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Pour refaire la nuit… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Pour refaire la nuit…

Pour refaire la nuit il me fallait tes yeux,
Tes mains multipliées, ta bouche.
Ton corps était l’écran qui me masquait le jour,
J’étais aveugle à l’heure de l’amour.
Maintenant tu franchis les passes écumeuses,
Mon ombre est seule à tes côtés,
Sur les gravats, entre les rides
Des champs écartelés.
Il fait clair pour toujours,
Je me verrai toujours
Mes yeux, mes mains, ma bouche, sans ombre, sans faiblesse
Fichés dans l’horizon comme des flèches d’os.

(Jean Rousselot)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Les mots ont fui ma forêt solitaire (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019


 


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Les mots ont fui ma forêt solitaire
Perdus d’espace, privés d’eau,
Les arbres ont encor toutes leurs feuilles
Mais sur les branches plus un oiseau.

Leur chant rythmait un silence sans fond
Et l’immobilité des jours où le vent tombe.
Le vent peut agiter les feuilles, le silence
De mort n’en est que plus profond.

L’obscurité bougeait au bruissement des ailes
Et chaque feuille était le mirage d’un mot
Aujourd’hui plus une aile pour réveiller l’écho
De ma sombre forêt solitaire.

*

Les eaux de la mémoire ont délaissé mes plages,
Le temps de marée haute est bien fini,
Je suis de sable sec où de blancs coquillages
Rappellent le passé dans le sol endormi.

Des pas dans mon désert marquent seuls le passage
D’une vie qui m’échappe, et de qui, de quels dieux
Inconnus, de quel temps, de quels âges ?
J’avance avec ces mêmes pas, mais d’autres yeux

*

Le silence est si dur qu’on marcherait dessus,
Le sol est un pain sec tout rond, tout noir, mon âme
Si de ce corps tout sec aussi, durci, fourbu,
Tu trouves la sortie va-t’en à coups de rames
Sur le grand fleuve roux de soleil qui voisine
Et dans ce fond d’eau claire et de fraîcheur chemine
Jusqu’au retour de pluie on terre et ciel fondus
Dans une même chair au printemps revenus
Comme deux amoureux que le soleil marie
Voient la croûte changée en nourrissante mie.

Le silence est si blanc qu’on écrirait dessus.
La page luit comme un morceau de glace lisse.
Ma plume retiens-toi de glisser, n’écris plus,
C’est un piège tendu par la froide malice
Qui du plaisir d’aller plus vite fait un don.
Ne sais-tu pas que la vitesse est sans pardon
Quand l’âme ne suit plus, quand l’esprit se dérobe,
Arrête-toi, retiens ta chute, enfonce-toi
Par la pointe en ce papier glissant qui nous daube,
L’heure viendra de rompre un silence si froid.

Le silence est si lourd qu’on se pendrait à l’arbre.
Pas une feuille, un fruit, ne bouge, on les dirait
Comme le tronc qui les porte construits en marbre
Et l’absence du bruit damne à mort la forêt.

La vie dans ce trépas ne trouve plus d’issue,
Plus d’oiseaux pour l’ouïe et le bonheur des yeux,
Plus un bourdonnement d’insecte, tout est vieux,
Sourd et muet dans l’écorce, le bois, la nue
D’où ne tombera plus une goutte de pluie,
Et dans ma chair aussi l’âme ne chante plus.

*

Je n’ai pas moins de force en mon hiver
Que la pomme de jus après l’automne,
Je marcherai jusqu’au bord de la mer
Comme le fleuve au versant s’abandonne.
Nul au monde parmi ceux qui voient clair
Ne trouvera l’endroit de ma présence,
Je serai, mort, comme le vent de mer
Qui semble finir là et plus loin recommence.

(Franz Hellens)

Illustration: Sarolta Bán

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LE PASSÉ (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

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LE PASSÉ

Avec des mains de haine et de colère, Amour!
J’ai rompu rudement à mon genou farouche
Le beau cep qui porta la grappe dont toujours
Le goût voluptueux se ravive à ma bouche;

Et j’ai fait, tout ce jour, des treilles de ma vie
Brûler le sarment sec et la feuille séchée
Pour qu’il n’en reste au soir que la cendre et la suie
Qui demeurent après une vaine fumée.

Et c’est ainsi qu’avant que s’éteignît dans l’ombre
Ce feu dont les tisons ont mordu la nuit sombre,
O Passé, j’ai voulu que ta flamme suprême

Couronnât et rougît une dernière fois,
Comme d’un éclatant et pourpre diadème,
Le visage brûlant que je penchais sur toi.

(Henri De Régnier)

 

 

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Je refuse (Alain Mabanckou)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



Je refuse le cycle des saisons
le vent de la résignation
Je refuse la métamorphose des fleurs
Je refuse

Je veux regarder le passé
à travers les prunelles closes de ses yeux

(Alain Mabanckou)


Illustration: John Everett Millais

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Le défaut des hommes (Xu Gan)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



Illustration
    
Le défaut des hommes
est de déplorer la mort
au lieu d’aimer la vie,
De regretter le passé
au lieu de penser
à l’avenir

(Xu Gan)

 

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L’HEURE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

L’HEURE

Rapide, aiguë et furtive,
L’aiguille sur le cadran
Perce l’heure où elle arrive
De son dard indifférent.

La rose, de ses pétales,
Compte l’instant qui se suit
En minutes inégales
Qui s’effeuillent sans un bruit.

Le temps pour toi se divise
Selon que tu l’as pensé!
Qu’il s’abrège ou s’éternise
Il deviendra ton passé.

Et, lorsqu’un jour de ta cendre
Les roses refleuriront,
Tu ne pourras plus entendre
Les aiguilles qui feront,

Sur le cadran à demeure,
Leur travail minutieux
De percer encore l’heure
Que ne verront plus tes yeux.

(Henri De Régnier)

 

 

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Que de jours passés (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



Que de jours passés
A guetter le battement des paupières
Sur une joie qu’on a humiliée

Le soleil en restera assombri
Malgré le chant des oiseaux
Et le chœur des vagues

J’aurais beau te prendre la main
Dans la boue du chemin
Et te serrer dans mes bras

J’aurais beau plonger ma main
Dans ton corsage du dimanche
Pour apaiser ton cœur
Qui bat fiévreusement
Sous un sein ferme.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Francine Van Hove

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Le grenier (Carlos Larronde)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



Le grenier

… Il est noir, l’escalier,
L’escalier qui monte au grenier,
au grenier où le plancher craque
C’est un endroit que l’on aime beaucoup.
La nuit s’y attarde ; on y trouve de tout :
Vieux livres, souvenirs, chapeaux à claque,
Et des rats sortant de leur trou.
On a peur ; il fait noir ; le plancher craque.
C’est bon d’être là, sous les tuiles,
seul et tranquille,
Pour avoir peur et pour penser.
La lucarne est garnie de vitres, bien ternes
avec des toiles d’araignées.
On l’ouvre sur la campagne moderne,
Quand on ne veut plus vivre avec le passé.

(Carlos Larronde)

Illustration

 

 

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Sonnet (René Ghil)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2019



 

Dao Hai Phong     phong-two-trees

Sonnet

Ma Triste, les oiseaux de rire
Même l’été ne voient pas
Au Mutisme de morts de glas
Qui vint aux grands rameaux élire

Tragique d’un passé d’empire
Un seul néant dans les amas
Plus ne songeant au vain soulas
Vers qui la ramille soupire.

Sous les hauts dômes végétants
Tous les sanglots sans ors d’étangs
Veillent privés d’orgueils de houle

Tandis que derrière leur soir
Un souvenir de Train qui roule
Au loin propage l’inespoir.

(René Ghil)

Illustration: Dao Hai Phong

 

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Par-delà les montagnes, par-delà les forêts (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



Par-delà les montagnes, par-delà les forêts,
Par-delà les chemins poussiéreux,
Par-delà les mamelons funéraires,
Tu fleuris sous d’autres cieux.

Et quand la montagne blanchira,
La vallée s’habillera de verdure printanière,
Je me souviendrai avec une tristesse accrue
De mon passé, comme s’il était d’hier.

Dans mes rêves tristes, je te reconnaîtrai,
Et je serrerai dans mes mains
Ta douce main porteuse de miracles,
Et je répéterai ton nom lointain.

(Alexandre Blok)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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