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Poésie

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L’autre jour (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Peter Alexander Hay the-eve-of-st-agnes

L’autre jour que mon œil regardait d’aventure
Le vôtre, et mon esprit volait à l’environ,
De vos almes regards je devins un larron,
Dont j’ai vécu depuis, heureuse nourriture.

Vos regards sont faillis, et l’âme qui endure,
Mourante sans appâts, pleine d’affliction,
Me contraint retourner, et sans discrétion
En dérober encor pour ma douce pâture.

Je sais bien que je suis sacrilège et malin
De mortel dérober le bien qui est divin,
D’un semblable larcin fut puni Prométhée,

Ainsi contre un rocher il pleura son péché,
Et moi, pour me nourrir d’une œillade empruntée,
Contre un roc de rigueur je languis attaché.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Peter Alexander Hay

 

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Nuit ma voûtée de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 


 

Jeanie Tomanek shockandawe

Nuit ma voûtée de ton destin de nuit
qui fais mûre sauvage ma rue que tu émondes de ses ronces
Nuit large comme les rues et lisse jusqu’au ciel comme les toits et les pâtures
et qui t’allonges jusqu’à l’horizon comme la mort des morts
et comme la mémoire des vivants
Nuit sans fissure dessertie du diadème par les nuées
et rejetée du vif par les tentures et par ta nature

Nuit taciturne malgré le meurtrier et la victime et la plainte du sang hors la veine entaillée
Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

Ton corps d’alcool est l’arête et l’encoignure
tes coudes s’effacent dans les impasses
tu combles les interstices des pavés
tu es le pieu et la lierne des palissades
et tes paupières clignent dans les balustres des balcons
Tes poings coupés par les toits feuillettent parfois une étoile dévoilée

Ma nuit creusée par les canaux de mon attente tu es attentive et courtoise
tu estimes le pas de l’homme et le répercutes dans sa haute unité et dans sa pleine lourdeur
et restitues à son corps son juste bruit

Le soleil a ses sujets qu’il comble qu’il brûle et qui dorment
toi tu as ceux qui manquent les vendanges
et s’anuitent pour rattraper d’impalpables récoltes
et pour rafraîchir la constante et matinale blessure
Et tu annexes exclusive leur passage

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Je ne suis plus le miroir (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Je ne suis plus le miroir
Où pour la première fois
Sans ombre tu te parlas
Ravie d’avoir enfin un compagnon limpide
Tu crus qu’il te parlait il jeta un grand cri
Et tu t’éveillas en sursaut
Ton ombre reprenait le chemin de ton corps
Les portes se fermaient
La vitre tombait dans l’oubli
Le portrait s’effaçait sous tes gestes serrés
Et le soir distribuait les rôles
Un pain à celui-ci à tous les autres un pain
Pâture moindre mal

(Paul Eluard)


Illustration: John William Waterhouse

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Je n’ai pas vraiment peur de disparaître (Jacques Darras)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018




[…]
Je n’ai pas vraiment peur de disparaître.
Je voudrais seulement comme tout le monde savoir dans quelle direction je vais ensuite.
Si ce sera dedans.
Si ce sera dehors.
Est-ce que la mort est dedans ou dehors ?
Là est la question.
Là est ma question.
J’aime finalement bien habiter quelque part.
Je ne suis pas difficile en matière d’habitation.
Je veux bien habiter pour toujours à l’hôtel.
La seule chose que je n’aime pas ce sont les camps de vacances
Les villages de toile.
Dans une pâture normande ou au bord de la Méditerranée.
Je préfère une Place Publique de gens habillés, en manches de chemise, assis à une terrasse, buvant de
la bière ou du Moselle frais, suçant à petites cuillerées un sorbet cassis ou groseilles à maquereaux.
J’ai la vision d’une foule italienne idéale, femmes impeccablement blanches et brunes, lunettes de soleil
noires, tailleurs à fines rayures.
[…]
(Jacques Darras)

Illustration: Benoit Colsenet

 

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Il ne faut pas aller plus loin (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Il ne faut pas aller plus loin
Les bijoux sont pris dans la lyre
Les papillons noirs du délire
Remuent sans y penser la cendre du couchant

A peine revenu des voyages amers
Autour des cœurs jetés au fond des devantures
Sur l’avant-scène des prairies et des pâtures
Comme des coquillages nus devant la mer

A peine remué par l’amour de la vie
Des regards qui se nouent aux miens
Des visages sans nom des souvenirs anciens
Diamants de l’amour qui flottent sur la lie

Pour aller chercher au fond dans la vase
Le secret émouvant du sang de mon malheur
Il faut plonger la main aux racines du cœur
Et mes doigts maladroits brisent les bords du vase

Le sang qui jette sur tes yeux ce lourd rideau
L’émotion inconnue qui fait trembler ta lèvre
Et ce froid trop cruel qui emporte ta fièvre
Froisse dans tous les coins le linon de ta peau

Je t’aime sans jamais t’avoir vue que dans l’ombre
Dans la nuit de mon rêve où seul je peux y voir
Je t’aime et tu n’es pas encore sortie du nombre
Forme mystérieuse qui bouge dans le soir

Car ce que j’aime au fond c’est ce qui passe
Une fois seulement sur ce miroir sans tain
Qui déchire mon cœur et meurt à la surface
Du ciel fermé devant mon désir qui s’éteint

(Pierre Reverdy)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Ferraille
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mes Miroirs (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



 

Mes Miroirs

Je n’ai qu’un geste à faire
Pour que les murs de ma chambre
Tous les murs de ma chambre
Se recouvrent de miroirs
Ils ne m’aiment pas les miroirs

Ils me guettent
Avec leurs yeux mille facettes
Leurs yeux fixes et froids de félin
Leurs reflets de caméléons
Et leurs langues de verre
Dures et glacées

Ils me renvoient mon image les miroirs
Comme une grimace
Comme une insulte
Comme on lance une pierre
Comme un griffe-visage

Je peux bien les frapper à mon tour
Les broyer en petits morceaux
Leur jeter des étoiles en pâture
Les provoquer les caresser
Les démonter pièce par pièce
Ils se reconstruisent d’eux-mêmes
Ils restent là au bord de mes plaies

Vous qui m’aimez
Ne me laissez pas seul
Face à mes miroirs
Quand tous les marteaux du monde
Quand tous les cailloux de la route
Ne briseraient pas
L’éclat de rire de leur verre

(Paul Louis Rossi)

Illustration

 

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L’Oiseau Bleu (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018



Illustration: Marc Chagall
    
L’Oiseau Bleu

J’ai dans mon cœur un oiseau bleu,
Une charmante créature,
Si mignonne que sa ceinture
N’a pas l’épaisseur d’un cheveu.

Il lui faut du sang pour pâture
Bien longtemps je me fis un jeu
De lui donner sa nourriture :
Les petits oiseaux mangent peu.

Mais sans rien en laisser paraître,
Dans mon cœur il a fait, le traître,
Un trou large comme la main.

Et son bec fin comme une lame,
En continuant son chemin,
M’est entré jusqu’au fond de l’âme !

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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La fruste chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La fruste chanson

Le soleil a fondu la neige,
Plus rouge qu’un coquelicot,
Margot mets ton beau caraco,
Enfile ta jupe de bouège.

Il pleut des fleurs à l’aventure,
Le vent a des meuglements sourds
Comme un taureau qui fait l’amour;
Viens-t-en nous deux à la pâture.

Dans l’odeur des épines blanches
Clignotant leurs yeux de rubis,
Nerveuse échine et maigre hanche,
Les boucs caressent les brebis.

Les crapauds dont la gorge halète,
S’accouplent au chant des coucous.
Ah! Margot, l’amour est bien doux
Pour les gens comme pour les bêtes!

(Marie Dauguet)

 

 

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Le sentier (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Le sentier

Le sentier passe par des jardins,
des pâtures, des forêts profondes,
de hautes roches levées dans la lumière.

Il mène au même lieu que votre route.

Ici du moins le voyage
fut paisible, plaisant,
le ciel visible.

Le silence, l’odeur de terre,
l’arbre, le soleil, le vent
furent de justes compagnons.

Cela suffit pour notre force et notre gloire.

Le même lieu attend:
l’auberge des brouillards,
l’espoir d’un feu qui nous éclaire.

Nous en savons à peine plus que vous.

(Jean Joubert)

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Nous sommes le paysage du paysage (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Ouvrir un portail. Il grince. Indifférent.
Une vache-silence. Je ne la regarde même pas.
Un jour ce silence-vache, ce grincement
battront en moi, parfaits,
existant de face,
de dos, de profil,
absolument tangibles. Quelqu’un demande à côté:
qu’est-ce que tu as?
Et je n’ai rien
hormis le bruit-portail, la vache silencieuse.

Paysage, pays
fait de pensée du paysage,
dans la créative distance espacetemps,
en marge des gravures, des documents,
lorsque les choses existent avec violence
plus que nous n’existons: elles nous peuplent
et nous regardent, nous fixent. Contemplés,
soumis, d’elles nous sommes la pâture,
nous sommes le paysage du paysage.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: ArbreaPhotos

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