe;
Je crois donc qu’en mon sein subsistent
Encor tous ces morceaux, bien qu’ils ne soient unis.
Comme on voit aux glaces brisées
Cent images rapetissées,
Mon coeur peut, en lambeaux, désirer, adorer,
Mais après tel amour il ne peut plus aimer.

***

THE BROKEN HEART

He is Starke mad, who ever sayes,
That he hath beene in love an honre,
Yet not that love so soone decayes,
But that it can tenne in Jesse space devour;
Who will beleeve mee, if I sweare
That I have had the plague a yeare 1
Who would not laugh at mee, if I should say,
I saw a flaske of powder burne a day?

Ah, what a trifle is a heart,
If once into loves hands it come !
All other griefes allow a part
To other griefes, and aske themselves but some
They come to us, but us Love draws,
Hee swallows us, and never chawes:
By him, as by chain’d shot, whole rankes doe dye,
He is the tyran Pike, our hearts the Frye.

If ’twere not so, what did become
Of my heart, when I first saw thee ?
I brought a heart into the roome,
But from the roome, I carried none with mee:
If it had gone to thee, I know
Mine would have taught thine heart to show
More pitty unto mee: but Love, alas,
At one first blow did shiver it as glasse.

Yet nothing can to nothing fall,
Nor any place be empty quite,
Therefore I thinke my breast hath all
Those peeces still, though they be not unite;
And now as broken glasses show
A hundred lesser faces, so
My ragges of heart can like, wish, and adore,
But after one such love, can love no more.

(John Donne)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: J.Fuzier et Y. Denis
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Front commun! (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Front commun!

1
Front commun! (bis)
Nous triompherons demain
Courage! (bis)

2
Front commun! (bis)
Aujourd’hui et pas demain
Bataille! (bis)

3
Front commun! (bis)
Nous nous tenons tous la main
Victoire! (bis)

4
Front commun! (bis)
Ouvrier fais ton chemin
Vengeance! (bis)

5
Front commun! (bis)
Paysan Bonn’ nous la main
En frère! (bis)

6
Front commun! (bis)
Les soldats sont nos copains
Nos frères! (bis)

***

Front commun

1
Si le pain est cher pour l’ouvrier
Si le travail est dur dans les champs
Camarade as-tu pas oublié
Pour qui le blé rapporte l’argent?
Tant de soucis et tant de peines
Et puis la famine en plaine
Pourquoi vivre, amis, si tristement
Quand nous pouvons cesser nos tourments
Et supprimer nos misères
Aujourd’hui! Pas demain! Aujourd’hui

Refrain
Pour combattre avec nos frères,
Aujourd’hui! Pas demain!
Aujourd’hui!
Contre l’exploiteur, Front Commun!

2
À chacun sa part et son labeur
Et à chacun aussi son repos
La machine enfin aux travailleurs
N’imposera plus de lourds fardeaux
Que moins longue soit la semaine,
Plus de travail à la chaîne,
Les barons de l’or et de l’acier
Seront forcés, amis, de plier
Dressons l’ordre populaire
Aujourd’hui! Pas demain! Aujourd’hui!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les muscles (Fabienne Courtade)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018



Illustration: Gunther von Hagens
    
les muscles

contractent aussi
une part de soi

Ou de qui ?
perdu

(Fabienne Courtade)

 

Recueil: Le même geste
Traduction:
Editions: Flammarion

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Parle bas (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Illustration: Pef
    
Parle bas
La bouche pleine de soleil et de laine
Il est temps
La terre s’ouvre les veines
Les hommes attellent leurs bras
Pour vivre
On attend les graines de ta voix
On attend chacun sa part
Chacun sa peine
Et les yeux sont coulés sous des filets de haine.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ai vu j’ai vu (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



 

j’ai vu j’ai vu on était
des petites parts du temps prises
dans le soleil tant ce qui
était à voir faisait de
nous des fragments de lumière
fondus l’un dans l’autre le
paysage dans le corps
le corps dans le paysage
comme on n’avait jamais vu

(Henri Meschonnic)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les lointains sont invisibles (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018




    
les lointains sont invisibles
nos larmes dépareillées
les morts inexperts reviennent
chercher dans nos voix désertes
un peu du poids qui leur manqua

avec des bribes d’enfance
des jeux qui n’en finissaient pas
des rires au goût de fruit mûr
des regards à la dérobée
nous ne ferons pas même une heure

la paix du galet sur ta paume
ne la bois pas toute entière
laisse au vent prendre sa part
des mots dont tu voudrais qu’ils crient

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le réel (Emilien Chesnot)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
le réel pour marquer
la part du corps
la part de la lumière
toute chose est
là un peu plus
fait durée de moins d’oeil

(Emilien Chesnot)

 

Recueil: Faiblesse d’un seul
Traduction:
Editions: Centrifuges

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Hâte-toi de transmettre (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018




    
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une Amie (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Une Amie

Si vous l’aviez connue à sa quinzième année,
Elle était belle alors, belle à vous rendre fou !
En voyant les attraits dont elle était ornée,
Vous auriez devant elle incliné le genou !

Pour caresser sa main frêle, blanche et veinée,
Poète, vous eussiez été je ne sais où ;
Et votre part du ciel, oh ! vous l’auriez donnée
Pour un baiser d’amour posé sur son beau cou !

Mais, avec la douleur, toute beauté se fane ;
Elle a souffert longtemps, et le regard profane
Ne voit plus sur ses traits de magiques trésors :

Ses yeux se sont ternis et son front n’est plus rose.
Eh bien ! moi, j’applaudis à sa métamorphose,
Car son âme a gagné ce qu’a perdu son corps.

(Louise Colet)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :