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Poésie

Posts Tagged ‘patron’

IN MEMORIAM (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Illustration
    
IN MEMORIAM

Son nom c’était
Mohammed Scheab

Descendait
des émirs nomades
s’est suicidé
parce qu’avait
plus de Patrie

Aimait la France
changea de nom

Il fut Marcel
mais pas Français
savait plus vivre
sous la tente des siens
où l’on écoute
la cantilène du Coran
en buvant du café

Et ne savait
pas délivrer
la chanson
de son abandon
Je l’ai suivi
avec la patronne de l’hôtel
où nous vivions
à Paris
au numéro 5 de la Rue des Carmes
une ruelle en pente les murs fanés

Il repose
au cimetière d’Ivry
un faubourg qui semble
éternellement
dans une journée
où s’en va la foire

Et peut-être suis-je seul
à savoir encore
qu’il a vécu

***

In memoria

Si chiamava
Moammed Sceab

Discendente
di emiri di nomadi
suicida
perché non aveva più
Patria

Amò la Francia
e mutò nome

Fu Marcel
ma non era Francese
e non sapeva più
vivere
nella tenda dei suoi
dove si ascolta la cantilena
del Corano
gustando un caffè

E non sapeva
sciogliere
il canto
del suo abbandono

L’ho accompagnato
insieme alla padrona dell’albergo
dove abitavamo
a Parigi
dal numero 5 della rue des Carmes
appassito vicolo in discesa

Riposa
nel camposanto d’Ivry
sobborgo che pare
sempre
in una giornata
di una
decomposta fiera

E forse io solo
so ancora
che visse

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Au bois joli (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Au bois joli

L’arbre ne va pas à l’école
L’arbre ne va pas à la guerre
L’arbre se plaît là où il est
L’arbre ne fait pas de tourisme
L’arbre ne va pas au travail
L’arbre ne prend pas de vacances
Il accepte le temps qu’il fait
L’arbre prend le temps comme il vient
Et l’arbre ne se plaint de rien.

L’arbre monte à la lumière et creuse vers l’antipode.
Ni maître, ni disciple, ni patron, c’est l’arbre.
Arbre appelle oiseau, nid, hamac, écureuil.
L’automne le décoiffe, il se découvre même pour saluer
l’hiver.

On s’imagine qu’il a élu là sa racine de toute éternité.
On pense toujours qu’il ne passera pas l’hiver.
Mais il n’empêche, c’est lui qui nous enterre.
L’arbre, il lui faut un siècle pour se faire.
Au bipède déprédateur, il suffit d’une minute pour
l’assassiner, d’un déjeuner d’affaires, d’un conseil
d’administration pour organiser le massacre des arbres.
Si les hommes savaient comme il s’en moque, l’arbre !
Lui qui fera de l’ombre sur leurs marbres.

L’arbre ne fait pas le mal, l’arbre ne fait pas d’argent,
l’arbre ne fait pas d’histoire, l’arbre ignore la colère,
la fatigue, le sommeil.
Flammèches chlorophyliennes, éphéméride végétal,
confident du temps.
Philosophie de son mutisme, lui le télépathe du ciel, le
vigilant guetteur des vents.

Arbre mon ami, arbre au coeur secret, mon voisin discret,
il faut te couper pour savoir ton âge.
Arbre du cercueil, ta sève vaut notre sang.
L’arbre est innocent.
Même si l’animal vertical l’a destiné aux bois de justice,
aux croix, aux poteaux d’exécution, aux gibets, aux pals,
aux garrots, aux cages, aux clôtures, aux piloris, aux
crosses, aux échafauds, aux miradors, aux palissades,
aux bâtons, aux triques, aux baguettes de tambour, aux
matraques, aux carcans.

Ô la tristesse des feux de joie !
L’arbre est éponge, humus, poumon, calendrier, livre,
ombre et lyre.
L’arbre habille le globe de sa robe oxygène.
L’arbre c’est la paix, la fidélité, froufrou du silence, un
bloc de patience, la stabilité, le gnomon des jours.
L’arbre fait la vie.
Et l’arbre sait se taire.

L’arbre
libre.

(Bernard Lorraine)

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La patronne du bar (Alexandre Romanès)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2019



Illustration: Marie Hélène Mahevo
    
La patronne du bar à côté du cirque,
elle était toujours habillée en rouge,
elle aurait bien aimé
que les hommes soient des taureaux.

(Alexandre Romanès)

 

Recueil: Un peuple de promeneurs histoires tziganes
Traduction:
Editions: Gallimard

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UNE FABRIQUE DE BROSSES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



UNE FABRIQUE DE BROSSES

On voit l’intérieur de la salle principale.
Des hommes forent de petits trous dans des planchettes
et de jeunes femmes enfoncent des poils de sanglier
enduits de colle dans ces cavités.
Les murs de la fabrique sont bleus.
Au-dessus d’une petite porte,
une image représente saint Audoin, patron des brossiers.
Au fond, de grandes caisses contiennent probablement
des brosses terminées.

(Norge)

 

 

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BARBERINE (Wolfgang Amadeus Mozart)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018



    

BARBERINE

Je l’ai perdue, quel malheur !
Qui sait où elle est?
Je ne la trouve pas,
que je suis malheureuse !
Ma cousine ?
Mon patron,
que va-t-il dire ?

***

BARBARINA

L’ho perduta, me meschina!
Ah chi sa dove sarà?
Non la trovo. L’ho perduta.
Meschinella!
E mia cugina? E il padron,
cosa dirà?

Explications: http://ambitrad.hypotheses.org/223

(Wolfgang Amadeus Mozart)

Recueil: Les Noces de Figaro

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AVANT L’ POINT DU JOUR… (Negro Spirituals)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Edmund Ollier
    
AVANT L’ POINT DU JOUR…

L’ patron, i’ va t’ vendre, oh, oh, oh!
I’ va t’ faire expédier auX champs,
Avant l’ point du jour…
File, file, file! Avant l’ point du jour!
File, file, file! Avant l’ point du jour!

(Negro Spirituals)

 

Recueil: Fleuve profond, sombre rivière
Traduction: Marguerite Yourcenar
Editions: Gallimard

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Regardez (Georges Ribemont-Dessaignes)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



 

Regardez, regardez, Messieurs, voyez cette puissante entreprise,
Et comme ils travaillent sans trêve, se retournant dans
les draps de la vie comme en un lit de cauchemar,
Avec la sueur au front, les mains moites, et poursuivant
on ne sait quelle aventure inéluctable,
Comme des employés de bureau d’une administration
impitoyable, devant une porte toujours fermée sur
laquelle un numéro se lit,
C’est là sans doute que repose le centre de l’affaire, le grand patron,
C’est le numéro 0,
Et si par hasard quelqu’un entrait, il verrait qu’il n’y a personne,
On ne voit rien, il n’y a ni table, ni chaise, ni téléphone,
ni rien qui vaille, pas de fenêtre non plus,
Rien que des vieux murs sans papier, absolument rien,
ni trace de personne,
N’empêche que c’est le bureau du patron, le numéro 0,
Et ils continuent à accomplir leur besogne, oh ! pour-quoi,
sans doute parce qu’il faut manger et qu’il y a des gosses à la maison,

(Georges Ribemont-Dessaignes)

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Quelle est la couleur du joyau ? (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



agate

Hommage aux anges
[13]

« Quelle est la couleur du joyau ? »
blanc-vert, opalescent,

avec sous-couche de bleu changeant,
avec veine rose ; une agate blanche

avec un pouls incalmé qui bat encore,
vague bleu-violet ;

il vit, respire,
il répand — fragrance ?

j’ignore ce qu’il dégage,
une vibration que nous ne pouvons nommer

car elle n’a pas de nom ;
mon patron a dit : « nomme-la » ;

j’ai dit, je ne peux pas la nommer,
il n’y a pas de nom ;

il a dit:
« invente-le ».

[14]

Je ne peux pas l’inventer,
j’ai dit que c’était agate,

j’ai dit qu’il vivait, qu’il donnait —
fragrance — j’étais assez proche

pour expliquer cette qualité
pour laquelle il n’est pas de nom ;

je ne veux pas le nommer,
je veux regarder sa vague

pulsation, battement de coeur
quand il frémit, je ne veux pas

en parler,
je veux minimiser la pensée,

me concentrer sur lui
jusqu’à rétrécir,

dématérialiser
et être entraînée en lui.

***

« What is the jewel colour? »
green-white, opalescent,

with under-layer of changing blue,
with rose-vein; a white agate

with a pulse uncooled that beats yet,
faint blue-violet;

it lives, it breathes,
it gives off—fragrance?

I do not know what it gives,
a vibration that we can not name

for there is no name for it;
my patron said, « name it »;

I said, I can not name it,
there is no name;

he said,
« invent it ».

I can not invent it,
I said it was agate,

I said, it lived, it gave
fragrance—was near enough

to explain that quality
for which there is no name;

I do not want to name it,
I want to watch its faint

heart-beat, pulse-beat
as it quivers, I do not want

to talk about it,
I want to minimize thought,

concentrate on it
till I shrink,

dematerialize
and am drawn into it.

(Hilda Doolittle)

 

 

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J’aurai donc passé une grande partie de ma vie (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



J’aurai donc passé une grande partie de ma vie
du mauvais côté du zinc à regarder,
à désirer comme un fou
la fille du patron qui servait.

(Georges Perros)

Illustration: Édouard Manet

 

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LE COIN (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



LE COIN

Les vieux miséreux attendent, en battant la semelle, qu’un patron les embauche.
Ils attendent et frissonnent, les mains dans les poches,
Ils ne se parlent pas entre eux car ils ne se connaissent pas.
Parfois l’un d’eux murmure Nom de Dieu tout bas.

Les fiacres en roulant près du trottoir, les éclaboussent
Les passants en pardessus, sans les voir les repoussent
La pluie souvent fes mouifle jusqu’aux os
Ils relèvent le col de la veste courbent un peu plus le dos
Disent Sacré bon Dieu de bon Dieu et toussent.

Ça durera jusqu’au jour où dans l’hôpital
Ils cracheront le reste de la vie en noir en pensant « Ça y est jusqu’à la gauche »
Ils pleureront peut-être comme un petit gosse qui a mal
Et crèveront en murmurant : C’est-y l’bon Dieu qui m’embauche ?

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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