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Poésie

Posts Tagged ‘passion’

ELLE TOUJOURS (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019



Illustration
    
ELLE TOUJOURS

Là, elle vient d’un brouillard de gens :
la bien-aimée. Une insouciance
qui, le temps d’une passion, conduit aux soucis,
parce qu’elle n’est pas seule et quand,
l’été, elle passe sous les fenêtres ouvertes
et perçoit inopinément la voix d’un garçon,
quand un refrain entendu dans la rue
l’enfonce dans les draps chauds d’amours
oubliées : elle n’est pas seule.

Moi, on ne m’entendra pas. Mon regard souille
les vitrines, boit le bonheur poissard
dans les yeux des filles, lèche tout au long lèvres,
bottes, mollets… Ah, ce seul coup d’oeil chaud
dans lequel je conçois mon existence.

Là, elle va dans un brouillard de gens.

***

ZIJ ALTIJD

Daar komt ze uit een mist van mensen:
de geliefde. Een zorgeloosheid
die een hartstocht lang tot zorgen leidt,
want zij is niet alleen, en ais
zij zomers onder open ramen loopt
en onverhoopt een jongensstem verneemt,
als een op straat gehoord refrain
haar in de warme lakens van vergeten
liefdes drijfit: ze is niet alleen.

Mij hoor je niet. Mijn blik besmeurt
de winkelruiten, drinkt Bargoens geluk
uit meisjesogen, likt langs lippen,
laarzen, kuiten… Ach, die ene warme
oogopslag waarin ik mijn bestaan uitdenk.

Daar gaat ze in een mist van mensen.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Passion sans mesure (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



Passion sans mesure

Dans l’espace où s’inscrit notre passion
Dans le champ où s’assouvissent nos désirs
Et dans l’épaisseur de la chair
D’un paysage déchiqueté
La terre chancelle et se renverse
Dans l’effusion de nos corps.

Sur le sentier
J’écarte pour toi les ronces
Au milieu des rafales
A travers la brume
Le ciel s’habille de gris

Tu te blottis contre mon corps

Incertitude d’une voix qui pousse
Un cri dans la nuit
Dans l’ombre des sommets
Des êtres d’obscurité
Abordent aux rives du néant

Moi je veux seulement voir
Ton visage dans le silence
Avant que le matin ne teinte de rose
La surface de l’eau

(Jean-Baptiste Besnard)

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Qu’est-ce que la Poésie (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



Qu’est-ce que la Poésie

Chasser tout souvenir et fixer la pensée,
Sur un bel axe d’or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant ;
Éterniser peut-être un rêve d’un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écouter dans son coeur l’écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D’un sourire, d’un mot, d’un soupir, d’un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme,
Faire une perle d’une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition.

(Alfred de Musset)

Illustration

 

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Qu’il est dur d’aller parmi les hommes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



Qu’il est dur d’aller parmi les hommes
Et de faire semblant de ne pas être mort,
Et le jeu tragique des passions
Le raconter à ceux qui sont jeunes,

Et, scrutant son cauchemar nocturne,
Trouver une harmonie au tourbillon désordonné des sentiments,
Pour que d’après les pâles lueurs de l’art
On apprenne de ta vie le fatal incendie !

(Alexandre Blok)

Illustration: Hans Bellmer

 

 

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Méditation (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



Illustration
    
Méditation

A chaque instant, toute ma pensée
Te célèbre,
Dans la solitude par-delà le monde,
Je Te fais fête,
Tu es là, m’ayant dépouillé de
ma vie, de ma mort.

Je ne trouve guère Tes rives
De même que je ne trouve rien de pareil
À cet amour que je porte en moi-même.
Tel le soleil parvenu au zénith,
Tout l’élan de mon coeur
Semblable à un oeil figé pour un instant
S’arrête en contemplation.

Regard insondable, immense, sans passions,
Ne connaît nulle limite :
Tu es pareil au ciel généreux,
Je ressemble à cet océan sans borne,
Où vient déferler parmi nous deux
La pleine lune béatifique.

De jour, de nuit, Tu es pacifique,
Tandis que je suis agité sans cesse,
Inassouvi, vagabond :
Plus je contemple, à chaque horizon,
Toi et moi, ne faisons qu’un.

***

Meditation

Ceaselessly with all my heart
I remember You,
In the solitude beyond the world
I accost You,
Having robbed me of my life and death
You are there.

I find you shoreless,
My love, too, is matchless
That I carry within myself.
My whole heart
Like the sun at the peak of rising
Keeps on gazing like an eye
Momentarily dead.

Unfathomable, endless, a vagabond vision
Admits no barrier.
As if you were this generous sky,
As if I were this shoreless ocean,
In the midst of it rejoices the moonbeam of joy.

You are ever serene night and day,
Restless I am relentless,
Agitated, irresistible :
As far as I perceive from ho rizon to horizon,
You and I are one.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Un chant se retourne (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Un chant se retourne
et se verse en dedans.
Il touche le rêve de l’homme,
le labyrinthe fluvial de son sang,
la passion qui le harcèle,
l’île de la pensée,
le centre pèlerin de l’amour,
le pâle coin des absences.

Le chant le parcourt
comme le vol d’un oiseau.
Et subitement ce vol
se convertit en nuée
dans un ciel oublié.

Lorsqu’il surgit à nouveau,
la voix n’est pas celle qui chante.
Les mains chantent aussi,
la peau, l’homme entier,
son visage, son ombre.
Et tout se transmet :
l’infini chante.

***

Un canto se da vuelta
y se vuelca hacia adentro.
Toca el sueño del hombre,
el fluvial laberinto de su sangre,
la pasión que lo acosa,
la isla del pensar,
el centro peregrino del amor,
el pálido rincón de las ausencias.

El canto lo recorre
como el vuelo de un pájaro.
Y de pronto ese vuelo
se convierte en bandada
por un cielo olvidado.

Cuando vuelve a surgir
no es la voz la que canta.
También cantan las manon,
la piel, el hombre entero,
su mirada, su sombra.
Y todo se contagia:
el infinito canta.

(Roberto Juarroz)

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Je te vois plus en ton absence qu’en toi (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



Je coupe les fils
du regard dont je te regarde
et commence à en tresser
la passion de te regarder
là où tu n’es pas.

C’est pourquoi, par moments,
je te vois plus en ton absence qu’en toi.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Carolus Duran

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MARAIS DE YEUN ELEZ (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

MARAIS DE YEUN ELEZ

MARAIS DE YEUN ELEZ

Parmi les chiens bleus
je partirai sans dire rien
dans les marais de Yeun Elez

Je laisserai glisser toute chair
dans la terre triste de Botmeur
les larmes lisseront pierres

Je partirai sans maudire rien
muet, inutile, sans paupières
dans l’inutilité des tourbes

Lasses sont les âmes
de trop aimer sans recevoir
fourbues les pluies de féconder rien

Peuple errant des maudits
crapauds clabaudant aux étangs
sonnent les glas à Brennilis

Passion selon l’Ankou
les poètes aux enfers descendent
fous les vents sur les collines

Dans les marais de Yeun Elez
l’archange ne répond pas aux mourants
crient les landes à minuit

Plaisirs mauvais qui me crucifient
c’est fini, je m’en vais aux marais
traînant ma plainte et ma légende

(Xavier Grall)

 

 

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Les Oiseaux de proie (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Les Oiseaux de proie

Je m’étais assis sur la cime antique
Et la vierge neige, en face des Dieux;
Je voyais monter dans l’air pacifique
La procession des morts glorieux.
La terre exhalait le divin cantique
Que n’écoute plus le siècle oublieux,
Et la chaîne d’or du Zeus homérique
D’anneaux en anneaux l’unissait aux cieux.
Mais, 0 passions, noirs oiseaux de proie,
Vous avez troublé mon rêve et ma joie :
Je tombe du ciel, et n’en puis mourir
Vos ongles sanglants ont dans mes chairs vives
Enfoncé l’angoisse avec le désir,
Et vous m’avez dit: — Il faut que tu vives! —

(Leconte de Lisle)

 

 

 

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Pas seulement le feu (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019




    
Pas seulement le feu
l’incandescence aussi
connaît sa passion.

***

Niet alleen het vuur
ook de nagloed
heeft zijn passie

***

Not only the fire
but also the afterglow
has its own passion

***

No so lo el fuego
también el resplandor
pasión desprende

***

Non solo il fuoco
sprigiona passione
anche la brace

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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