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S’il pleuvait des larmes (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



 

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S’il pleuvait des larmes
Lorsque meurt un amour
S’il pleuvait des larmes
Lorsque des coeurs sont lourds

Sur la terre entière
Pendant quarante jours
Des larmes amères
Engloutiraient les tours

S’il pleuvait des larmes
Lorsque meurt un enfant
S’il pleuvait des larmes
Au rire des méchants

Sur la terre entière
En flots gris et glacés
Des larmes amères
Rouleraient le passé

S’il pleuvait des larmes
Quand on tue les coeurs purs
S’il pleuvait des larmes
Quand on crève sous les murs

Sur la terre entière
Il y aurait déluge
Des larmes amères
Des coupables et des juges

S’il pleuvait des larmes
Chaque fois que la mort
Brandissant ses armes
Fait sauter des décors

Sur la terre entière
Il n’y aurait plus rien
Que les larmes amères
Des deuils et du destin.

(Boris Vian)

Illustration

 

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La vérité (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2020



Ráed Al-Rawi Fishing

 

La vérité n’a pas besoin d’erreur
pour s’approcher d’elle-même
mais l’homme a besoin d’erreur pour
s’approcher de la vérité

La raison d’exister de la vérité est le souvenir
de l’erreur qui est la raison de l’être

Nous sommes les enfants du moment
c’est-à-dire dans le présent
de ce qui ne peut se nommer
au delà du langage
sans lendemain ni hier

Il y a un présent du passé
et un présent de l’avenir
et un présent du présent

Si la vérité accepte l’erreur
l’erreur doit accepter la vérité
Nous déchirons les miroirs
toujours en deux
même quand nous nous regardons

La vérité est celle du pêcheur
qui ne pêche que le lac
L’erreur est le poisson
qui lui ressemble
ou le noeud qu’il fait avec son fil

(Serge Pey)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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Rayon vert (Pierrette Sartin)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



De quel passé te feras-tu complice
pour réchauffer ton plus frileux hiver
au rayon vert d’un soleil invisible?

(Pierrette Sartin)

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Je suis à ma fenêtre (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Je suis à ma fenêtre, oisive, depuis une éternité.
Sous la lune froide, le givre tombe.
Silencieusement, je baisse le store :
La lampe ne jette plus qu’une faible lueur.
Je n’en finis pas de poursuivre le passé,
L’âme égarée d’absence,
Le coeur broyé de peine.
Je reste assise à fredonner des airs sans paroles.
Les beaux jours peuvent bien revenir,
Mon front ne saurait plus se dérider.

Trop tôt et trop souvent j’ai été blessée.
Au fil des mois et des années,
Que d’abandons, que de ruptures !
Ah ! si nous pouvions nous revoir
Et de nouveau recommencer,
Comme par le passé !
Mais à quoi bon regretter, mon mal est sans remède.
La beauté de la nuit est hors d’atteinte
Pour moi qui ne suis plus que cendres.

(Liu Yong)


Illustration: Francine Van Hove

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UN HOMME ATTEND L’AUBE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



 

Illustration: Christophe Saccard
    
UN HOMME ATTEND L’AUBE

Le livret militaire, le diplôme de docteur
Et quelques lyriques tourmentes.
Sur la colline,
Tranquille,
Le moulin à vent.
Le miroir du lac
S’assombrit dans le soir.
Sur une maison abandonnée
La chouette chuinte.
Les étoiles sont loin.
De la fraîcheur.
Il fait bon maintenant
Etre avec les siens
Autour de la table
Sous la lampe à pétrole.
Un chien aboie
Sur l’étranger qui passe.
Seul.
Les chemins vont dans les ténèbres.
Silence.
Des diamants — les étoiles —
Ecorchent le verre bleu de la nuit.
Déserte, la plaine.
Un mur inachevé.

Ruines. Odeur de ciguë.
Ici, dans les fondations,
Le maître-maçon
N’a pas emmuré son amour.
Demain
Sur les pierres chaudes, au soleil,
Sortiront les lézards.
Demain !
Soleil !
Ici il y a du feu dans l’âtre.
Sous les cendres, la braise.
Des vieilles ramures
Jaillit la flamme.
Le passé est une souche
Sur laquelle est assis un homme,
Le visage éclairé
Par la flambée.
Le visage éclairé,
Un homme
Attend l’aube.

(Mihai Beniuc)

 

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CONJUGAISON D’AMOUR … POUR UN ENFANT (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020



CONJUGAISON D’AMOUR … POUR UN ENFANT

Un vent d’Amour a conjugué
Au « présent » le verbe s’aimer
Et c’est ainsi qu’en doux murmures
La vie engendra le « futur ».

Le « passé », « simple ou composé »
De rêve et de réalité
Se voit subitement refait
Par un désir « plus-que-parfait » …

Au « présent » du « conditionnel »
L’espérance prendra des ailes
Criant son bonheur à tout prix
D’un « verbe » haut ! Avec des si …

Si l’on peut ceci … ou cela …
Si l’enfant est beau comme un Roi …
S’il a la grâce de sa mère …
La force tranquille de son père …

Mais, le « futur » n’en a que faire
Il dort … tout au creux de sa mère
Ne demandant que de l’Amour
A partager jour après jour.

Il pourra bientôt « conjuguer »
A tous les « temps » le « verbe » aimer
Et celui d’ « être » à part entière
Au milieu de cet Univers !

Le « passé » a fermé ses portes
C’est le vent d’Amour qui l’emporte
Il se tient fier, droit comme un if
Le Bonheur est « impératif » ! …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Jean Louis Jabalé

 

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La Vie c’est quoi ? (Aldebert)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2020




    
La Vie c’est quoi ?

C’est quoi la musique? C’est du son qui se parfume
C’est quoi l’émotion? C’est l’âme qui s’allume
C’est quoi un compliment? Un baiser invisible
Et la nostalgie? Du passé comestible
C’est quoi l’insouciance? C’est du temps que l’on sème
C’est quoi le bon temps? C’est ta main dans la mienne
C’est quoi l’enthousiasme? C’est des rêves qui militent
Et la bienveillance? les anges qui s’invitent
Et c’est quoi l’espoir? Du bonheur qui attend
Et un arc-en-ciel? Un monument aux vivants
C’est quoi grandir? C’est fabriquer des premières fois
Et c’est quoi l’enfance? De la tendresse en pyjama

Mais dis, papa
La vie c’est quoi?

Petite, tu vois
La vie, c’est un peu de tout ça, mais surtout c’est toi
C’est toi
C’est quoi le remord? C’est un fantôme qui flâne
Et la routine? Les envies qui se fanent
C’est quoi l’essentiel? C’est de toujours y croire
Et un souvenir? Un dessin sur la mémoire
C’est quoi un sourire? C’est du vent dans les voiles
Et la poésie? Une épuisette à étoiles
C’est quoi l’indifférence? C’est la vie sans les couleurs
Et c’est quoi le racisme? Une infirmité du cœur
C’est quoi l’amitié? C’est une île au trésor
Et l’école buissonnière? Un croche-patte à Pythagore
C’est quoi la sagesse? C’est Tintin au Tibet
Et c’est quoi le bonheur? C’est maintenant ou jamais

Mais dis, papa
La vie c’est quoi?

Petite, tu vois
La vie, c’est un peu de tout ça, mais surtout c’est toi
C’est toi
Dans tes histoires, dans tes délires, dans la fanfare de tes fous rires
La vie est là, la vie est là
Dans notre armoire à souvenirs, dans l’espoir de te voir vieillir
La vie est là, la vie est là

(Aldebert)

 

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Nos souvenirs coulent dans le sablier (Olivier Bouillon)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
nos souvenirs coulent dans le sablier
ils s’amassent au fond

les pieds se traînent
et le corps fatigué
vieillissant
nous semble lourd

ah ! l’idée de la mort
revient toujours
moins pesante peut-être
que la vie passée

car la mort est un brouillard
visible et impalpable
passant sur le front de nos proches

et le passé
ce grain de sable dans nos chaussures
qui nous fait boiter
et rend le chemin douloureux

(Olivier Bouillon)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Revue Traction-Brabant 88
Traduction:
Editions: Patrice Maltaverne

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LA PIE (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2020



 

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LA PIE

L’averse a cessé; le vieux soleil rit
Sur la route rose et blanche
Mais il reste encor des gouttes aux branches
Du pommier gris.

La carriole roule comme une folle
Et l’essieu mal huilé crie;
La pie secoue ses plumes dans la prairie
Puis s’envole.

Ma vie est ainsi :
Certes la douleur ancienne est assoupie
Et le passé peu à peu s’effeuille;
Mais des larmes pourtant pointent parfois aux cils
Et mon coeur reste en demi-deuil,
Comme cette pie.

(Tristan Klingsor)

Illustration

 

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L’an passé (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



L’an passé

L’an passé n’a pas passé,
il continue incessamment.
En vain je fixe de nouveaux rendez-vous.
Tous sont rendez-vous passés.
Les rues, toujours de l’an passé,
et les gens, les mêmes aussi,
avec les mêmes gestes et les mêmes paroles.

Le ciel a exactement
les couleurs connues de l’aurore,
du plein soleil, de la dérive du jour
comme au plus répété de l’an passé.

Bien qu’enterrés, les morts de l’an passé
on les enterre tous les jours.
J’écoute les peurs, je compte les libellules,
je mâche le pain de l’an passé.

Et il en sera toujours ainsi désormais.
Je ne parviens pas à évacuer
l’an passé.

(Carlos Drummond de Andrade)

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