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Posts Tagged ‘pâtir’

Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis,
moi dont ne NON évoqua tout ceci,
qui me reniant fit apparaître l’Autre;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de la liberté,
communément les actions désintéressées,
petit jeu articulaire.

L’ignorance me recouvre,
moi dont le NON contempla toute existence,
connut l’Autre, vit la sagesse;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’intuition,
communément cinq sens, fissures limitées.

Et je dis: Je!
et la haine m’isole,
torturant le NON dans la complexité de ma forme,
moi dont le NON évoqua tout ceci,
vit toutes choses une seule,
la Niée devant le NON s’affirmant,
et qui fit d’elle et de lui l’union;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’amour,
communément des gestes d’épouvante, de joie et de désespoir,
échangés avec l’Autre
par les joints d’une autre armure.

(René Daumal)

 

 

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JE NE PLEURERAI PAS DE TE VOIR ME QUITTER (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
JE NE PLEURERAI PAS DE TE VOIR ME QUITTER

Je ne pleurerai pas de te voir me quitter
Il n’est rien d’aimable ici-bas,
Et doublement m’affligera ce sombre monde
Tant que ton coeur y pâtira.

Je ne pleurerai pas : la splendeur de l’été
Nécessairement s’enténèbre;
L’histoire la plus heureuse, quand on la suit,
Se termine avec le tombeau!

Et je suis excédée de l’angoisse qu’apporte
Le long cortège des hivers,
Outrée de voir l’esprit languir au long des ans
Dans le plus morne désespoir.

Si donc un pleur m’échappe à l’heure de ta mort,
Sache-le, il ne marquera
Qu’un soupir de mon âme impatiente de fuir
Et d’être en repos avec toi.

***

I’LL NOT WEEP THAT THOU ART GOING TO LEAVE ME

I’ll not weep that thou art going to leave me,
There’s nothing lovely here;
And doubly will the dark world grieve me
While thy heart suffers there.

I’ll not weep, because the summers’ glory
Must always end in gloom;
And, follow out the happiest story—
It closes with the tomb!

And I am weary of the anguish
Increasing winters bear;
I’m sick to see the spirit languish
Through years of dead despair.

So, if a tear, when thou art dying,
Should haply fall from me,
It is but that my soul is sighing
To go and rest with thee.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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LES DEUX TAUREAUX ET UNE GRENOUILLE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LES DEUX TAUREAUX ET UNE GRENOUILLE

Deux Taureaux combattaient à qui posséderait
Une Génisse avec l’empire.
Une Grenouille en soupirait.
« Qu’avez-vous ? » se mit à lui dire
Quelqu’un du peuple croassant.
– Et ne voyez-vous pas, dit-elle,
Que la fin de cette querelle
Sera l’exil de l’un ; que l’autre, le chassant,
Le fera renoncer aux campagnes fleuries ?
Il ne régnera plus sur l’herbe des prairies,
Viendra dans nos marais régner sur les roseaux,
Et nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,
Tantôt l’une, et puis l’autre, il faudra qu’on pâtisse
Du combat qu’a causé Madame la Génisse. »

Cette crainte était de bon sens.
L’un des Taureaux en leur demeure
S’alla cacher à leurs dépens :
Il en écrasait vingt par heure.
Hélas! on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Intelligible sphère (Jean de la Ceppède)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



 

Intelligible sphère, il est indubitable
Que ton centre est partout, qu’à lui tout aboutit,
Et le ciel, et la terre, et l’enfer redoutable,
Et la tombe, où la mort ta surface abatit.

Mon âme s’en écarte, et pour ce elle pâtit ;
Et veut s’en approcher ; mais l’appât détestable
De cette volupté, faussement délectable,
Par mille objets trompeurs toujours l’en divertit.

Ne veuille plus souffrir que rien l’en divertisse ;
Au centre (où tout se rend) fait que maintenant elle aboutisse,
Ravive la soudain par ton ravivement.

Donne lui tant d’amour pour te faire adhérer
Qu’il passe par de là tout humain jugement,
Comme on ne peut juger de ta circonférence.

(Jean de la Ceppède)

Illustration

 

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A moi, à moi ! (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2016



En vain l’on a obtenu une naissance humaine:
Nombreux sont ceux qui ont droit sur ce corps !
Le père et la mère disent : « C’est notre enfant »,
C’est pour leur propre avantage qu’ils l’ont nourri.

L’épouse dit : « C’est mon mari ! »
Et, telle une tigresse, elle s’apprête à le dévorer…
Femme et enfants le fixent avidement,
Comme des chacals, la gueule ouverte!

Corbeaux et vautours attendent sa mort,
Cochons et chiens guettent son cadavre…
Le feu dit : « C’est moi qui dévorerai son corps »,
L’eau dit : « C’est moi qui éteindrai le feu! »

La terre dit : « C’est à moi qu’il reviendra »,
Le vent dit : « C’est moi qui disperserai ses cendres… »
Cette maison que tu appelles ta maison, pauvre sot,
C’est l’étau qui te serre à la gorge!
Tu as considéré ce corps comme tien,
Et tu t’es égaré dans l’attachement aux biens sensibles,
O insensé!

Nombreux sont les ayants droit de ce corps,
toute ta vie, tu en pâtis,
Et tu ne reprends pas tes esprits, fou que tu es,
et tu cries : « A moi, à moi ! »

(Kabîr)

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Tu me vois nu (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



Tu me vois nu. J’accepte de mourir
J’accepte de briser le jet de ma poitrine
Et j’accepte d’aimer, j’accepte de pâtir
J’accepte d’échouer dans des hommes indignes
J’accepte de trembler : la clé de ces mystères
Sans que j’en sache rien, s’endort entre tes mains
Ma vie corrompue ignore prisonnière
Ce souffle qui fut mien lorsque tu l’as voulu

(Jean Jouve)

 

 

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