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Comment, ô mort, avoir peur de toi ? (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2017



 

Hans Baldung Grien (7)

Comment, ô mort, avoir peur
de toi ? N’es-tu point ici avec moi, au travail ?
N’es-tu pas sur mes yeux, ne dis-tu pas
que tu ne sais rien, que tu es creuse,
inconsciente, pacifique ? Ne jouis-tu pas,
avec moi, de tout : gloire, solitude,
amour, jusqu’à la moelle ?
N’es-tu point là à supporter,
ô mort, debout ma vie ?
Ne suis-je pas l’enfant, ô aveugle,
qui te suit et te guide ? Ne répètes-tu pas
de ta bouche passive
ce que je veux que tu dises ? Ne supportes-tu pas
esclave, ma bonté qui t’oblige ?
Que verras-tu, que diras-tu, où iras-tu
sans moi ? Ne serai-je pas,
ô mort, ta mort, que toi, ô mort,
tu dois craindre, choyer, aimer ?

***

¿Cómo, muerte, tenerte
miedo? ¿No estás aquí conmigo, trabajando?
¿No te toco en mis ojos; no me dices
que no sabes de nada, que eres hueca,
inconsciente y pacífica? ¿No gozas,
conmigo, todo: gloria, soledad,
amor, hasta tus tuétanos?
¿No me estás aguantando,
muerte, de pie, la vida?
¿No te traigo y te llevo, ciega,
como tu lazarillo? ¿No repites
con tu boca pasiva
lo que quiero que digas? ¿No soportas,
esclava, la bondad con que te obligo?
¿Qué verás, qué dirás, adónde irás
sin mí? ¿No seré yo,
muerte, tu muerte, a quien tú, muerte,
debes temer, mimar, amar?

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Hans Baldung Grien

 

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To the Sunset Goddess (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



To the Sunset Goddess

TES cheveux sont pareils aux feuillages d’automne,
Déesse du couchant, des ruines, du soir !
Le sang du crépuscule est ta rouge couronne,
Tu choisis les marais stagnants pour ton miroir.

L’odeur des lys fanés et des branches pourries
S’exhale de ta robe aux plis lassés : tes yeux
Suivent avec langueur de pâles rêveries :
Dans ta voix pleure encor le sanglot des adieux.

Tu ressembles à tout ce qui penche et décline.
Passive, et comprimant la douleur sans appel
Dont ton corps a gardé l’attitude divine,
Tu parais te mouvoir dans un souffle irréel.

Ah ! l’ardeur brisée, ah ! la savante agonie
De ton être expirant dans l’amour, ah ! l’effort
De tes râles ! — Au fond de la joie infinie,
Je savoure le goût violent de la mort…

(Renée Vivien)

Illustration: Loretta McNair

 

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La Passante d’Été (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2016



La Passante d’Été

Vois-tu venir sur le chemin la lente, l’heureuse,
Celle que l’on envie, la promeneuse?
Au tournant de la route il faudrait qu’elle soit
Saluée par de beaux messieurs d’autrefois.

Sous son ombrelle, avec une grâce passive,
Elle exploite la tendre alternative:
S’effaçant un instant à la trop brusque lumière,

Elle ramène l’ombre dont elle s’éclaire.

(Rilke)


Illustration

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Présence (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016




Présence. Ou vue. Ici. Passive
D’être la chose du regard, et cependant,
Impérative ou nue, qu’elle l’isole
En sa descente au-dessus d’elle.

(Jean Tortel)

Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

 

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UN OISEAU CHANTAIT (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2015



 

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UN OISEAU CHANTAIT

Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
Sur un chêne au bois,
— Autrefois —
Un rayon de soleil courait sur les blés lourds;
Un papillon flottait sur l’azur des lents jours
Que la brise éventait;
L’avenir s’érigeait en mirages de tours,
Qu’enlaçait un fleuve aux rets de ses détours :
C’était le château des fidèles amours.
— L’oiseau me les contait.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
La chanson de mon rêve;
Et, voix de la plaine, et voix de la grève,
Et voix des bois qu’Avril énerve,
L’écho de l’avenir, en riant, mentait :
Du jeune coeur, l’âme est la folle serve.
Et tous deux ont chanté
Du Printemps à l’Été.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Un oiseau chantait d’espérance et de joie,
Chantait la vie et ses tournois
Et la lance qu’on brise et la lance qui ploie;
Le rire de la dame qui guette
Le vainqueur dont elle est la conquête;
La dame est assise en sa gonne de soie
Et serre sur son coeur une amulette.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
De l’aube jusqu’en la nuit,
Et dans les soirs de solitaire ennui
Sa chanson me hantait;
Si bien qu’au hasard de paroles très douces
Je me remémorais ses gammes,
Apprises parmi les fougères et les mousses,
Et les redisais à de vagues dames,
Des dames blondes ou brunes ou rousses,
Des dames vaporeuses et sans âmes.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Un oiseau chantait la chanson de l’orgueil;
Et dans les soirs nerveux d’émois
Je l’écoutais du seuil;
Ils sont morts, les vieux jours de fiers massacres;
Mes orgueils, écumants du haut frein de mon veuil,
Se sont cabrés aux triomphes des sacres,
Ils ont flairé les fleurs du cercueil,
Arômes des catafalques — doux et acres;
Mes vanités sont au cercueil.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
Qui chante dans mon âme et dans mon coeur, ce soir;
J’aspire l’ombre ardente où fume un encensoir,
Ô jardins radieux qui m’avez enfanté!
Et je revis chaque heure et toutes vos saisons :
Joie, en rire de feuilles claires par la rive,
Joie, en sourires bleus de lac aux horizons,
Joie, en prostrations de la plaine passive,
Joie éclose en frissons;
Les jeunes délices qui furent dans nos yeux
— Aurores et couchants — les étoiles des cieux,
Et le portail de Vie ouvert et spacieux
Vers les jeunes moissons!

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
En musique de flûte alerte et de hautbois,
En musique qui te vantait,
Toi, mon Rêve et mon Choix;
Sais-tu combien, aux soirs, s’alanguissait ma vie?
Sais-tu de quels lointains mon âme t’a suivie?
Et comme ton ombre la tentait,
Vers le Château d’Amour que l’oiseau chantait,
Sur un chêne au bois?
— Autrefois. —

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Bai Guowen

 

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