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Poésie

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Tels des cailloux qui rêvent d’eau sous le soleil (Anthony Phelps)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2022




    
Tels des cailloux qui rêvent d’eau sous le soleil
(Extrait)

Parfois
la vie prend la clef des champs
me fait un pied de nez.
Le poème se déconstruit
me nargue se dissout.
Mes pas piétons
se réinventent alors
des sentiers de traverse.
Heureuse persistance de la beauté
je me repère dans mes mots guérisseurs.

 

Je veille incorrigible féticheur

(Anthony Phelps)

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Jardin d’été (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022




    
Jardin d’été

Je veux aller dans ce jardin,
dans cette roseraie nonpareille
Où l’on voit des clôtures la plus belle,

Où les statues gardent mémoire
de la jeune fille que j’étais
Et moi, je les revois sous l’eau de la Neva.

Dans ce lieu caché, plein d’odeurs,
sous les tilleuls princiers,
Je crois entendre craquer
les mâts des vaisseaux.

Comme autrefois le cygne
traverse les siècles,
En extase devant la beauté de son double.

Par centaines de milliers, des pas
Dorment d’un sommeil de mort,
pas d’ennemis et d’amis,
Pas d’amis et d’ennemis.

Finira-t-il jamais, le cortège des ombres
Qui va du vase de granit
jusqu’à la porte du palais?

Mes nuits blanches là-bas
se parlent, dans un murmure,
De quelqu’un qui savait aimer
secrètement, superbement.

Partout on voit briller la perle et le jaspe,
Mais un mystère dérobe
la source de la lumière.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: L’HORIZON EST EN FEU Cinq poètes russes du XXè siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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Solitude du penseur (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2022


robinson_crusoe

C’est bien beau d’avoir l’esprit dans défaut
mais, comme le pensait Daniel Defoë,
toutes les vérités ne valent pas
sur une plage une trace de pas.

(Henri-Frédéric Blanc)

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LES GENS (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2022



Illustration: Julie Bernard
    
LES GENS

J’aime bien marcher avec les gens.
J’aime les gens.

Dans la rue, je les dépasse
ou je les laisse passer :
parfois les gens sont si pressés,
ils courent après le bout de leur nez
et oublient la beauté du jour.

Mais parmi ces passants,
il y a ceux qui, par tous les temps,
vont promenant, vont baladant
leurs pas et leurs rêves.

Rien n’est plus doux
qu’un matin où, par hasard,
la foule et moi, nous partons
quelque part sans penser
au bout de notre nez
et sans oublier la beauté du jour.

(Carl Norac)

 

Recueil: Le livre des beautés minuscules / Images de Julie Bernard
Traduction:
Editions: RUE DU MONDE

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Puisque nous marchons sur le fil (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2022



Illustration: Alain Chayer
    
puisque nous marchons sur le fil
sans avoir appris
chaque pas est à inventer

et parfois les jours tempête
nous trouvent tremblants
démunis
secoués d’éclairs

mais il faut aller
jusqu’au bout

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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Sans bagage (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2022




    
sans bagage autre que
l’empreinte de mes pas
abandonnée à la terre

sans espérance autre que
le signe d’un oiseau
froissant un buisson

sans joie autre que
ma main posée sur
l’écorce tiède du
grand arbre roux

sans désir autre
qu’une poignée de mots à
assembler
sur la page

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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Le vent sur la peau (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022



Illustration: Auguste Chabaud
    

le vent sur la peau
et mes pas sur quelques branches
au-dessus du vide

des fenêtres au loin
leur point lumineux
palpite derrière les vitres

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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Démunie (Claire Goll)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2022



Illustration: Grégoire Mathieu
    

Démunie

Pourquoi n’ai-je pas conservé
Tes sourires précieux
Et préservé l’ombre
Que tu jetais sur nos routes ?

Pourquoi n’ai-je pas mis de côté
Tes regards d’ambre et d’or,
Fortune fabuleuse pour plus tard
Quand je serai à court de tendresse ?

J’ai gaspillé tes caresses
Je n’ai aucun disque de tes pas
L’orage a éparpillé tes étreintes
Et détruit les silos remplis de baisers.
Le dernier son de ta voix
S’est perdu dans le sable
Et je dessine en vain ton profil
Dans le givre de ma fenêtre.

(Claire Goll)

 

Recueil: Poésie au féminin
Traduction:
Editions: Folio

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Nocturne (Germaine Beaumont)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2022



Illustration: George Hyde Pownall
    
Nocturne

Des Irlandaises vendaient sous les portes
des pommes de terre qui me brûlaient les doigts.
Quel vent désolé vous apporte
Londres, mon Londres d’autrefois ?

Les chats cousaient les maisons l’une à l’autre
d’un fil noir, d’un fil roux, d’un fil blanc.
Ils faufilaient le jour et la nuit l’un à l’autre.
Des « derelicts » dormaient, distingués, sur des bancs.

La Tamise montait, mais en nappes légères
d’odeurs et de brouillards ténus.
Que de songes ainsi, dans l’ombre, sont venus
se prendre à vos chapeaux, nocturnes passagères !

L’Adelphi, vers le flot glissait en froides pentes
qu’une lanterne transperçait.
Et l’ivresse nouait sa forme titubante
aux « street lamps » qu’elle enlaçait.

Parfois un rat, qu’un bruit insolite déloge
s’enfonçait dans la vase avec un sifflement.
L’éternité bat dans vos cœurs comme une horloge,
Pèlerins de la nuit qui marchez en dormant.

J’ai frôlé, jeune encor, sans mesurer le risque,
ces épaves du temps perdu,
Cléopâtre dressant sa petite obélisque,
montrait le ciel d’un doigt tendu.

Elle perçait de l’aiguille,
votre opaque intensité,
nuit de Londres où scintille,
l’astre du déshérité.

Le bruit d’un pas, ce tendre ami des rues désertes
sonne encor dans mon souvenir.
Mon cœur attend au seuil d’une porte entrouverte,
ce qui ne peut plus revenir.

Mon cœur perçoit au loin le convoi qui déraille
avec ses morts et ses vivants.
Quelqu’un court dans la nuit derrière un brin de paille
mais c’est le vent, mais c’est le vent.

(Germaine Beaumont)

 

Recueil: Poésie au féminin
Traduction:
Editions: Folio

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Départ à l’aube sur le mont Shang (Wen Ting-yun)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022



Illustration: Leslie Goh
    
Départ à l’aube sur le mont Shang

Départ avant l’aube : les clochettes qui tintent
Ravivent la nostalgie des voyageurs –
Gîte de chaume sous la lune : chant d’un coq
Pont de bois couvert de givre : traces de pas

Tombent les feuilles sur la route de montagne
Quelques fleurs éclairent les murs du relais
Rêvant encore au pays de Du-ling
Les oies sauvages, près de l’étang, s’attardent

(Wen Ting-yun)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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